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BTK Bank : la renaissance d’une banque longtemps en difficulté

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Par Raouf Ben Hédi

    Longtemps considérée comme l’une des banques les plus fragiles du paysage tunisien, la BTK Bank affiche aujourd’hui des indicateurs en nette amélioration. Résultats en hausse, retour progressif aux normes prudentielles et soutien affirmé du nouvel actionnaire : les comptes 2025 racontent l’histoire d’un redressement réel, même si plusieurs fragilités persistent encore.

    Longtemps considérée comme une banque en difficulté, la BTK Bank affiche désormais une trajectoire plus lisible. Contrôlée à 60 % par le groupe Elloumi, aux côtés de l’État tunisien (20%) et du fonds souverain koweïtien KIA (20%), la banque semble avoir retrouvé une certaine stabilité après plusieurs années marquées par les restructurations et les tensions financières.

    Les états financiers individuels publiés la semaine dernière au titre de l’exercice 2025 montrent ainsi un résultat net de 15,1 millions de dinars, contre 6,4 millions de dinars un an auparavant. Après prise en compte des modifications comptables, le résultat net retraité ressort même à 23,9 millions de dinars, confirmant l’amélioration progressive des équilibres financiers de la banque au cours des dernières années.

    La tendance reste bien positive : la banque était à 7,6 millions de dinars en 2022, 8 millions en 2023, puis 11 millions en 2024 avant d’atteindre 15 millions de dinars en 2025. Le produit net bancaire, indicateur central de l’activité, progresse également pour atteindre 104,4 millions de dinars contre 100,3 millions de dinars en 2024.

    Les créances sur la clientèle augmentent de près de 100 millions de dinars en un an, signe d’une reprise de l’activité de financement et d’un retour progressif de la banque sur le terrain commercial. Les engagements de financement hors bilan progressent également fortement, passant de 314 à 414 millions de dinars en une année, traduisant une reprise plus offensive de l’activité commerciale et une capacité retrouvée à accompagner de nouveaux projets.

    Le signal le plus fort est peut-être venu de l’actionnaire principal lui-même. En décembre 2025, celui-ci a officiellement renoncé aux intérêts liés aux créances qu’il détient sur la banque, soit un encours de 137,6 millions de dinars. Cette décision a généré un produit exceptionnel de plus de trois millions de dinars dans les comptes 2025 et constitue surtout un soutien financier explicite au redressement de l’établissement.

    Une banque qui revient de loin

    Ces résultats prennent davantage de relief lorsqu’on se rappelle la situation de la banque il y a quelques années quand elle était encore publique. Les documents financiers rappellent qu’en 2020, la BTK se trouvait dans une situation particulièrement délicate, avec des fonds propres inférieurs au minimum réglementaire et des interrogations réelles sur sa capacité à poursuivre normalement son activité.

    Depuis, et après l’arrivée de la famille Elloumi, plusieurs indicateurs réglementaires se sont progressivement améliorés. La banque indique notamment respecter désormais les exigences prudentielles minimales en matière de solvabilité, avec un ratio Tier 1 de 7,08 % et un ratio global attendu de 10,17 %.

    Ce retour à la conformité est d’autant plus significatif que les états financiers précisent que ce ratio n’était pas respecté durant les trois premiers trimestres de 2025. Le retour dans les seuils réglementaires à la clôture de l’exercice apparaît ainsi comme l’un des principaux marqueurs du redressement engagé par la banque.

    Les capitaux propres atteignent aujourd’hui 226 millions de dinars, contre 210 millions un an plus tôt. Une amélioration réelle, même si les états financiers rappellent également que les résultats reportés restent négatifs à hauteur de 152,7 millions de dinars. Autrement dit, les bénéfices actuels améliorent progressivement la situation, mais n’effacent pas encore totalement les difficultés héritées du passé.

    La banque a également procédé à une régularisation comptable importante liée à d’anciennes opérations en devises datant de la migration de son système d’information en 2013. Traité conformément aux normes comptables comme une correction d’erreur fondamentale, cet ajustement a eu un impact positif de 8,7 millions de dinars sur les capitaux propres. Plus qu’un simple retraitement technique, cette opération traduit une volonté assumée de nettoyage et de mise en conformité comptable.

    Sans rupture spectaculaire ni communication tapageuse (voire sans communication du tout) les chiffres donnent néanmoins l’image d’un établissement qui avance dans une direction plus stable et plus cohérente qu’au cours des années précédentes.

    Le groupe retrouve progressivement des relais de croissance

    Les comptes consolidés montrent également que plusieurs activités du groupe recommencent à progresser. C’est notamment le cas de BTK Leasing, dont l’encours net passe de 337 à 439 millions de dinars en une année, soit une progression de plus de 30 %. Cette activité apparaît désormais comme l’un des principaux moteurs de croissance du groupe.

    Le groupe a également fortement renforcé son portefeuille de bons du Trésor assimilables (BTA), qui passe de 48,9 à 108,3 millions de dinars. Une stratégie prudente qui permet à la banque de sécuriser une partie de ses placements tout en générant des revenus financiers en forte progression.

    Des fragilités qui subsistent

    Pour autant, les états financiers ne décrivent pas une banque totalement sortie d’affaire. Plusieurs signaux invitent encore à la prudence.

    Les flux de trésorerie restent notamment sous pression. Les liquidités diminuent fortement sur l’exercice, avec une variation négative de plus de 135 millions de dinars. Les flux liés à l’exploitation ressortent également en territoire négatif, signe que la banque continue d’évoluer dans un environnement financier exigeant.

    Les états financiers individuels ont été certifiés sans réserve par les commissaires aux comptes Walid Moussa et Wael Ketata. Ceux-ci ont néanmoins formulé plusieurs observations portant notamment sur certains contentieux fiscaux, douaniers et sociaux encore en cours, aussi bien au niveau de la banque que de certaines filiales du groupe.

    Les comptes consolidés montrent également que le redressement reste inégal selon les entités du groupe. Certaines filiales, notamment BTK Finance, continuent d’afficher une situation fragile, avec des capitaux propres négatifs et des tensions de trésorerie persistantes. Les documents financiers précisent toutefois que l’actionnaire principal a réaffirmé son soutien à cette filiale afin de lui permettre de poursuivre normalement son activité.

    Une trajectoire qui redevient crédible

    Il y a deux ans et demi, Business News estimait que la BTK Bank faisait partie des établissements les plus fragilisés du paysage bancaire tunisien. Fonds propres sous pression, ratios réglementaires insuffisants, interrogations sur la continuité de l’activité : la banque traversait alors une phase particulièrement délicate.

    Les comptes publiés aujourd’hui montrent une situation bien différente. Sans effacer totalement les difficultés héritées du passé, ils traduisent un redressement progressif désormais visible dans plusieurs indicateurs clés.

    Au final, les comptes 2025 de la BTK ne racontent pas l’histoire d’une banque miraculeusement transformée en quelques mois. Ils racontent plutôt celle d’un établissement qui semble progressivement sortir d’une longue période de fragilité, retrouver une certaine discipline financière et renouer avec des indicateurs plus rassurants dans un contexte marqué par une nouvelle gouvernance et un actionnariat désormais dominé par le privé.

    Le chemin reste encore long. Les traces du passé demeurent visibles dans plusieurs postes comptables et certaines filiales continuent d’exiger une vigilance particulière. Mais pour la première fois depuis longtemps, les états financiers donnent le sentiment d’une banque qui n’est plus simplement en survie, mais engagée dans une reconstruction progressive de sa crédibilité financière.

    Raouf Ben Hédi


    Cliquer ici pour lire les états financiers individuels de la BTK Bank

    Cliquer ici pour lire les états financiers consolidés de la BTK Bank

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