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Taxis individuels : de 0,9 à 1,7 dinar au compteur, la colère monte face aux promesses non tenues

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Par Imen Nouira

    0,9 dinar au démarrage du compteur, 1,7 dinar réclamé par les chauffeurs de taxis individuels. Soit une augmentation de 88,89% du montant initial affiché au compteur qui, si elle était accordée, serait directement ressentie par les usagers. Et ce n’est qu’une partie de la révision souhaitée : les professionnels demandent également de revoir la tarification de la distance parcourue, ce qui pourrait alourdir davantage le montant des courses. Mais derrière cette revendication se cache un conflit bien plus ancien. Depuis plusieurs années, les professionnels du taxi individuel réclament une révision des tarifs, dénoncent l’augmentation de leurs charges et attendent la concrétisation d’engagements maintes fois annoncés. Aujourd’hui, leur patience semble avoir atteint ses limites.

    Après des négociations infructueuses et des promesses de révision tarifaire restées sans suite, les chauffeurs ont décidé de porter leurs revendications devant le Parlement. Un rassemblement est annoncé pour mercredi 4 novembre 2026, devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Une nouvelle mobilisation qui intervient alors que le secteur continue de fonctionner avec une tarification inchangée depuis 2022, malgré l’augmentation du coût des véhicules, des assurances et des pièces de rechange.

    Pour les professionnels, le problème ne se résume d’ailleurs pas au montant affiché au compteur. Il concerne également le temps perdu dans les embouteillages, les dépenses quotidiennes et la difficulté à dégager un revenu suffisant après avoir couvert les frais d’exploitation. Une course qui rapporte quelques dinars peut mobiliser un chauffeur pendant de longues minutes, particulièrement aux heures de pointe.

    Mais cette revendication soulève une autre question, tout aussi importante : jusqu’où peut-on augmenter les tarifs sans alourdir davantage la facture des citoyens, déjà confrontés à des difficultés de transport et à une pression persistante sur leur pouvoir d’achat ? Le bras de fer dépasse ainsi la seule question des 0,8 dinar supplémentaires réclamés au départ du compteur. Il touche aussi à l’encadrement des applications de réservation, à l’attribution des licences et aux conditions d’exercice d’une profession qui estime ne plus pouvoir attendre.

    Dans un communiqué publié lundi 2 novembre 2026, l’Union tunisienne des taxis individuels a dénoncé la dégradation continue des conditions professionnelles, sociales et économiques des chauffeurs, ainsi que l’impasse dans laquelle se trouverait le dialogue avec les autorités de tutelle. L’organisation accuse ces dernières de laisser les revendications sans réponse et appelle les professionnels à participer pacifiquement au rassemblement du 4 novembre.

    Invité le même jour au micro de Walid Ben Rhouma, dans l’émission Le Mag Express sur Express FM, Faouzi Khabouchi, président de l’Union tunisienne des taxis individuels, a détaillé les raisons de cette mobilisation et exprimé son mécontentement à l’égard des ministères du Transport et de l’Intérieur.

    Une hausse qui ne se limite pas au démarrage du compteur

    Au cœur des revendications figure la révision du montant initial affiché au compteur. Faouzi Khabouchi propose de le porter à 1,7 dinar, contre 0,9 dinar actuellement. Pour justifier cette demande, il met en avant l’augmentation des charges d’exploitation, particulièrement le coût des pièces de rechange et l’entretien des véhicules. À cela s’ajoutent les embouteillages, qui réduisent considérablement le nombre de courses pouvant être effectuées au cours d’une journée.

    Une course de quelques kilomètres peut ainsi nécessiter 45 minutes, voire davantage, pour une recette de sept ou huit dinars. Une fois les frais déduits, la rémunération du chauffeur peut s’avérer particulièrement faible au regard du temps consacré au déplacement. Le président de l’Union estime que la tarification actuelle ne reflète plus ces contraintes. Au-delà du montant initial, il réclame également une révision de la tarification de la distance parcourue. Actuellement, le compteur augmente de 0,046 dinar tous les 79 mètres, auxquels s’ajoute une facturation de 0,046 dinar toutes les 18 secondes d’attente. Il affirme néanmoins vouloir tenir compte des difficultés financières des citoyens, déjà confrontés à une augmentation du coût de la vie.

    Un rappel permet de mesurer l’évolution des revendications. En septembre 2024, Mohamed Ali Arfaoui, alors présenté comme secrétaire général d’une organisation syndicale de taxis individuels, réclamait déjà un démarrage du compteur à deux dinars, contre 0,9 dinar. Il expliquait que les tarifs ne permettaient plus de couvrir les frais d’exploitation. Il indiquait même que certains chauffeurs souhaitaient voir le compteur démarrer à trois ou quatre dinars, notamment pour rentabiliser les petites courses.

    Deux ans plus tard, la proposition avancée par Faouzi Khabouchi est inférieure de 0,3 dinar à celle défendue en 2024. Un contraste d’autant plus notable que les charges d’exploitation demeurent au cœur des préoccupations de la profession. Le responsable syndical ne ferme d’ailleurs pas la porte à une autre solution. Il évoque la possibilité d’un soutien financier de l’État, qui permettrait d’alléger les charges supportées par les chauffeurs sans répercuter l’intégralité de leur augmentation sur les usagers.

    Des promesses de révision tarifaire jamais concrétisées

    La dernière révision tarifaire remonte à 2022. Depuis, les organisations professionnelles ont multiplié les démarches pour obtenir une revalorisation des prix réglementés, sans résultat.

    En décembre 2025, Nader Kazdaghli, président du Syndicat de base des taxis individuels, dénonçait déjà l’absence d’ajustement des tarifs malgré la hausse du coût des véhicules, du carburant et de l’entretien. Il rappelait que des études techniques et économiques avaient été transmises aux autorités pour démontrer la dégradation de la rentabilité du secteur.

