Reporters sans frontières (RSF) a exprimé son inquiétude face aux poursuites à caractère terroriste engagées contre le journaliste tunisien Zied El-Heni. L’organisation estime que cette procédure soulève des questions majeures quant à la protection des sources journalistiques et appelle les autorités à garantir ce droit fondamental.
Une comparution devant la chambre spécialisée dans les affaires de terrorisme
Le journaliste doit comparaître vendredi 16 octobre devant la cinquième chambre du tribunal de première instance de Tunis, spécialisée dans les affaires de terrorisme. Cette audience concerne une enquête ouverte en 2023 autour d’enregistrements audio ayant fait l’objet d’une fuite et attribués à Mondher Ounissi, ancien président par intérim du mouvement Ennahdha.
Selon les éléments rapportés par RSF sur la base des informations communiquées par la défense, Zied El-Heni avait initialement été convoqué en septembre 2023 en qualité de témoin, après avoir évoqué ces enregistrements dans une émission radiophonique. Il avait alors expliqué avoir contacté les personnes concernées afin d’en vérifier l’authenticité.
Quatre chefs d’accusation et jusqu’à vingt ans de prison encourus
Les enquêteurs lui auraient ensuite demandé l’accès à son téléphone. La découverte d’un courriel contenant une décision judiciaire transmise dans le cadre de son travail journalistique aurait conduit à son inculpation pour quatre chefs d’accusation liés à la législation antiterroriste.
Ceux-ci portent notamment sur la participation présumée à une entente terroriste, la diffusion d’informations au profit de personnes liées à des infractions terroristes, le défaut de signalement d’informations relatives à de telles infractions et des contacts présumés avec des agents d’une puissance étrangère portant atteinte aux intérêts diplomatiques de la Tunisie.
Selon RSF, le journaliste encourt jusqu’à vingt ans de prison dans cette affaire.
RSF met en garde contre une atteinte au secret des sources
L’organisation s’inquiète particulièrement des conséquences possibles de l’accusation liée au défaut de signalement d’informations, y compris lorsque celles-ci sont couvertes par le secret professionnel. Une telle interprétation pourrait, selon elle, fragiliser la confidentialité des échanges entre les journalistes et leurs sources, pourtant essentielle à la collecte et à la vérification des informations.
RSF appelle les autorités tunisiennes à préserver ce principe et à acquitter le journaliste dans cette procédure. L’organisation considère que la protection des sources constitue une garantie fondamentale de l’exercice du journalisme.
Une condamnation à un an de prison confirmée en appel
Cette nouvelle affaire s’ajoute aux autres procédures judiciaires visant Zied El-Heni. Le 26 juin 2026, la cour d’appel de Tunis a confirmé sa condamnation à un an de prison sur la base de l’article 86 du Code des télécommunications, pour des propos critiques à l’égard des poursuites engagées contre son confrère Khalifa Guesmi, tenus lors d’un colloque puis relayés sur Facebook.
Cette décision a également entraîné l’exécution d’une peine de six mois de prison avec sursis prononcée en janvier 2024 dans une autre affaire, à la suite de critiques adressées à la ministre du Commerce. Selon sa défense, le journaliste doit ainsi purger un total de dix-huit mois d’emprisonnement.
Dans son communiqué, RSF conteste le recours à des qualifications terroristes dans une procédure qu’elle estime susceptible de porter atteinte à l’exercice du journalisme et au secret des sources. La Tunisie occupe la 137e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 établi par l’organisation.
S.H











