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La richesse qui ne revient jamais… mais qui part très bien

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Par Maya Bouallégui

    Épisode 1 – Les milliards imaginaires et les millions bien réels

    Il y a des chiffres qui relèvent de la promesse, et d’autres qui relèvent de la facture.

    Les 13,5 milliards de dinars que le président Kaïs Saïed s’était engagé à récupérer pour la Tunisie appartiennent à la première catégorie. Les 639,5 millions de dollars que l’on réclame aujourd’hui à l’État tunisien appartiennent, eux, à la seconde.

    Et entre les deux, il y a quatre années de discours, d’arrestations, de commissions, et, au bout du compte, un constat assez simple : l’argent promis n’est jamais revenu. Mais celui que l’on doit payer, lui, commence à se préciser.

    Voilà pour le décor.

    Maintenant, revenons à ce qui nous intéresse vraiment.

    Depuis quatre ans, le président Kaïs Saïed martèle le même discours : l’État tunisien a été pillé, l’argent a été volé, et il faut le récupérer. Il a même avancé un chiffre. Pas n’importe lequel. 13,5 milliards de dinars. Rien que ça. Une promesse simple, presque magique : il suffit de vouloir, et l’argent reviendra.

    Alors on a voulu.

    On a arrêté des hommes d’affaires. On les a accusés. On les a diabolisés. On les a enfermés. On a installé une commission de conciliation pénale, censée récupérer l’argent en échange de règlements. On l’a prolongée, remaniée, relancée… puis oubliée. Elle est actuellement en situation cadavérique.

    Résultat ?

    Rien.

    Pas un dinar récupéré.

    Pas un bilan.

    Pas une preuve.

    En revanche, ce qui existe vraiment, ce qui est mesurable, ce qui est encadré juridiquement, c’est l’inverse.

    639,5 millions de dollars.

    Pas une promesse. Une réclamation.

    Et au cœur de cette affaire, une ministre. Nommée par le président. Choisie par lui. Issue de ce fameux casting censé incarner la rupture avec l’ancien système. Une ministre qui n’est ni un héritage du passé, ni une survivance du régime précédent. Non. Une création pure du moment politique actuel.

    Puis limogée. À l’aube. Sans explication.

    Comme si l’on pouvait effacer une séquence en changeant simplement de personne.

    Mais les chiffres, eux, ne changent pas.

    D’un côté, des milliards annoncés qui ne viennent jamais.

    De l’autre, des centaines de millions qui apparaissent, bien réels, bien encadrés, bien exigibles.

    On nous avait promis de récupérer l’argent spolié.

    On découvre que l’on pourrait en perdre.

    Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie rupture : avant, on ne récupérait pas l’argent ; aujourd’hui, on risque d’en payer.

    Épisode 2 – Dire n’est pas faire

    La Tunisie vit depuis quelques années dans un régime de promesses.

    On annonce. On affirme. On martèle.

    Et ensuite… on attend.

    L’épisode des augmentations salariales en est la parfaite illustration. Présentées comme un geste social fort, elles devaient soulager les Tunisiens. Mais dans la réalité, les hausses prévues restent inférieures à l’inflation, ce qui signifie une chose simple : le pouvoir d’achat continue de reculer.

    Autrement dit, on augmente… mais on appauvrit.

    Ce décalage entre le discours et la réalité n’est pas une anomalie. C’est devenu une méthode.

    On promet de récupérer l’argent spolié.

    On ne récupère rien.

    On annonce des augmentations.

    Elles ne compensent rien.

    On parle de souveraineté.

    Et l’on se retrouve devant des juridictions internationales.

    À chaque fois, le même mécanisme : une parole forte, suivie d’une réalité plus faible.

    Et parfois même inverse.

    Dans le cas de Zenith, ce décalage atteint un niveau presque caricatural. Pendant que le pouvoir explique qu’il va faire rentrer des milliards dans les caisses de l’État, une décision administrative issue de son propre appareil ouvre la voie à une sortie potentielle de centaines de millions de dollars.

    Ce n’est plus un écart.

    C’est un grand écart.

    Et comme souvent dans ce type de régime, la solution ne consiste pas à corriger la trajectoire, mais à changer les visages. On limoge. On remplace. On recommence.

    Mais le problème ne disparaît pas. Il se déplace.

    Car au fond, la question n’est pas de savoir si une ministre a commis une erreur. La question est plus simple — et plus dérangeante : comment un système qui promet autant peut-il produire si peu ?

    Ou, pour le dire autrement : comment un pouvoir qui dit tout… finit-il par ne rien faire ?

    Et dans cette Tunisie-là, la seule chose qui semble vraiment fonctionner, c’est l’écart entre ce qui est annoncé… et ce qui arrive réellement.

    Épisode 3 – Partir, tout simplement

    On ne va pas s’étonner.

    Dans un pays où l’on promet des milliards qui ne viennent jamais, où l’on annonce des mesures qui n’améliorent rien, et où les mauvaises nouvelles, elles, se matérialisent toujours avec une précision comptable, il n’y a rien de surprenant à voir les gens partir.

    Les chiffres sont là. La migration des Tunisiens a bondi de 137 % en dix ans. Et parmi eux, de plus en plus de diplômés. Autrement dit, ceux que le pays a formés… sont aussi ceux qu’il perd le plus vite.

    Cette richesse-là ne se chiffre pas en dinars : ce sont des cerveaux, des compétences, des trajectoires… que le pays forme, mais qu’il laisse partir.

    Ce n’est pas un accident. C’est un climat.

    Un pays où l’emploi manque.

    Un pays où le travail, quand il existe, ne paie pas.

    Un pays où le mérite ne protège de rien.

    Et surtout, un pays où entreprendre devient un risque.

    À force de désigner les “hommes d’affaires” comme une catégorie suspecte, à force de transformer la réussite en présomption de culpabilité, le message a fini par s’imposer : investir peut conduire au tribunal, réussir peut conduire en prison.

    Alors on réfléchit. Puis on hésite. Puis on part.

    Ce qui est frappant, ce n’est pas la brutalité du phénomène. C’est sa logique.

    D’un côté, un pouvoir qui parle au nom du peuple comme s’il s’adressait à des enfants, promettant de régler des problèmes complexes par des formules simples.

    De l’autre, une réalité qui rappelle, chaque jour, que l’économie ne fonctionne ni à l’incantation ni à la désignation d’ennemis.

    Entre les deux, il y a une génération entière qui regarde, comprend… et s’en va.

    Pas par désespoir.

    Par lucidité.

    Et au fond, c’est peut-être cela le plus inquiétant : quand ceux qui restent ne croient plus… et que ceux qui peuvent partir ne restent pas.

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