Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Inflation : pour Ridha Chkoundali, freiner la consommation ne réglera pas la crise de l’offre

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Imen Nouira

    Le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali est revenu, lundi 5 octobre 2026, dans un post publié sur Facebook, sur la remontée de l’inflation en Tunisie. Pour l’économiste, le regain des tensions sur les prix met surtout en évidence un problème de diagnostic : l’inflation tunisienne ne serait pas principalement alimentée par une consommation excessive des ménages, mais par une crise structurelle de l’offre. Dès lors, agir sur la demande par les taux d’intérêt ne permettrait pas, selon lui, de s’attaquer aux causes profondes de la hausse des prix.

    En septembre 2026, l’inflation s’est établie à 5,6% en glissement annuel, contre 5,4% en août, tandis que les prix à la consommation ont progressé de 0,8% sur un mois. L’accélération a notamment concerné l’alimentation et les boissons, dont les prix ont augmenté de 8,4% sur un an, contre 7,5% en août, ainsi que l’enseignement, en hausse de 5,5%.

    Pour Ridha Chkoundali, ces évolutions caractérisent une inflation à la fois « alimentaire et éducative ». Sur le front alimentaire, les hausses atteignent 16,5% pour les volailles, 16,3% pour les fruits frais, 14,6% pour la viande ovine, 13% pour la viande bovine et 12,9% pour les légumes frais.

    L’enseignement constitue l’autre point sur lequel il attire l’attention. Sur un mois, les prix de ce groupe ont progressé de 3,9%, avec notamment des hausses de 5,3% dans l’enseignement préélémentaire et primaire privé, de 4,7% dans le secondaire privé, de 3,3% pour les cours de soutien scolaire et de 3,2% pour les fournitures scolaires. Pour M. Chkoundali, cette progression ne traduit pas une amélioration du bien-être des ménages ou une consommation de confort. Il y voit plutôt le signe d’un recours contraint au privé face à ce qu’il considère comme une dégradation de la qualité de l’enseignement public.

    Une crise de l’offre que les taux ne peuvent résoudre

    C’est précisément sur la nature de l’inflation que Ridha Chkoundali concentre son analyse. Il conteste une lecture qui ferait de l’excès de demande et de consommation la principale origine des tensions sur les prix et sur laquelle reposerait, selon lui, la politique monétaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

    À ses yeux, la Tunisie fait avant tout face à « une crise aiguë de l’offre ». Il pointe un climat des affaires qu’il juge peu favorable à l’investissement, ainsi que les obstacles bureaucratiques qui entravent la production. Dans ces conditions, maintenir le taux directeur inchangé ou le relever pour freiner la consommation ne permettrait pas de contenir durablement les prix, particulièrement ceux des produits de première nécessité.

    Cette lecture rejoint un diagnostic qu’il a déjà développé concernant les faiblesses de l’appareil productif tunisien. En septembre, analysant le creusement du déficit commercial, il relevait notamment que les besoins d’importation du pays étaient, pour une large part, difficilement compressibles à court terme et estimait que le climat des affaires ne permettait pas suffisamment de transformer les intentions d’investissement en investissements effectifs.

    M. Chkoundali ajoute à ces contraintes les perturbations énergétiques et les coupures répétées d’électricité. Elles provoqueraient des interruptions des cycles de production, des pertes de produits agricoles frais et des perturbations des chaînes de froid et de stockage. Les coûts supplémentaires engendrés seraient alors répercutés sur les prix payés par le consommateur.

    L’économiste n’écarte toutefois pas toute pression provenant de la demande. Il en identifie une, mais la situe du côté de l’État plutôt que des ménages : le recours au financement direct auprès de la BCT pour couvrir le déficit budgétaire. Selon son analyse, lorsque ces ressources servent principalement les dépenses courantes et le fonctionnement de l’administration plutôt que l’investissement productif, elles injectent de la monnaie dans l’économie sans créer parallèlement une offre supplémentaire de biens.

    Il avait déjà reconnu les risques inflationnistes associés à ce mode de financement dans sa lecture du dernier rapport de la Banque mondiale, tout en soulignant la difficulté pour l’État de s’en détourner en l’absence de sources extérieures immédiatement mobilisables.

    Pouvoir d’achat : onze années d’inflation présentent l’addition

    Ridha Chkoundali élargit ensuite son analyse au pouvoir d’achat. Selon ses calculs, l’inflation cumulée entre 2015 et 2026 atteint 98%. Il estime que cette évolution revient à une perte d’environ la moitié du pouvoir d’achat du dinar en onze ans et permet de mesurer l’ampleur de l’érosion subie par les ménages.

    L’économiste distingue surtout deux périodes. Toujours selon ses calculs, le taux annuel moyen d’inflation aurait atteint 6,8% entre 2015 et 2021, contre 8,1% entre 2021 et 2026. La deuxième période aurait donc été nettement plus éprouvante pour les ménages, d’autant que leurs moyens pour amortir les effets de la hausse des prix se seraient parallèlement réduits.

    M. Chkoundali pointe notamment le resserrement de l’accès aux crédits à la consommation, qu’il rattache à la politique monétaire de la BCT. Il ajoute à cela la nouvelle législation sur les chèques, qui aurait supprimé un mécanisme traditionnellement utilisé pour financer certains achats et étaler les dépenses. Une réforme sur laquelle il avait déjà exprimé des réserves, estimant notamment que l’absence d’alternatives suffisamment fluides en matière de financement et de paiement pouvait produire des effets contraires à ceux recherchés.

    Les prêts d’honneur peuvent certes, selon lui, offrir momentanément une marge de respiration à certains ménages. Mais cette solution ne ferait que déplacer la contrainte dans le temps : les remboursements mensuels viendraient ensuite réduire leur revenu disponible au cours des prochaines années.

    C’est finalement là que se noue le paradoxe soulevé par Ridha Chkoundali : vouloir contenir l’inflation en comprimant davantage la demande des ménages alors que ceux-ci subissent déjà, selon son analyse, plus d’une décennie d’érosion du pouvoir d’achat. Pour l’économiste, la réponse passe donc moins par une nouvelle contraction de la consommation que par le traitement des contraintes qui pèsent sur l’investissement, la production et, in fine, sur l’offre.

    I.N.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *