Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

L’Utica sort de son silence pour saluer la mémoire de Lazhar Sta, décédé en détention

Article réservé aux abonnés

Par Imen Nouira

    L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) a déploré, mardi 8 septembre 2026, le décès de l’homme d’affaires Lazhar Sta, ancien membre de son bureau exécutif national. L’organisation patronale a rendu hommage à son parcours d’investisseur, mais aussi à une longue carrière syndicale menée dans ses rangs.

    Dans un communiqué publié mardi, l’Utica a salué la mémoire d’un homme d’affaires actif dans plusieurs secteurs et d’un ancien responsable de l’organisation patronale. Elle rappelle que le défunt avait investi dans le bâtiment, la finance et le tourisme. Elle insiste également sur son engagement de longue date en son sein.

    Selon l’Utica, feu Lazhar Sta avait rejoint très tôt ses rangs et siégé au bureau exécutif national durant plusieurs mandats. L’organisation souligne ses « contributions et apports remarquables » dans les différents domaines et dossiers sur lesquels il avait travaillé.

    Le président de l’Utica et l’ensemble de l’organisation ont présenté leurs condoléances à sa famille et à ses proches.

    Un décès en détention, sans communication officielle sur ses causes

    Âgé de 72 ans et ancien directeur général de Carthage Cement, Lazhar Sta est décédé dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 septembre 2026 alors qu’il était détenu à la prison civile de Mornaguia.

    Il était incarcéré dans le cadre d’une affaire de corruption et d’abus de biens publics liée à Carthage Cement et avait été condamné, en première instance, à six ans de prison.

    Sa fille, qui a annoncé son décès mardi, a livré un témoignage particulièrement dur sur les derniers jours de son père. Elle affirme que son état de santé s’était fortement dégradé, qu’il avait été transféré à l’hôpital samedi, avant de tomber dans le coma lundi, sans que la famille n’en soit informée.

    Elle a également mis en cause ses conditions de détention. Selon son témoignage, l’eau aurait été coupée pendant trois jours à la prison et Lazhar Sta n’aurait disposé que d’une bouteille d’un litre d’eau par jour. Selon elle, la température dans sa cellule aurait dépassé les 50 degrés, alors que son père souffrait, affirme-t-elle, d’insuffisance cardiaque, de problèmes respiratoires et d’arythmie.

    Après plusieurs démarches, ses proches avaient finalement pu le voir à l’hôpital. Sa fille affirme l’avoir trouvé inconscient, placé sous assistance médicale et avec des menottes aux chevilles. Elle indique également que les médecins avaient tenté de le sauver, sans succès.

    À ce stade, aucune communication officielle n’a été rendue publique concernant les causes précises du décès de Lazhar Sta. Les autorités pénitentiaires et judiciaires n’ont pas non plus réagi publiquement aux affirmations de sa famille concernant ses conditions de détention et sa prise en charge médicale. Ces éléments reposent donc sur le témoignage de sa fille et ne permettent pas, en l’état, d’établir un lien de causalité avec sa mort.

    Surpopulation, canicule et décès : des alertes qui s’accumulent

    Le décès de Lazhar Sta intervient dans un contexte marqué depuis plusieurs semaines par des alertes sur les conditions carcérales en Tunisie.

    Début août, l’association Intersection pour les droits et les libertés avait affirmé que les prisons tunisiennes accueillaient plus de 33.000 détenus pour une capacité officielle de 17.000 lits, soit un taux d’occupation de 194%. L’organisation relevait une progression de plus de 10.000 détenus en trois ans, la population carcérale étant passée, selon ses données, de 23.000 personnes en 2022 à plus de 33.000 en 2025.

    La situation de la prison de Mornaguia, où était détenu Lazhar Sta, figurait parmi les cas mis en avant. Selon les données publiées par Intersection, l’établissement affichait en 2024 un taux d’occupation de 210%, soit plus de deux détenus pour une place théorique.

    L’association avait également recensé treize décès qu’elle qualifiait de « suspects » entre juillet 2025 et juillet 2026 dans plusieurs établissements pénitentiaires. Elle dénonçait notamment l’absence, selon elle, d’enquêtes transparentes sur ces décès.

    À cette situation structurelle se sont ajoutées, fin août, les alertes liées à l’épisode de fortes chaleurs. Le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, avait fait état de cinq décès survenus durant la seule journée du vendredi 28 août dans des établissements pénitentiaires du Grand Tunis. Il avait précisé tenir cette information de sources judiciaires chargées de ces dossiers.

    Le lendemain, Bassem Trifi avait lancé une nouvelle alerte : « Les gens sont en train de mourir dans les prisons à cause de la chaleur étouffante ». Il avait précisé que les cinq décès évoqués ne concernaient que le Grand Tunis et ne prenaient pas en compte les établissements d’autres gouvernorats, citant notamment Mahdia et Monastir.

    À Monastir, le Conseil régional de l’Ordre des avocats s’était parallèlement dit préoccupé par des informations faisant état de décès parmi les détenus de la prison civile et avait réclamé des enquêtes sérieuses et transparentes pour en déterminer les circonstances et les causes.

    L’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM) avait, elle aussi, fait état d’une hausse sans précédent des décès et des hospitalisations dans les services d’urgence en raison des coups de chaleur et des températures élevées. Elle avait notamment évoqué des décès de détenus dans plusieurs services d’urgence.

    C’est dans ce contexte de surpopulation carcérale et d’alertes répétées sur les conditions de détention que survient le décès de Lazhar Sta. À ce jour, aucun bilan officiel global ne permet toutefois d’établir le nombre de décès survenus en détention durant l’épisode de fortes chaleurs ni leurs causes. Dans son communiqué publié mardi, l’Utica s’en tient, pour sa part, à l’hommage rendu à son ancien responsable et à son parcours professionnel et syndical, sans évoquer les circonstances de sa mort.

    I.N.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *