Révélée dès novembre 2025 par Business News, l’affaire Zenith Energy a progressivement basculé d’un différend pétrolier en un dossier explosif à près de 640 millions de dollars. Au cœur de cette dérive, une correspondance officielle datée du 14 avril 2026, qui aurait profondément affaibli la position de l’État tunisien. Deux semaines plus tard, la ministre de l’Industrie est limogée à l’aube, sans explication. Entre faits établis, analyses économiques et investigations indépendantes, retour sur une séquence où droit, énergie et pouvoir s’entremêlent.
Il arrive que les grandes affaires d’État ne naissent pas d’un scandale spectaculaire, mais d’une suite d’événements discrets, techniques, presque invisibles, dont l’enchaînement finit par produire une onde de choc. L’affaire Zenith Energy appartient à cette catégorie. Elle ne s’impose pas d’emblée par son évidence, mais par sa progression, lente et implacable, jusqu’au point de rupture.
Ce point de rupture, aujourd’hui, tient en une date : le 14 avril 2026.
Mais pour comprendre ce qui s’est joué ce jour-là, il faut remonter plusieurs mois en arrière, à une information passée presque inaperçue au moment de sa publication.
Quand tout commence par une accusation
Le 27 novembre 2025, Business News révèle que la société Zenith Energy accuse les autorités tunisiennes d’avoir transféré et vendu, sans son autorisation, plusieurs milliers de barils de pétrole issus de ses concessions. L’affaire, à ce stade, reste circonscrite à un litige commercial durci, opposant une entreprise à un État sur la gestion d’actifs énergétiques.
Selon la société, une cargaison de 3.987 barils aurait été déplacée vers les installations de Maretap puis commercialisée, sans qu’aucune compensation ne lui soit versée. Dans le même temps, Zenith affirme se heurter, depuis 2022, à un blocage persistant de la commercialisation de sa production, l’empêchant de générer des revenus à partir de ses propres actifs.
Ces accusations, si elles sont avérées, posent une question simple et redoutable : celle de la propriété effective du pétrole extrait en Tunisie. Mais à ce stade, le débat reste technique, presque confidentiel, et se joue encore loin des regards.
Des concessions au cœur du conflit
Le différend porte sur plusieurs concessions pétrolières, réparties entre le sud et le sud-est du pays : Robbana, El Bibane, Sidi El Kilani et Ezzaouia. Zenith Energy affirme en détenir les droits à travers un enchevêtrement de sociétés acquises au fil des années, tandis que l’État tunisien conteste la validité de certaines de ces opérations et invoque sa souveraineté réglementaire.
Ce désaccord, classique en apparence dans le secteur des hydrocarbures, prend rapidement une tournure plus conflictuelle. À mesure que les tensions s’accumulent (blocage des ventes, différends sur l’exploitation, contestations juridiques) le dossier quitte le terrain administratif pour entrer dans celui, autrement plus risqué, de l’arbitrage international.
Une autre lecture du dossier : la ligne de défense tunisienne
Mais l’affaire ne peut être lue uniquement à travers le récit de Zenith Energy. C’est aussi ce qui rend ce dossier si complexe. Car, du côté tunisien, une autre lecture existe : celle d’un opérateur arrivé par des montages de rachat de sociétés détentrices de droits, dont la solidité technique et financière aurait suscité des réserves. L’État tunisien aurait, selon cette ligne de défense, exigé des garanties bancaires et financières avant de valider pleinement certaines opérations. Leur absence aurait nourri le blocage, puis l’escalade judiciaire. Cette version, qui mérite d’être documentée, ne permet pas d’effacer la question de la correspondance du 14 avril, mais elle oblige à poser une autre question : l’État tunisien a-t-il voulu défendre sa souveraineté énergétique, ou s’est-il juridiquement piégé en le faisant trop tard, trop mal, et sans stratégie cohérente ?
L’escalade judiciaire
Zenith Energy engage alors plusieurs procédures, dont la plus décisive devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), à Washington.
Zenith reconnaît elle-même l’existence de plusieurs procédures : ICC-1, remportée contre l’ETAP pour 9,7 millions de dollars plus intérêts, ICC-2 autour de Sidi El Kilani, et le dossier CIRDI contre la Tunisie.
On note que la Tunisie a obtenu une victoire dans l’affaire ICC-2 en juillet 2025, distincte du dossier CIRDI ; Zenith a contesté cette issue et a engagé une procédure en Suisse.
Dans ce type de contentieux, les montants réclamés ne reflètent pas seulement les pertes subies, mais aussi les perspectives de gains futurs, ce qui explique leur évolution rapide.
En l’espace de trois ans, les prétentions financières passent de quelques dizaines de millions de dollars à plus de 500 millions, pour atteindre, en avril 2026, près de 640 millions. À ce niveau, le dossier change de nature : il ne s’agit plus d’un différend sectoriel, mais d’un risque macroéconomique pour l’État tunisien.
Et pourtant, malgré cette montée en puissance, l’affaire reste encore contenue dans le champ juridique, suspendue à une question centrale : la reconnaissance ou non des droits de l’investisseur.

Le basculement du 14 avril
C’est dans ce contexte que survient la correspondance du 14 avril 2026 transmise par l’État tunisien et révélée publiquement par Zenith.
Dans ce document, les autorités tunisiennes reconnaissent la propriété de Zenith Energy sur certaines concessions, dont Robbana et El Bibane, ainsi que sur des volumes de pétrole extraits et stockés.
Pour le dire simplement, les autorités tunisiennes reconnaissent par écrit que ces concessions et ce pétrole appartiennent à Zenith… alors même qu’elles ont empêché l’entreprise d’en disposer et qu’une partie a été vendue sans son accord.
