Heure de Tunis :
Light
Dark

Loi de finances 2027 : trois défis majeurs pour un État aux marges de manœuvre réduites

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Sarra Hlaoui

    Endettement, investissement et protection sociale : alors que les besoins de financement de l’État restent considérables, le député Dhafer Sghiri identifie trois chantiers prioritaires pour le gouvernement et le Parlement lors de l’examen du projet de loi de finances 2027.

    Le débat autour du projet de loi de finances 2027 s’annonce sous le signe de fortes contraintes. Entre un déficit budgétaire estimé à près de 15 milliards de dinars, des besoins d’emprunt qui dépassent les 28 milliards et une dette publique appelée à atteindre 85% du PIB à la fin de l’année prochaine, les marges de manœuvre de l’État restent étroites. Dans ce contexte, les choix budgétaires à venir devront composer avec une équation délicate : préserver les équilibres financiers sans sacrifier l’investissement ni les engagements sociaux de l’État.

    C’est autour de trois défis majeurs que le député Dhafer Sghiri propose d’articuler les discussions parlementaires sur le projet de loi de finances 2027. À la suite des auditions du ministre de l’Économie et de la Planification, consacrées au projet de budget économique, et de la ministre des Finances, qui a présenté l’exécution du budget 2026 ainsi que les hypothèses retenues pour 2027, il estime que les débats entre le gouvernement et les élus doivent se concentrer sur les enjeux financiers, économiques et sociaux.

    Une équation financière sous pression

    Le premier défi est celui de l’endettement et de la maîtrise des équilibres budgétaires. D’après les chiffres avancés par Dhafer Sghiri, le déficit du projet de budget de l’État pour 2027 est estimé à 14,965 milliards de dinars, tandis que les besoins d’emprunt et de trésorerie atteignent 28,122 milliards de dinars.

    La situation de la dette publique illustre également l’ampleur de la contrainte. Elle devrait représenter environ 83,4% du PIB à la fin de 2026, avant de grimper à 85% à la fin de 2027. Des niveaux qui placent la maîtrise de l’endettement au cœur des arbitrages budgétaires.

    Mais le défi ne se limite pas aux finances de l’État. Il concerne également les entreprises et établissements publics, ainsi que les caisses sociales, dont les difficultés financières pèsent sur la continuité des services et leur capacité à honorer leurs engagements. Pour le député, préserver les équilibres de ces structures constitue un enjeu tout aussi important que la réduction du recours à l’emprunt.

    Investir sans alourdir davantage la pression fiscale

    Le deuxième chantier concerne la relance de l’investissement et la mobilisation de nouvelles ressources économiques. Pour Dhafer Sghiri, l’enjeu consiste notamment à encourager les investissements privés et étrangers, tout en évitant d’alourdir davantage la pression fiscale sur les entreprises et les ménages.

    Un impératif, alors que les recettes fiscales représentent près de 91% des ressources prévues dans le projet de budget. Cette dépendance à la fiscalité plaide, selon lui, pour une meilleure intégration de l’économie parallèle dans le circuit organisé, plutôt que pour l’accumulation de nouvelles charges sur les acteurs déjà déclarés.

    Le député appelle ainsi à des mesures concrètes pour attirer les investissements dans des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment l’industrie, l’énergie et le dessalement de l’eau. Il propose également l’organisation d’une conférence nationale sur l’investissement en 2027. Les investissements directs étrangers ciblés sont, selon les chiffres qu’il avance, estimés à 4,8 milliards de dinars.

    La transition énergétique figure également parmi les priorités. Le déficit de la balance commerciale énergétique a dépassé 11,1 milliards de dinars en 2025, soit près de 51% du déficit commercial global. Pour réduire cette dépendance, Sghiri plaide en faveur d’une accélération des projets d’énergies renouvelables, notamment solaires, ainsi que de l’amélioration de l’efficacité énergétique.

    Le tourisme, les exportations et l’économie numérique constituent les autres leviers identifiés. Le député préconise notamment de renforcer la promotion de la destination tunisienne, d’ouvrir davantage le ciel tunisien à de nouvelles compagnies aériennes et de dynamiser les aéroports intérieurs. Il appelle aussi à soutenir les exportations de phosphate, d’huile d’olive, de dattes et de produits agroalimentaires, tout en développant les échanges avec les marchés africains et en encourageant les start-up. La contribution directe du tourisme au PIB s’est établie à 5,2% en 2025, selon les données qu’il cite.

    Les caisses sociales et les entreprises publiques au bord de l’asphyxie

    Le troisième défi est social. Il touche directement au pouvoir d’achat, à l’emploi et à la capacité de l’État à maintenir ses services publics, dans un contexte marqué par les difficultés financières de plusieurs structures stratégiques.

    Les chiffres avancés par Dhafer Sghiri donnent la mesure des déséquilibres. Les créances des caisses sociales auprès des secteurs public et privé dépasseraient 7 milliards de dinars. La dette de Tunisair avoisinerait, quant à elle, 2,2 milliards de dinars. Dans le secteur du transport public, l’endettement de six grandes entreprises publiques dépasserait 6,5 milliards de dinars. À cela s’ajoutent les dettes de la Pharmacie centrale, estimées à près de 1,3 milliard de dinars.

    Pour le député, ces situations imposent un plan de redressement fondé sur la restructuration des entreprises publiques, l’amélioration de leur gouvernance et de leur rentabilité, ainsi que le règlement de leurs dettes croisées. L’objectif est de mettre fin à l’accumulation des déficits sans compromettre la continuité des services essentiels.

    La réforme des caisses sociales figure également parmi les urgences. Sghiri appelle à diversifier leurs sources de financement et à mettre en place un plan de sauvetage capable de garantir la pérennité des régimes de retraite et de préserver les droits des générations actuelles et futures.

    À ces enjeux s’ajoutent la maîtrise de l’inflation, la protection du pouvoir d’achat des ménages, la création d’emplois, notamment pour les diplômés de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, ainsi que l’amélioration des services publics dans les secteurs du transport, de la santé et de l’éducation.

    Au-delà du diagnostic, Dhafer Sghiri appelle le gouvernement et les députés à renforcer la concertation et à coordonner leurs efforts lors de l’examen du projet de loi de finances 2027. Il plaide pour des amendements et des dispositions supplémentaires qui soient à la fois réalisables et susceptibles de répondre aux priorités économiques et sociales du pays. Reste à savoir dans quelle mesure ces orientations pourront se traduire en mesures concrètes dans un budget où les besoins sont nombreux et les ressources limitées.

    S.H

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *