Le Groupement professionnel des énergies renouvelables et la Chambre nationale de l’énergie photovoltaïque ont réitéré ses appels à la suppression des droits de douane et à l’allègement de la fiscalité appliquée aux équipements photovoltaïques, notamment aux batteries de stockage. Selon le président de la Chambre du photovoltaïque, Ali Kanzari, ces mesures permettraient de réduire sensiblement le coût des installations, de stimuler l’investissement des particuliers et des industriels et d’accroître les capacités de production d’énergie solaire en Tunisie.
Intervenant sur les ondes de Mosaïque FM, le responsable a plaidé pour une révision du cadre fiscal applicable à ces équipements, estimant que les prélèvements actuels constituent un frein au développement de l’autoproduction d’électricité à partir de sources renouvelables.
À titre d’exemple, il a évoqué le coût d’une installation photovoltaïque évalué à environ 10 000 dinars, qui pourrait, selon ses estimations, être ramené à 7 000 dinars si les mesures fiscales proposées étaient adoptées. Les batteries de stockage représentent, elles aussi, une dépense importante pour les ménages et les entreprises souhaitant disposer d’une alimentation électrique plus flexible.
Ali Kanzari a affirmé que des propositions visant à alléger la fiscalité sur les équipements solaires avaient été soumises à plusieurs reprises aux autorités. Des démarches ont notamment été entreprises auprès du pouvoir exécutif et du ministère des Finances, tandis que des initiatives ont également été portées devant l’Assemblée des représentants du peuple dans le cadre de précédentes lois de finances.
Selon lui, ces propositions n’ont toutefois pas abouti, notamment en raison des arguments avancés en faveur de la protection de l’industrie nationale. Il a contesté cette justification, estimant que la Tunisie risque de pénaliser le développement de son marché photovoltaïque en maintenant une fiscalité contraignante sur des équipements essentiels à la transition énergétique.
Il a cité plusieurs pays, dont l’Allemagne, l’Algérie, le Maroc et l’Égypte, où, selon ses déclarations, les équipements solaires et les batteries bénéficient de conditions fiscales plus favorables. Il a également évoqué l’existence, en Tunisie, d’entreprises spécialisées dans l’assemblage de panneaux solaires, estimant que la promotion de la production locale ne devrait pas se faire au détriment de l’accessibilité des équipements.
Au-delà de la question fiscale, le responsable a souligné les limites d’un développement du photovoltaïque qui ne s’accompagnerait pas de solutions de stockage. La production solaire dépendant de l’ensoleillement, elle ne permet pas, à elle seule, de garantir une alimentation électrique continue tout au long de la journée.
Les batteries offrent la possibilité de conserver une partie de l’énergie produite pendant les heures d’ensoleillement afin de l’utiliser lorsque la production diminue. Leur coût constitue cependant un obstacle à leur adoption à grande échelle.
Il a également appelé à une comparaison plus pertinente entre les coûts de l’électricité solaire et ceux de la production conventionnelle. Selon lui, une évaluation rigoureuse doit tenir compte des conditions réelles d’exploitation, de la disponibilité de l’énergie et des équipements nécessaires pour assurer une alimentation continue, plutôt que de comparer uniquement le coût de production d’une installation photovoltaïque à celui d’une centrale thermique.
Il a par ailleurs rappelé que les installations raccordées au réseau peuvent injecter leur production dans celui-ci, selon les modalités applicables, et bénéficier ainsi d’un dispositif différent de celui d’une installation autonome équipée de batteries.
Ali Kanzari a également déploré le rythme de développement du photovoltaïque destiné aux industriels. Il a évoqué une capacité de l’ordre de 100 mégawatts développée sur une période d’environ quinze ans pour certaines installations, un niveau qu’il juge insuffisant au regard des besoins du secteur.
Il a ainsi plaidé pour une accélération des investissements, avec un objectif de développement annuel pouvant atteindre 150 mégawatts pour les installations résidentielles et une capacité supplémentaire d’au moins 200 mégawatts pour le secteur industriel, selon les projections qu’il a avancées.
Le responsable estime qu’une réduction des charges fiscales pourrait favoriser l’émergence de nouvelles installations, tout en permettant aux entreprises de mieux maîtriser leurs coûts énergétiques. Il a également défendu une approche prenant en considération les recettes globales de l’État, faisant valoir que l’augmentation des investissements et de l’activité économique pourrait, à terme, compenser les recettes douanières auxquelles les pouvoirs publics renonceraient.
Pour le secteur, l’enjeu consiste désormais à lever les obstacles fiscaux et économiques qui freinent l’adoption du solaire, tout en permettant aux ménages et aux entreprises de bénéficier davantage du potentiel énergétique du pays.
Les délestages de l’été 2026 avaient en effet mis en lumière les limites du solaire sans stockage. Sadok Besbes, membre du Groupement professionnel des énergies renouvelables au sein de la Conect, avait qualifié la situation de prévisible, pointant la hausse de la demande, les retards dans les projets renouvelables, les limites du réseau et les difficultés financières de la Steg. Il avait alors plaidé pour une accélération de la transition énergétique, l’autorisation des batteries de stockage dans les installations photovoltaïques raccordées au réseau et un allègement de la fiscalité sur les équipements solaires.
Il avait notamment souligné le paradoxe d’installations photovoltaïques qui, faute de batteries et conformément aux exigences techniques en vigueur, cessent de fonctionner lorsque le réseau public est coupé. Selon lui, le déploiement de solutions de stockage permettrait de conserver les excédents d’électricité solaire produits durant la journée pour les restituer lors des pics de consommation, contribuant ainsi à réduire les tensions sur le réseau et les besoins en délestage.
Sadok Besbes avait également appelé à la mise en place d’un mécanisme de financement dédié aux batteries, sur le modèle du programme Prosol, et à une révision de la fiscalité, qu’il jugeait pénalisante pour le développement du photovoltaïque.
Les revendications des organismes professionnels des énergies renouvelables interviennent alors que les alertes sur le risque d’un été 2027 encore plus difficile que celui de 2026 en matière d’approvisionnement électrique et de délestages, se multiplient. Le 6 octobre 2026, le doyen des ingénieurs tunisiens, Mohsen Gharsi, a présenté les grandes lignes de la feuille de route « Électricité Tunisie 2027-2035 », appelant à prendre sans délai les mesures nécessaires pour sécuriser le système électrique national.
N.J