Autrement dit, l’État valide lui-même, noir sur blanc, l’argument central de la société : celui d’une appropriation de ses actifs. L’information qui nous manque est l’identité de la personne qui a envoyé cette correspondance et tout porte à croire que c’est la ministre limogée Fatma Thabet Chiboub.
Une analyse qui éclaire les enjeux
C’est précisément ce que met en lumière Moktar Lamari (titulaire d’un doctorat en économie (Ph. D) et professeur universitaire à l’Université du Québec au Canada) dans ses contributions dans le groupe Facebook fermé E4T (Economics for Tunisia). Sans se prononcer sur l’intention des autorités, M. Lamari souligne les conséquences possibles d’un tel document dans le cadre d’un arbitrage.
En validant la propriété des actifs, l’État fragilise sa capacité à contester la légitimité de l’investissement et renforce, de facto, la position de la partie adverse. Dans un contentieux de cette nature, où chaque élément de preuve peut faire basculer l’équilibre, une telle reconnaissance pèse lourd.
Zenith Energy : une structure et un dirigeant qui interrogent
Reste une zone d’ombre majeure : la nature exacte de Zenith Energy et le profil de son dirigeant, Andrea Cattaneo. La société est cotée et ne peut donc être présentée comme une entreprise unipersonnelle. Mais son actionnariat apparaît très dispersé, avec un dirigeant qui demeure le principal actionnaire identifié (8,72% du capital), sans contrôler à lui seul le capital. Luca Benedetto, CFO, détiendrait environ 2,5%. Les six premiers actionnaires connus totalisent environ 15,83%, ce qui suggère un flottant très important.
Cette structure, ajoutée à la multiplication des procédures et des communiqués financiers, mérite d’être interrogée. Dans un dossier aussi sensible, la question n’est pas seulement de savoir si l’État tunisien a commis une faute ; elle est aussi de savoir avec quel type d’acteur il s’est retrouvé engagé, et pourquoi ses mécanismes de contrôle n’ont pas permis de trancher le problème avant qu’il ne devienne un arbitrage à plusieurs centaines de millions de dollars.
Une séquence aux allures de rupture
À partir de ce moment, les événements s’accélèrent.
Le 9 avril 2026, quelques jours avant cette correspondance, un acteur inattendu fait son entrée dans le dossier : Charles Michel. Ancien Premier ministre belge, puis président du Conseil européen entre 2019 et 2024, il a été l’un des principaux interlocuteurs de la Tunisie au sein de l’Union européenne, notamment lors des négociations du partenariat stratégique conclu en 2023. Son arrivée au sein de l’équipe juridique de Zenith Energy ne relève donc pas du simple renfort technique : elle donne au dossier une dimension politique et diplomatique nouvelle, en introduisant dans la procédure un homme qui connaît à la fois les rouages européens et les circuits de décision tunisiens.
Le 20 avril, les audiences finales s’ouvrent à Washington devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), une instance de la Banque mondiale chargée d’arbitrer les litiges entre États et investisseurs étrangers, marquant l’entrée du dossier dans sa phase décisive.
Puis, dans la nuit du 27 au 28 avril, à 4h39 du matin, la présidence de la République annonce le limogeage de la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Aucun motif n’est avancé.
Isolés, ces événements pourraient relever du hasard ou de la routine institutionnelle. Mis bout à bout, ils dessinent une séquence qui interpelle.
Entre coïncidence et interprétation
C’est précisément cette chronologie que dissèque la plateforme d’investigation Ba7ath, fondée par notre confrère Moez Elbey. À partir d’une analyse en sources ouvertes, la plateforme évoque une succession d’événements « troublante » et s’interroge sur un possible lien entre la correspondance du 14 avril et le limogeage de la ministre.
Dans un second texte, M. Elbey avance l’hypothèse d’une erreur administrative majeure, susceptible d’avoir été perçue comme une faute grave au sommet de l’État, justifiant une sanction politique immédiate.
Il convient de le rappeler : ces éléments relèvent d’une interprétation fondée sur des indices et une chronologie, et non d’une preuve formelle. Mais ils posent une question que le silence officiel ne permet pas, pour l’instant, d’écarter.
Une affaire qui dépasse le droit
Au fond, la question n’est plus seulement de savoir si la Tunisie perdra ou non son arbitrage. Elle est ailleurs.
Comment un différend technique, né autour de quelques milliers de barils de pétrole, a-t-il pu dériver en un contentieux à 640 millions de dollars… puis déboucher, en quelques jours, sur une décision administrative fragilisant la défense de l’État et un limogeage annoncé à l’aube, sans explication ?
Tant que cette séquence ne sera pas clarifiée, une certitude s’impose : l’affaire Zenith Energy n’est plus un simple litige. C’est désormais un révélateur brutal des failles de gouvernance au sommet de l’État.
Un élément pèse cependant sur la lecture de ce dossier : le silence des autorités tunisiennes. Depuis le début du conflit, la communication publique est dominée par Zenith Energy, à travers communiqués et annonces répétées. En face, l’État ne s’est pas exprimé, ni sur le fond du litige, ni sur les décisions prises, ni sur le procès remporté ou le procès perdu. Même le limogeage spectaculaire de la ministre n’a été accompagné d’aucune explication. Pour les médias, cette absence de version officielle crée un déséquilibre évident : faute d’accès à une parole publique, le débat se construit à partir d’une seule source, celle de la partie adverse.
Nizar Bahloul
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Commentaire
le financier
cette femme aurait du etre vir2 il y a deja 2ans pour son incompetence , allez savoir ce qui se cache derriere . envoyez des manifestants et cette societe ne pourra plus operer