    L’année 2026 devait pourtant marquer une avancée. Un accord signé le 22 janvier entre les représentants du transport public non régulier et les autorités prévoyait le traitement de plusieurs dossiers en suspens, notamment la révision du cadre réglementaire du secteur. La révision tarifaire, initialement annoncée pour la fin du mois de mars, n’a toutefois pas été concrétisée.

    Le 27 avril, les professionnels du transport public non régulier ont accepté de suspendre une grève nationale à la suite de nouvelles négociations. Selon les représentants du secteur, les autorités s’étaient engagées à mettre en œuvre la révision tarifaire à partir de juin, tandis que d’autres dossiers devaient être réglés avant la fin du mois d’août.

    Le 3 juillet, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) annonçait une nouvelle grève générale du transport public non régulier pour le 13 juillet, dénonçant les reports successifs et le non-respect des engagements pris par les autorités. Cette mobilisation concernait plusieurs catégories de transporteurs, dont les taxis individuels, les taxis collectifs, les louages et le transport rural.

    Début novembre, le constat demeure inchangé : aucune révision tarifaire n’est intervenue. Pour Faouzi Khabouchi, cette succession de négociations infructueuses explique l’exaspération des chauffeurs. Le responsable syndical reproche aux autorités de laisser les professionnels supporter seuls les conséquences de l’augmentation des charges, alors que les engagements annoncés ne se concrétisent pas.

    Applications, licences et contrôles : les autres fronts du conflit

    Les tarifs ne constituent cependant qu’une partie des revendications. La question des applications de réservation reste particulièrement sensible. Faouzi Khabouchi rappelle que le ministère du Transport avait annoncé son intention d’encadrer leur utilisation, notamment à travers le développement d’une application tunisienne.

    Le responsable syndical soutient le principe d’une solution nationale, particulièrement pour garantir l’hébergement des données personnelles des utilisateurs en Tunisie. Il dénonce toutefois les sanctions qui continueraient, selon lui, à viser les chauffeurs utilisant les plateformes existantes.

    Il estime que ces applications répondent à une demande réelle, notamment de la part des personnes âgées et des familles qui souhaitent réserver un taxi sans devoir le chercher dans la rue. Elles constituent également, pour les professionnels, un moyen d’améliorer leurs revenus.

    La situation des licences alimente aussi le mécontentement. Faouzi Khabouchi affirme que certains chauffeurs attendent depuis quinze à dix-sept ans pour obtenir une licence de taxi. Il réclame une accélération de l’examen des demandes, à travers la tenue plus régulière des commissions régionales, ainsi que la réattribution des licences retirées.

    À ces difficultés s’ajoutent les contrôles exercés sur les professionnels. Le président de l’Union accuse les autorités de multiplier les sanctions et dénonce ce qu’il considère comme des pratiques de harcèlement, sans tenir suffisamment compte des contraintes auxquelles les chauffeurs sont confrontés. Il critique également le développement du transport rémunéré de passagers à moto, qu’il considère comme une activité exercée en dehors du cadre légal. Il conteste notamment l’utilisation de l’appellation « taxi-moto », estimant qu’elle contribue à banaliser une pratique qui ne bénéficierait pas d’une reconnaissance réglementaire.

    Autant de dossiers qui, selon lui, témoignent des difficultés persistantes du secteur et de l’absence de réponses adaptées de la part des autorités de tutelle.

    Le Parlement interpellé, les usagers pris dans l’équation

    Aux heures de pointe, trouver un taxi relève parfois du parcours du combattant. Les chauffeurs, eux, dénoncent des embouteillages interminables, des courses peu rentables et des journées de travail qui s’allongent pour compenser l’augmentation de leurs dépenses. Cette situation nourrit les tensions entre professionnels et usagers, chacun subissant à sa manière les insuffisances du système de transport.

    Au cours de l’entretien, Walid Ben Rhouma a notamment soulevé la question de la dépendance des salariés aux taxis individuels pour leurs déplacements quotidiens, alors que ceux-ci devraient normalement être assurés en grande partie par un réseau de transport collectif suffisamment développé. Faouzi Khabouchi partage ce constat. Il estime que les chauffeurs ne peuvent être tenus pour responsables des insuffisances du transport public, qui accentuent la pression sur leur activité, particulièrement aux heures de forte affluence. Il souligne également que certains professionnels sont contraints de prolonger leurs journées de plusieurs heures pour couvrir leurs dépenses, au détriment de leur santé et de leurs conditions de travail.

    C’est dans ce contexte que l’Union tunisienne des taxis individuels appelle à un rassemblement devant l’Assemblée des représentants du peuple, mercredi 4 novembre 2026. Faouzi Khabouchi entend interpeller directement les députés et solliciter leur intervention auprès des ministères du Transport et de l’Intérieur. Il est même allé jusqu’à évoquer la possibilité de demander une motion de censure visant les ministres concernés, auxquels il reproche leur gestion des dossiers du secteur.

    Dans son communiqué, l’organisation syndicale insiste sur le caractère pacifique de la mobilisation et appelle les professionnels à défendre leurs revendications dans l’unité. Son président prévient néanmoins que d’autres actions pourraient suivre en l’absence de réponses concrètes.

    La mobilisation du 4 novembre intervient donc après une succession d’engagements restés sans suite. Révision annoncée pour mars, puis attendue en juin : les échéances ont passé, mais les tarifs sont demeurés inchangés. Reste à savoir si l’interpellation du Parlement permettra enfin de débloquer un dossier qui, depuis plusieurs années, semble condamné à tourner en rond.

    I.N.

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