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Crise de l’UNFT : l’UGTT voit plus loin que les meubles saisis, les organisations nationales en question

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Par Raouf Ben Hédi

    L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) est sortie de sa réserve sur la crise qui secoue l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT). Dans un communiqué publié mardi 27 octobre 2026, la centrale syndicale a dénoncé les difficultés et les pressions auxquelles est confrontée l’organisation féminine, appelant à une intervention urgente pour préserver ses biens, rétablir ses moyens d’action et lui permettre de poursuivre ses activités.

    Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement critique pour l’UNFT. Jeudi 22 octobre, sa présidente, Radhia Jerbi, avait annoncé la saisie des derniers biens mobiliers encore présents au siège de l’organisation, notamment son bureau et sa salle de réunion. Cette mesure, exécutée en application d’un jugement social rendu par le Tribunal de première instance de Gafsa quatorze ans auparavant, concerne des créances salariales couvrant la période allant de 1987 à 2012.

    Deux jours plus tard, les membres de la commission centrale de l’UNFT avaient dénoncé une situation financière devenue intenable, rejetant la responsabilité de dettes héritées de mandats antérieurs et réclamant le règlement des droits des employés. Elles avaient également alerté sur les risques de démantèlement de l’organisation et appelé à la solidarité des associations et des partenaires de l’Union.

    L’UGTT réclame la levée de la saisie

    Dans son communiqué, l’UGTT estime que les difficultés rencontrées par l’UNFT ont entraîné une situation d’« entrave à ses activités », marquée par la saisie de ses biens et la restriction de ses moyens d’action, alors même que l’organisation doit pouvoir poursuivre sa mission.

    La centrale syndicale appelle ainsi à la levée de la saisie des biens de l’UNFT, afin de lui permettre de retrouver sa capacité à gérer ses ressources et à reprendre normalement ses activités. Elle demande également un examen sérieux de la crise, en concertation avec les responsables de l’organisation et les parties concernées, dans le but d’en identifier les causes et de trouver des solutions urgentes et durables.

    L’UGTT invite par ailleurs les autorités et les parties concernées à assumer leurs responsabilités pour garantir la continuité de cette institution nationale, sans porter atteinte à son indépendance ni la soumettre à des pressions susceptibles de compromettre son fonctionnement.

    Un patrimoine historique menacé par la crise

    Au-delà de la situation matérielle immédiate, la centrale syndicale insiste sur la portée historique et sociale de l’UNFT. L’organisation féminine, fondée en 1956, occupe une place importante dans l’histoire de la mobilisation des Tunisiennes pour leurs droits et leur participation à la vie publique.

    L’UGTT rappelle que la défense des droits des femmes, de leur liberté, de leur égalité et de leur participation sociale ne saurait être dissociée de la préservation des organisations nationales qui ont contribué à ces acquis. Elle souligne que la protection de l’UNFT relève aussi de la sauvegarde d’une partie de la mémoire collective et de l’histoire sociale du pays.

    Dans cette logique, le syndicat appelle les organisations nationales, les forces démocratiques et les associations de défense des droits humains et sociaux à faire preuve de solidarité avec l’UNFT. Il plaide pour une mobilisation commune afin de préserver son héritage militant et de lui permettre de surmonter la crise actuelle.

    L’urgence de sortir de l’impasse

    Le communiqué de l’UGTT met également en garde contre toute tentative de fragiliser les organisations nationales ou de neutraliser leur rôle. La centrale syndicale considère que la solidité de ces structures contribue à la vitalité de la société et que leur affaiblissement ne saurait être considéré comme une simple affaire de gestion interne.

    Cette prise de position intervient alors que la crise de l’UNFT soulève des questions de fond sur la gestion de ses engagements financiers, le poids de ses dettes anciennes et les conséquences des procédures judiciaires sur son fonctionnement quotidien.

    Reste désormais à savoir quelles mesures concrètes permettront de sortir de l’impasse. Entre les créances salariales accumulées, la saisie des biens et les revendications des responsables actuelles, l’enjeu dépasse désormais le seul sort du mobilier du siège : il s’agit de préserver la capacité d’action d’une organisation historique, tout en apportant des réponses aux droits des employés et aux responsabilités financières héritées du passé.

    R.B.H

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