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Rentrée scolaire : le spectre des grèves plane déjà

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Par Imen Nouira

    L’année scolaire n’a pas encore commencé pour les élèves que la possibilité de grèves est déjà sur la table. Mohamed Safi, secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), ne l’a pas écartée, lundi 14 septembre 2026, tout en rappelant que toute décision sur les formes de mobilisation revient à l’instance administrative.

    Intervenant au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, le responsable syndical s’exprimait alors que des mouvements de protestation étaient organisés le jour même dans plusieurs régions, après de premières actions menées les jours précédents. Mutations, accords non appliqués, revendications financières, postes vacants, heures supplémentaires et fermeture des canaux de dialogue : Mohamed Safi a détaillé les griefs qui alimentent la colère des enseignants et prévenu que les protestations actuelles ne constituaient qu’un « premier message » et que d’autres mouvements suivraient.

    Des protestations avant même le retour des élèves

    Mohamed Safi n’a pas éludé le paradoxe soulevé par l’animateur : alors que les élèves ne retrouveront leurs établissements que mardi 15 septembre, les enseignants entament déjà la rentrée sur fond de protestations.

    Ces mouvements n’ont d’ailleurs pas commencé ce lundi. Le secrétaire général de la fédération a notamment évoqué des actions organisées les jours précédents à Kairouan. Lundi 14 septembre, de nouveaux rassemblements ont été signalés dans plusieurs régions, notamment à Bizerte, Siliana et Sfax.

    Le responsable syndical a expliqué que ces actions pouvaient varier d’une région à l’autre en fonction des particularités et des dossiers locaux. Elles sont, selon lui, menées en coordination entre les sections régionales de la fédération, les syndicats de base et la Fédération générale de l’enseignement secondaire.

    Il a également indiqué que plusieurs structures régionales avaient organisé des réunions de leurs cadres ou disposaient de la possibilité de le faire, tandis que les différents corps de l’Éducation peuvent se réunir sous l’égide des unions régionales de l’UGTT.

    Pour Mohamed Safi, la multiplication de ces mouvements traduit surtout un mécontentement qui commence à s’exprimer dans les régions. Celles-ci font désormais entendre, selon lui, leur inquiétude et leur rejet de la politique menée dans le secteur.

    Mais derrière les revendications locales se trouve un contentieux beaucoup plus large avec l’autorité de tutelle. Le syndicaliste affirme que les canaux de dialogue sont fermés avec les ministères de l’Éducation et de la Jeunesse et des Sports, alors que plusieurs dossiers restent en suspens.

    « Nous sommes partisans du dialogue et de la négociation, mais cela ne signifie pas que nous ne disposons pas d’autres moyens pour faire valoir nos droits », a-t-il soutenu, rappelant que l’action syndicale constitue, selon lui, un droit garanti.

    Et le responsable syndical de résumer l’état d’esprit de la fédération par une formule qui donne le ton de cette rentrée : « Le temps syndical aujourd’hui n’est pas celui de l’aisance. Pour nous, c’est le temps de la lutte. »

    Mutations, accords et postes vacants : les dossiers s’accumulent

    Mohamed Safi a ensuite détaillé les dossiers qui ont conduit à cette mobilisation. Parmi les principaux points de crispation figure le mouvement des mutations des enseignants.

    Selon lui, les représentants syndicaux en sont écartés depuis deux ans, aussi bien au niveau régional que national. Il affirme également que les commissions administratives paritaires n’ont pas été associées au processus, y compris pour l’examen de dossiers concernant le rapprochement des conjoints ou certaines situations humaines particulières.

    Cette question figurait déjà parmi les griefs formulés par les structures syndicales avant la rentrée. Dans son communiqué du 7 septembre, le département de la fonction publique de l’UGTT, réuni avec les syndicats généraux et spécifiques des différents corps de l’Éducation, avait dénoncé l’exclusion des représentants des éducateurs du mouvement des mutations et reproché au ministère de gérer seul ce dossier.

    La Fédération générale de l’enseignement secondaire avait elle-même dénoncé, le 12 août, ce qu’elle considère comme une gestion unilatérale des mutations et des postes vacants, dans un communiqué particulièrement critique envers le ministère de l’Éducation.

    À ce dossier s’ajoutent des revendications financières toujours en souffrance. Mohamed Safi a évoqué des engagements liés à l’accord de 2023 ainsi que des dispositions issues des accords de 2019 et 2023 qui, selon lui, n’ont toujours pas été entièrement appliquées.

    Le secrétaire général a également mis en avant la question des heures supplémentaires et des dépassements du volume horaire. Il attribue notamment cette situation à l’incapacité du ministère à combler les postes vacants dans les établissements scolaires, ce qui conduirait à faire supporter des heures supplémentaires aux enseignants déjà en poste.

    Là encore, le constat rejoint celui dressé quelques jours auparavant par l’UGTT. Le communiqué du 7 septembre faisait état d’un manque de ressources humaines, de recrutements insuffisants et de départs à la retraite non remplacés. Les syndicats estimaient que cette situation augmentait la pression exercée sur les différents corps de l’Éducation et détériorait davantage leurs conditions de travail.

    Ces revendications professionnelles viennent s’ajouter à un contentieux syndical déjà lourd. Le 12 août, la Fédération générale de l’enseignement secondaire avait accusé le ministère de mener une « politique de restriction des libertés syndicales », dénonçant des pressions administratives contre certains militants, la marginalisation du dialogue social et la remise en cause de plusieurs acquis du secteur.

    À quelques jours de la rentrée, le 7 septembre, les structures syndicales de l’Éducation réclamaient encore l’ouverture d’un dialogue « sérieux et responsable » avec l’autorité de tutelle, tout en alertant sur la dégradation des infrastructures, l’insuffisance des équipements et le manque de personnel dans les établissements.

    D’autres mouvements annoncés, la grève pas écartée

    Reste la question qui pèse déjà sur cette rentrée : les protestations peuvent-elles déboucher sur des grèves au cours de l’année scolaire 2026-2027 ?

    Interrogé directement sur cette éventualité, Mohamed Safi ne l’a pas écartée. Il a rappelé que la fédération générale était disposée à recourir, si nécessaire, aux différentes formes d’action syndicale autorisées, mais que leur choix ne relevait pas de sa seule décision.

    C’est à l’instance administrative, souveraine en la matière, qu’il reviendra de déterminer les formes de mobilisation à engager. Aucune grève n’est donc annoncée à ce stade, mais cette possibilité reste ouverte dans l’éventail des actions auxquelles les structures syndicales pourraient décider de recourir.

    Pour l’heure, Mohamed Safi présente les mouvements engagés comme « un premier message à l’autorité de tutelle ». Sur un point, il s’est montré catégorique : d’autres actions suivront. La tenue d’une instance administrative devra ensuite permettre de déterminer les formes de mobilisation à adopter.

    Le responsable syndical a néanmoins insisté sur le fait que l’objectif n’était pas de priver les élèves de cours. Mais face à l’accumulation des engagements qu’il estime non respectés et à la fermeture des voies de négociation, la Fédération entend conserver l’ensemble des moyens d’action syndicale que lui permettent ses règles.

    La rentrée scolaire 2026-2027 s’ouvre ainsi sur un bras de fer qui n’a jamais véritablement été refermé. Avant même que les élèves ne retrouvent leurs classes, les premières protestations ont déjà eu lieu, celles du 14 septembre prolongent le mouvement et la fédération annonce que d’autres suivront. La suite dépendra désormais autant de la réaction de l’autorité de tutelle que des décisions que prendra l’instance administrative du syndicat.

    I.N.

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