Des dépenses qui augmentent deux fois plus vite que les recettes, un déficit en hausse de près de 33 %, un nouveau recours à la Banque centrale et des financements reconduits sans bilan convaincant. Le projet de loi de finances 2027 reprend les mêmes solutions ponctuelles, sans s’attaquer aux déséquilibres structurels. Un bricolage devenu méthode de gouvernement.
Il fallait rompre avec les anciennes méthodes. C’était, du moins, l’ambition affichée par la cheffe du gouvernement. À la lecture du projet de loi de finances pour 2027, la rupture est difficile à identifier. Les chiffres changent, quelques mesures apparaissent, d’autres sont prolongées, mais les mécanismes fondamentaux demeurent. L’État emprunte massivement, sollicite de nouveau la Banque centrale, multiplie les dispositifs de financement et intervient pour assainir les comptes de ses entreprises publiques.
Une loi de finances ne se juge pourtant pas uniquement à la générosité de ses intitulés. Elle se juge à la cohérence de ses choix, à leur financement et, surtout, aux résultats des mesures adoptées les années précédentes.
Commençons par les chiffres. Le projet prévoit 54,280 milliards de dinars de recettes budgétaires en 2027, contre 52,560 milliards inscrits dans la loi de finances 2026. L’augmentation atteint 3,3 %.
Dans le même temps, les dépenses passeraient de 63,575 à 68,895 milliards de dinars, soit une hausse de 8,4 %. Les dépenses augmenteraient donc plus de deux fois plus vite que les recettes.
Le résultat est mécanique : le déficit budgétaire, prévu à 11,015 milliards de dinars en 2026, atteindrait 14,615 milliards en 2027. Une aggravation de 3,6 milliards de dinars, soit près de 33 % en une seule année.
Il s’agit d’une comparaison entre deux budgets prévisionnels, et non entre les réalisations de 2026 et les prévisions de 2027. Mais elle révèle les choix du gouvernement : les besoins de financement progressent nettement plus rapidement que les ressources attendues.
La structure des recettes, elle, évolue à peine. Les recettes fiscales devraient rapporter 49,6 milliards de dinars en 2027, contre 47,773 milliards prévus pour 2026. Elles représenteraient ainsi 91,4 % des recettes budgétaires, contre 90,9 % un an plus tôt. Malgré les discours sur la diversification des ressources, l’État continue de compter très largement sur l’impôt.
Quant à l’endettement, il reste considérable. Le projet prévoit 19,845 milliards de dinars d’emprunts intérieurs et 6,877 milliards d’emprunts extérieurs, soit un total de 26,722 milliards. Près des trois quarts de ces emprunts devraient donc être mobilisés sur le marché intérieur. En 2026, la proportion était pratiquement identique : 19,056 milliards d’emprunts intérieurs sur un total de 25,864 milliards.
Les montants augmentent, mais la structure du financement demeure presque inchangée.
Houssem Saad, dirigeant de l’ONG Alert, relève cette contradiction entre la rupture annoncée par le gouvernement et la reconduction des choix budgétaires de 2026. Au-delà des chiffres, il souligne la répétition des mêmes solutions : financement exceptionnel par la Banque centrale, prolongation des crédits ciblés et apurement des dettes publiques. D’une année à l’autre, les mesures se succèdent sans que se dessine une stratégie susceptible de réduire durablement les déséquilibres.
















