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Le grand oublié du Plan de développement ? Les médias, déplore le SNJT

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Par Imen Nouira

    Alors que l’Assemblée des représentants du peuple examine le projet de Plan de développement 2026-2030, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) estime que celui-ci laisse de côté un acteur essentiel du développement : les médias. Dans un communiqué publié mercredi 1er juillet 2026, le syndicat appelle les députés à corriger cette lacune en intégrant une véritable vision pour le secteur.

    Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) estime que le projet de Plan de développement 2026-2030 comporte un angle mort. L’organisation déplore que le document actuellement examiné par le parlement ne consacre aucune orientation spécifique à la presse et aux médias, alors même que ce secteur est désormais considéré comme une composante essentielle des politiques de développement.

    Cette prise de position intervient au lendemain de l’audition du ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, devant les commissions parlementaires réunies en séance commune. Cette audition marque une étape importante de l’examen du projet, les différentes commissions étant désormais chargées de formuler leurs observations avant l’élaboration d’un rapport de synthèse qui sera transmis au bureau de l’ARP, préalable à son examen en séance plénière.

    Adopté auparavant en Conseil des ministres, le Plan de développement 2026-2030 fixe les grandes orientations économiques, sociales et territoriales de la Tunisie pour les cinq prochaines années. Élaboré selon une nouvelle approche dite « ascendante », il s’appuie sur les propositions remontant des conseils locaux, régionaux et des districts et ambitionne notamment d’atteindre une croissance moyenne de 4,2%, de réduire progressivement le chômage et de contenir l’inflation.

    Depuis sa présentation, le projet de Plan de développement a suscité de nombreux débats portant sur ses ambitions de croissance, ses modalités de financement, la place réservée au secteur privé ou encore sa capacité réelle d’exécution. Le communiqué du SNJT déplace toutefois le débat vers un autre enjeu, jusqu’ici peu évoqué : la place de la presse et des médias dans le futur modèle de développement tunisien.

    Les médias, un angle mort du projet de plan

    Dès l’ouverture de son communiqué, le syndicat rappelle que le Plan de développement constitue le document qui déterminera les priorités de l’État ainsi que ses choix économiques et sociaux jusqu’en 2030. À ce titre, il estime qu’il devrait proposer une vision globale intégrant l’ensemble des secteurs appelés à contribuer au développement du pays.

    Le syndicat dit constater « avec étonnement » l’absence de toute vision claire consacrée à la presse et aux médias dans les différentes composantes du projet. Pour l’organisation, cette omission est d’autant plus surprenante que, dans les expériences internationales contemporaines, les médias ne sont plus considérés comme un simple secteur professionnel ou un outil de communication, mais comme une composante essentielle de l’environnement institutionnel sur lequel repose la réussite des politiques publiques.

    Selon le syndicat, les ambitions affichées par le projet de plan en matière de modernisation de l’État, d’amélioration de la gouvernance et de développement territorial ne peuvent être pleinement atteintes sans un paysage médiatique professionnel, libre et indépendant. À ses yeux, le développement ne saurait être réduit à une succession de projets d’investissement ou à une série d’indicateurs économiques.

    « Le développement n’est pas seulement constitué de projets, d’investissements et d’indicateurs de croissance ; il repose aussi sur la transparence, la circulation de l’information, la reddition des comptes et la participation des citoyens au suivi des affaires publiques », peut-on lire dans le communiqué.

    Le SNJT considère que ces fonctions sont indissociables de l’existence d’une presse capable de produire une information fiable, d’alimenter le débat public, d’expliquer les politiques publiques et d’en assurer le suivi, l’évaluation ainsi que la critique.

    Le communiqué rappelle également que de nombreuses expériences internationales ont démontré qu’un paysage médiatique fort et indépendant ne constitue pas un frein à l’action publique, mais un facteur de réussite des politiques de développement.

    Selon le texte, des médias solides contribuent à renforcer la confiance entre les institutions et les citoyens, à limiter la propagation des rumeurs, à détecter les dysfonctionnements avant qu’ils ne s’aggravent et à garantir un meilleur accès du public à l’information. Autant d’éléments qui, selon le syndicat, permettent également d’améliorer le suivi et l’évaluation des programmes publics.

    Les médias, un levier économique absent du projet

    Au-delà des questions liées à la liberté de la presse et à la gouvernance démocratique, le SNJT insiste sur une autre dimension qu’il juge largement absente du projet de Plan de développement : le poids économique du secteur des médias.

    Le texte rappelle que la presse et les médias ne constituent plus uniquement un espace d’information, de débat public ou d’expression démocratique. Ils représentent désormais un secteur économique à part entière, directement lié à l’économie numérique, aux industries culturelles et créatives ainsi qu’à la production de contenus.

    Selon l’organisation, ce secteur participe à la création de richesse, génère des investissements, favorise l’innovation, crée des emplois qualifiés et accompagne les profondes mutations numériques que connaissent aujourd’hui les économies modernes.

    Les médias ne devraient donc plus être appréhendés uniquement sous l’angle des libertés publiques ou de la communication institutionnelle, mais également comme un secteur productif capable de contribuer à la transformation numérique, au développement des compétences et à l’attractivité économique du pays.

    Le syndicat estime que l’absence de toute stratégie consacrée aux médias dans un document appelé à orienter les politiques publiques jusqu’en 2030 apparaît ainsi difficilement justifiable.

    Cette omission lui paraît d’autant plus paradoxale que le projet de Plan de développement érige parmi ses priorités la modernisation de l’économie, l’innovation, le développement des technologies, la transition numérique et l’amélioration de la gouvernance, sans préciser la place que pourrait occuper le secteur médiatique dans la réalisation de ces objectifs.

    À travers cette analyse, le syndicat cherche à déplacer le regard porté sur la presse. Il considère que celle-ci ne doit plus être perçue uniquement comme un acteur institutionnel ou démocratique, mais également comme un levier de croissance et un secteur créateur de valeur pleinement intégré aux nouvelles chaînes de l’économie numérique.

    Une feuille de route pour intégrer les médias au plan

    Au-delà du constat, le SNJT invite les députés à profiter de l’examen parlementaire du projet pour enrichir le document en y intégrant une véritable stratégie consacrée au développement de la presse et des médias.

    La première proposition consiste à reconnaître officiellement les médias comme un secteur productif relevant de l’économie culturelle et numérique. Pour le SNJT, cette reconnaissance devrait conduire à intégrer pleinement les médias dans les politiques publiques relatives au développement, à l’investissement, à l’innovation et à la transformation numérique. Le syndicat appelle également à mettre en place des politiques garantissant la pérennité économique des entreprises médiatiques, accompagnant leur transition numérique, renforçant leur compétitivité et encourageant l’investissement ainsi que l’innovation dans un secteur confronté à des mutations technologiques et économiques de plus en plus rapides.

    Le texte plaide aussi pour une évolution du cadre législatif et institutionnel afin de garantir l’indépendance des médias, le pluralisme et la liberté de la presse. À ses yeux, ces principes dépassent largement le cadre de la profession et constituent des conditions indispensables à la réussite des politiques de développement, en favorisant la transparence, la bonne gouvernance et la participation des citoyens à la vie publique.

    Dans le même esprit, le SNJT appelle à renforcer le droit d’accès aux informations et aux données publiques afin de permettre aux journalistes de suivre la mise en œuvre des projets inscrits dans le Plan de développement et d’en informer régulièrement l’opinion publique.

    Le syndicat recommande également l’adoption d’une politique nationale d’éducation aux médias et à l’information, intégrée au système éducatif ainsi qu’aux programmes de formation et de sensibilisation.

    Selon le communiqué, cette démarche permettrait de développer l’esprit critique des citoyens, en particulier des jeunes, de renforcer leur capacité à vérifier les informations auxquelles ils sont confrontés et de promouvoir un usage responsable des contenus numériques.

    Le texte établit ainsi un lien direct entre le développement de la culture médiatique, la lutte contre la désinformation, le renforcement de la citoyenneté numérique et la réussite d’un développement durable fondé sur une information fiable, accessible et vérifiée.

    Le SNJT préconise également d’associer davantage les médias au suivi de la mise en œuvre du Plan de développement, notamment en leur garantissant un accès aux données relatives aux projets publics et en instaurant des mécanismes réguliers de communication sur les taux d’avancement des projets et leurs principaux indicateurs de performance.

    Enfin, le communiqué appelle à lancer un programme national de modernisation des médias publics afin de renforcer leur capacité à remplir leur mission de service public, à accompagner les transformations numériques et à répondre plus efficacement aux attentes des citoyens.

    « Compléter les fondements mêmes du développement »

    Le SNJT Cette prise de position vient enrichir un débat tient toutefois à préciser que sa démarche dépasse largement le cadre des revendications professionnelles. « L’appel à intégrer les médias dans le Plan de développement n’est pas une revendication catégorielle ou la défense d’intérêts professionnels étroits ; il s’agit d’un appel à compléter les fondements mêmes du développement », affirme le syndicat.

    Pour l’organisation, toute expérience de développement réussie repose sur des institutions solides, une administration transparente, des citoyens correctement informés et une opinion publique capable de suivre, de comprendre et d’évaluer les politiques publiques.

    Ces fonctions ne peuvent, selon le communiqué, être pleinement assurées que par un système médiatique indépendant, professionnel et crédible, capable également de développer la culture médiatique, de renforcer l’esprit critique des citoyens, de lutter contre les campagnes de désinformation et de protéger le droit à l’information.

    Le SNJT invite ainsi les députés à mettre à profit l’examen parlementaire du projet de Plan de développement 2026-2030 pour enrichir le document dans cette direction. Son objectif est de voir émerger une vision nationale faisant de la presse et des médias un véritable levier de développement, un partenaire de la bonne gouvernance et un acteur du renforcement de la confiance entre l’État et la société.

    Cette prise de position vient enrichir un débat qui, jusqu’à présent, s’était principalement concentré sur les objectifs macroéconomiques du plan, son financement, ses capacités d’exécution ou encore la place réservée au secteur privé. En introduisant la question des médias dans cette réflexion, le SNJT élargit le champ des discussions autour d’un document appelé à fixer les orientations économiques, sociales et institutionnelles de la Tunisie pour les cinq prochaines années.

    Les commissions parlementaires poursuivent actuellement l’examen du projet de Plan de développement 2026-2030 avant la rédaction d’un rapport de synthèse qui sera transmis au bureau de l’Assemblée des représentants du peuple. Le texte sera ensuite soumis au vote en séance plénière avant d’être examiné par le Conseil national des régions et des districts. D’ici là, les prises de position des organisations nationales devraient continuer à alimenter le débat autour d’un document appelé à définir les grandes orientations économiques, sociales et institutionnelles de la Tunisie jusqu’en 2030.

    I.N.

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