Le Plan de développement 2026-2030 affiche plus de cent milliards de dinars d’investissements et un objectif de croissance annuelle moyenne de 4,2%. Mais derrière les ambitions et les projets inscrits sur le papier, deux questions demeurent : avec quels financements et, surtout, avec quelle capacité d’exécution ? Le député Dhafer Sghiri, qui n’avait pas approuvé le Plan lors de son passage à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), est revenu, mercredi 9 septembre 2026, sur ces deux failles qu’il considère déterminantes.
Le député de la Cité Ettahrir et du Bardo et vice-président de la Commission des finances et du budget à l’ARP, a expliqué, au micro de Lilia Housseini dans l’émission Almachhad Alan sur les ondes de la Radio nationale, que ses réserves portaient d’abord sur l’absence de visibilité concernant le financement du Plan de développement 2026-2030.
M. Sghiri a rappelé qu’il faisait partie des députés qui n’avaient pas approuvé le texte précisément en raison, selon lui, du manque de clarté entourant les modalités de financement des investissements programmés jusqu’en 2030.
Il a indiqué que le ministre de l’Économie leur avait expliqué, lors des discussions autour du Plan, qu’une partie au moins du financement prévu pour 2027 était disponible. Mais ces ressources proviendraient de bailleurs étrangers, tandis que le financement du reste du programme demeure, selon le député, insuffisamment explicité.
Or, le plan repose sur une multitude de projets : grands projets nationaux, projets régionaux, projets à l’échelle des districts, mais aussi de nombreuses réalisations locales. Une accumulation d’investissements qui pose nécessairement la question de leur financement effectif.
Pour Dhafer Sghiri, la Tunisie ne peut pas compter uniquement sur les bailleurs étrangers. Il ne remet pas en cause le principe des crédits d’investissement, qu’il considère comme utiles, mais rappelle qu’ils constituent malgré tout des emprunts qui devront, à terme, être remboursés par la collectivité nationale. La question du financement renvoie ainsi, dans son raisonnement, à une autre problématique : celle de la capacité du pays à créer suffisamment de richesse pour soutenir ces investissements.
Financer est une chose, exécuter en est une autre
Mais pour M. Sghiri, disposer des financements ne suffira pas. Encore faut-il être capable de transformer les projets inscrits dans le Plan en réalisations concrètes.
C’est là qu’intervient, selon lui, un deuxième verrou : les marchés publics et la bureaucratie administrative. Le député estime qu’une réforme de ces procédures est indispensable pour espérer tenir les objectifs affichés.
Fort de son expérience au sein d’un conseil municipal, il prend un exemple volontairement simple : l’aménagement d’un trottoir peut nécessiter, affirme-t-il, un ou deux ans de procédures. À l’échelle d’un plan de développement comprenant une multitude de projets nationaux, régionaux et locaux, ces délais deviennent donc, à ses yeux, un enjeu central.
Dhafer Sghiri pose alors une autre question : qui exécutera concrètement tous ces projets ? Entre les entreprises étrangères et les entreprises tunisiennes, publiques ou privées, le député pointe les difficultés auxquelles sont confrontés les opérateurs appelés à réaliser les marchés, notamment les retards de paiement de l’État aux entrepreneurs.
Ces retards ne sont pas sans conséquence sur les coûts. Selon son raisonnement, lorsqu’une entreprise sait qu’elle risque de ne pas être payée dans les délais, elle peut intégrer ce risque dans le prix proposé lors d’un appel d’offres. Des travaux initialement estimés à un certain montant peuvent ainsi faire l’objet d’offres deux ou trois fois plus élevées.
Au bout de la chaîne, souligne-t-il, c’est encore la collectivité nationale qui supporte le coût, à la fois en temps, en effort et en argent. Autrement dit, le problème de l’exécution ne se limite pas aux lenteurs administratives : il peut aussi finir par alourdir directement la facture des projets.
Plus de cent milliards de dinars à concrétiser
L’enjeu est d’autant plus important que les montants programmés sont considérables. Selon les données présentées dans le Plan et précédemment analysées par l’économiste Moez Soussi, les investissements prévus sur la période 2026-2030 atteignent 101,835 milliards de dinars à prix constants. Le Plan table parallèlement sur une croissance annuelle moyenne de 4,2%.
Les interrogations sur le financement et la capacité d’exécution ne sont d’ailleurs pas apparues avec la sortie médiatique de Dhafer Sghiri. Elles avaient déjà occupé une partie des débats lors de l’examen parlementaire du texte. Plusieurs élus avaient alors émis des réserves sur les mécanismes de financement des investissements annoncés, mais également sur la capacité de l’administration à mettre en œuvre les projets programmés et sur les hypothèses économiques retenues.
Le projet de loi relatif au Plan de développement 2026-2030 avait finalement été adopté par l’ARP, vendredi 10 juillet 2026, par 64 voix pour, 24 contre et 15 abstentions. Sur les 161 députés que compte l’Assemblée, 103 avaient pris part au vote.
Les réserves formulées aujourd’hui par Dhafer Sghiri prolongent donc une interrogation déjà présente au moment du vote. Car afficher plus de cent milliards de dinars d’investissements et multiplier les projets constitue une feuille de route ; les financer, débloquer les procédures, payer les entreprises dans les délais et les faire sortir de terre en constitue une autre. Et c’est précisément sur ce passage du papier à la réalisation que le député estime que les réponses restent encore insuffisantes.
I.N.










