Qualifiant le projet de Plan de développement 2026-2030 de « mascarade », le député Bilel El Mechri a livré une attaque particulièrement virulente contre le document présenté par le gouvernement. Lors de son intervention à l’Assemblée des représentants du peuple, il a multiplié les critiques, estimant que le texte ne répond ni aux attentes des citoyens ni aux besoins des régions.
Depuis quelques jours, l’Assemblée des représentants du peuple poursuit les auditions consacrées au projet de Plan de développement 2026-2030, avec notamment l’audition du ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh. C’est dans ce cadre que le député Bilel El Mechri est intervenu, mercredi 1er juillet 2026, pour livrer une charge sans concession contre un document qu’il considère comme tout sauf un véritable plan de développement.
Dès les premières minutes de son intervention, le ton est donné. « Débattons-nous réellement d’un plan ou de quelque chose qui ressemble davantage à une mascarade ? », lance-t-il, estimant que le texte présenté aux députés ne mérite pas l’appellation de Plan de développement. À ses yeux, le gouvernement demande au Parlement de se prononcer sur un document qui ne répond ni aux exigences de la planification ni aux attentes des citoyens. Pour étayer cette accusation, le député déroule ensuite une série de griefs qui, selon lui, illustrent les limites du texte.

« Un plan sans projets ne peut pas être un plan »
Pour Bilel El Mechri, la première preuve de cette « mascarade » réside dans la nature même du document. Il reproche au gouvernement de soumettre aux députés un plan quinquennal dépourvu de programmation détaillée et de liste de projets.
Le député s’interroge ainsi sur la pertinence d’un débat parlementaire portant sur un texte qui, selon lui, se limite à des orientations générales. « Où sont les projets ? De quoi sommes-nous en train de débattre ? », lance-t-il, affirmant avoir relu le document à plusieurs reprises sans y trouver les investissements censés concrétiser les objectifs annoncés.
Il critique également les conditions dans lesquelles le Parlement est appelé à examiner le texte. Selon lui, un Plan de développement couvrant cinq années ne peut être débattu en seulement quelques jours, alors que les projets de loi de finances donnent lieu à plusieurs semaines de discussions. Une méthode qu’il juge incompatible avec les règles d’un travail parlementaire sérieux.
Une « mascarade » qui oublie les territoires
Au-delà de la méthode, Bilel El Mechri estime que le contenu même du projet est en contradiction avec les ambitions affichées par le gouvernement.
Alors que le document érige la souveraineté alimentaire parmi ses priorités, Bilel El Mechri affirme que seulement 3% des projets concernent l’agriculture. Une contradiction qui, selon lui, ne fera que renforcer la dépendance alimentaire de la Tunisie, notamment vis-à-vis de l’Union européenne.
L’élu recentre ensuite son intervention sur sa circonscription, composée des délégations de Chebba, Melloulèche et Sidi Alouane, qu’il estime largement absentes du projet. Il relève que Chebba n’est mentionnée qu’une seule fois dans le document, que Melloulèche n’y apparaît qu’à propos d’un projet de protection du littoral et que Sidi Alouane n’y figure pas.
Pour le député, cette absence illustre le décalage entre les besoins réels des territoires et les priorités retenues dans le Plan. Il souligne notamment que plusieurs de ces délégations sont classées parmi les zones à très faible niveau de développement, tout en contestant les critères retenus par le ministère pour définir les territoires prioritaires. À ses yeux, cette classification ne reflète pas la réalité du terrain et ne se traduit pas par les investissements attendus. Il dénonce, dans ce contexte, l’absence de nombreux équipements publics réclamés depuis des années, qu’il s’agisse d’une zone industrielle, de services administratifs, d’infrastructures de santé, de structures de sécurité ou encore d’équipements sportifs.
Le député s’attarde également sur le projet de protection du littoral entre Melloulèche et les limites de Chebba. À ses yeux, cette infrastructure a été pensée avant tout pour répondre aux préoccupations de l’Union européenne en matière de lutte contre la migration irrégulière, plutôt qu’aux besoins de la population locale. « C’est un projet pour l’Union européenne, pas pour Melloulèche », affirme-t-il.
« Le peuple veut, le gouvernement fait ce qu’il veut »
Au fil de son intervention, Bilel El Mechri oppose le travail des conseils locaux à celui du gouvernement. Il salue les travaux menés par ces instances, estimant qu’elles ont fidèlement retranscrit les besoins exprimés par les citoyens lors des consultations locales. Mais il accuse l’exécutif d’avoir écarté une grande partie de ces propositions dans la version finale du Plan de développement. « Le peuple veut, le gouvernement fait ce qu’il veut », résume-t-il, considérant que les attentes remontées depuis les territoires n’ont pas été prises en compte.
Dans la dernière partie de son intervention, Bilel El Mechri durcit encore le ton. Il accuse le gouvernement de chercher à faire adopter un document qui, selon lui, « vend des illusions, des mensonges et des mirages » aux députés avant de les vendre aux citoyens. Estimant qu’il s’agit d’une opération de communication sans rapport avec les attentes du peuple, il annonce qu’il ne votera pas le projet de Plan de développement 2026-2030. Avant de regagner son siège, il ira jusqu’à demander au président de séance de lever les débats, considérant que les conditions d’un examen sérieux du texte ne sont pas réunies.
I.N.

















Commentaire
Mohamed Mabrouk
Bonjour y a t il un moyen de connaitre le metier de Mr Bilel Mechri avant de devenir deputé ainsi que sa formation académique? Ou bien si les deputés disposent de conseillers specialisés et experimentés dans l’elaboration des plans quinquennaux de developpement?
Faire de l’esprit, des jeux de mots et constater l’absence du patelin de Mellouleche, c’est un peu leger comme critique d’un plan de développement. Je dis ça bien que je n’ai pas pris connaissance de ce plan, ni compte le faire, car j’ai de bonnes de raisons, dont je vous dispense, de douter de la valeur de ce plan.
Un plan qui engage 12 millions de personnes sur 5 ans necessite certaines competences pour etre élaboré et discuté