Grande nouvelle du mois, celle qu’on attendait comme une bouffée d’air frais dans un contexte économique de plus en plus asphyxiant : l’augmentation des salaires dans le privé et le public, et la revalorisation des pensions de retraite. Le pouvoir, fidèle à lui-même, a pris son temps avant de consentir à l’annonce.
Des mois d’attente pour, au final, une communication nocturne respectant l’horaire si cher à Carthage. Mardi dernier, à l’aube, quand tout le monde dormait, le président a livré son message comme on distribue une faveur. Il a soufflé à ses administrés encore endormis : vous avez demandé, j’ai exaucé. Une manière élégante de se poser en bienfaiteur magnanime, souverain à l’écoute de son peuple, entre deux bribes de discours complotiste. Un discours ordinaire, une soirée ordinaire.
Le chef de l’État ne négocie pas, il concède
Pendant des années, la question salariale relevait d’un rituel bien établi : des négociations longues, souvent tendues, entre l’UGTT, le patronat et l’État. Ce cadre, imparfait mais structurant, a été purement contourné cette année.
L’augmentation, pourtant revendication centrale du syndicat, s’est décidée sans lui. Kaïs Saïed n’a même pas reçu à Carthage le nouveau secrétaire général Slaheddine Selmi, comme il avait déjà ignoré le bâtonnier des avocats avant lui. Des usages institutionnels, effacés sans cérémonie. Le pouvoir ne veut pas d’intermédiaires, il veut une scène. En s’appropriant seul cet outil de galvanisation, il s’épargne aussi le risque d’en partager le mérite. La politique salariale se transforme ainsi en une véritable reprise en main.
Le timing, lui, n’a rien d’improvisé. Après une année 2025 particulièrement sèche, marquée par une inflation persistante et un gel total des salaires, le Tunisien, éreinté, affaibli, était prêt à se satisfaire de peu, et le pouvoir le sait. C’est précisément sur cette lassitude qu’on a misé.
70 dinars, et puis quoi ?
Dans le portefeuille, que reste-t-il réellement de ces augmentations si attendues ?
Depuis l’annonce, les experts, calculette en main, se sont relayés pour décortiquer le gain réel derrière cette hausse si fantasmée. Sans grande surprise, le verdict est presque unanime : ce que le Tunisien percevra effectivement dans sa poche reste nettement en deçà des espoirs.
Autour de 70 dinars nets dans de nombreux cas, comme l’ont détaillé le fiscaliste Mohamed Salah Ayari et l’ancien ministre Hafedh Laâmouri. 70 dinars, c’est, sur le marché tunisien actuel, l’équivalent de trois à quatre kilos de bananes, ou d’un kilo de viande d’agneau. Pas de quoi révolutionner le budget d’un ménage. À peine de quoi redonner un petit sourire à une triste semaine de courses.
Cette hausse n’est en effet ni pensée ni calibrée pour révolutionner le quotidien des ménages, ni pour étoffer durablement le portefeuille des salariés. Dans un contexte d’inflation persistante, où les prix ont déjà absorbé une grande partie des revenus, elle arrive comme un rattrapage tardif, et non comme un véritable levier d’amélioration.
Face à une inflation de 5,5% en avril, une augmentation de 5% ne corrige rien, elle entérine une perte déjà consommée.
Acheter du temps, pas du pouvoir d’achat
Programmée sur le moyen terme, la dimension triennale de cette hausse dépasse largement le cadre technique pour revêtir une coloration éminemment politique. Il s’agit, en clair, d’acheter le silence des travailleurs, de garantir une prétendue paix sociale et de désamorcer préventivement les futures tensions syndicales avec un semblant de légitimité.
Le pouvoir avait promis une vie digne aux Tunisiens et bâti son discours en grande partie sur cette promesse. Il admet désormais, implicitement, que sa crédibilité dépend de sa capacité à freiner la dégradation du pouvoir d’achat, quitte à accentuer la pression sur des finances publiques déjà fragiles.
La Tunisie ne roule actuellement pas sur l’or (croissance faible et déficit persistant) et, dans le monde, les vents contraires soufflent de toutes parts. Dans ce contexte, augmenter les salaires sans que rien d’autre ne suive, ni la production, ni les recettes, c’est acheter la paix sociale à crédit.
Le risque financier est réel, et il n’est un secret pour personne. Le pouvoir en est certainement conscient. Il parie simplement sur sa capacité à gagner du temps.
70 dinars ne changent pas une vie, mais ils peuvent, le temps d’un cycle d’actualité, changer une humeur collective. Et dans un pays où l’espoir a été si méthodiquement raboté, même un kilo d’agneau peut ressembler à une promesse. Jusqu’au moment où il faudra payer l’addition…











2 commentaires
Mhammed Ben Hassine
[ bananes]
Pourquoi cette focalisation sur me banane 🍌 comme s’il est laliment essentiel du citoyen ou son problème majeur,
Parler des bananes me révolte sincèrement pourquoi je n’en sais rien le citoyen a d’autres chat à fouelleter comment repartir son maigre revenu sur les 30 j du mois cassé tête chinois
Et n
Vous nous parler 🍌 quelle aille au diable
zaghouan2040
Il faut être clair
Les « ajustements » des rémunérations accordés sont ridicules; pathétiques,voire insultants pour les concernés
Le taux d’inflation réel touchant les biens de consommations courante (denrées alimentaires,habillement,loyers…..) et intermédiaire (électroménager et équipements informatiques,frais de scolarité, frais de rénovation diverses, voyages etc….)
Le taux d’inflation concernant ces achats réguliers essentiels au bien être de tout citoyen dépasse depuis 2014 les 10%,et dépasse les 15% annuels concernant fruits et légumes,viande blanche et rouge,voire habillement
Donc a raison de 10% de hausse annuelle des prix depuis 2014 on en est a 120% a minima
Vous comprenez immédiatemrnt.l’aspect dérisoire si ce n’est insultant de cette mesure d’opérette