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Pénuries de médicaments et impayés de la Cnam : le Spot remet sur la table les griefs des pharmacies

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Par Imen Nouira

    Disponibilité des médicaments, approvisionnement auprès de la Pharmacie centrale, taxes et enseignes contestées, retards de paiement de la Cnam : plusieurs mois après les premières alertes et les menaces de rupture avec la caisse, les principaux dossiers qui pèsent sur le quotidien des officines restent ouverts. Réuni en assemblée générale ordinaire, le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot) a dressé, lundi 28 septembre 2026, un état des lieux qui dépasse, selon lui, les seules revendications professionnelles et touche directement à la continuité de l’accès aux médicaments.

    Dans un communiqué publié lundi, le Spot affirme que les difficultés auxquelles sont confrontées les pharmacies concernent directement la continuité de l’approvisionnement en médicaments et la stabilité de l’un des maillons essentiels du système national de santé.

    Trois dossiers ressortent de cette nouvelle prise de position : la disponibilité des médicaments et les relations avec la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT), les taxes municipales et les enseignes des officines, ainsi que les relations contractuelles et financières avec la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam).

    Approvisionnement : le dossier de la Pharmacie centrale toujours ouvert

    Le Spot fait d’abord état d’une forte préoccupation des pharmaciens face aux perturbations persistantes de la disponibilité des médicaments et aux difficultés rencontrées pour s’approvisionner auprès de la Pharmacie centrale.

    Pour le syndicat, garantir la disponibilité des traitements et leur accès continu aux citoyens doit rester une priorité. Il réclame, dans ce contexte, la reprise du processus de numérisation complète du circuit entre la PCT et les pharmacies privées, afin d’améliorer la transparence, la rapidité et l’efficacité de l’approvisionnement.

    Ce dossier avait déjà été soulevé par le Spot en juin. Le syndicat avait alors fait état d’un projet commun engagé avec la PCT sous l’égide du ministère de la Santé et faisant l’objet d’un protocole d’accord signé en septembre 2024. Selon le Spot, son taux d’avancement avait dépassé 80% avant ce qu’il avait qualifié de recul de la Pharmacie centrale. L’organisation avait alors réclamé l’intervention du ministère de la Santé afin de débloquer le projet et la plateforme numérique appelée à régir les relations entre la PCT et les officines.

    Trois mois plus tard, le retour de cette revendication dans les conclusions de l’assemblée générale montre que le dossier demeure, aux yeux du syndicat, inachevé.

    Le Spot appelle parallèlement à une application stricte de la loi et à un renforcement du contrôle sur l’ensemble des circuits de distribution des médicaments, des produits biologiques et des produits de santé. Il demande également de lutter contre toutes les formes de commercialisation opérant en dehors des cadres légaux.

    Municipalités : un contentieux qui remonte à plusieurs années

    Le deuxième dossier concerne les relations avec les municipalités. Le Spot dénonce ce qu’il considère comme des situations à caractère discriminatoire concernant les taxes municipales appliquées aux pharmacies et leurs enseignes.

    Le syndicat rappelle qu’une pharmacie est un établissement de santé régi par des textes spécifiques et soutient que son enseigne constitue un moyen d’information et d’orientation du citoyen, et non un simple support de publicité commerciale.

    Le contentieux n’est pas nouveau. Il remonte au moins à 2018, lorsque des discussions avaient été engagées avec le ministère des Affaires locales sur les redevances appliquées aux enseignes et signalétiques des pharmacies. Une circulaire publiée en 2019 n’avait pas mis fin aux divergences d’interprétation. Le Spot considère que les dispositifs imposés aux officines pour signaler leur présence relèvent de leur mission d’information du public et ne peuvent être assimilés à de simples supports publicitaires. Les représentants des municipalités avaient, de leur côté, défendu l’application des dispositions de la fiscalité locale à certains affichages et enseignes, au nom notamment de l’égalité entre contribuables.

    Le conflit s’est poursuivi depuis. En juin 2026, le Spot dénonçait encore des redevances qu’il qualifiait d’« illégales et discriminatoires ». En juillet, il avait chargé ses avocats d’assurer le suivi juridique de certaines décisions municipales, notamment celles portant sur le retrait de panneaux de signalisation des pharmacies.

    Face aux divergences d’interprétation persistantes, le syndicat appelle désormais les ministères de la Santé et de l’Intérieur ainsi que les autorités locales à harmoniser les positions juridiques et administratives à l’échelle nationale. Il réclame un cadre clair garantissant l’égalité devant la loi et une application uniforme des règles sur l’ensemble du territoire.

    Cnam : après la crise de l’été, la question des paiements demeure

    Le troisième volet ramène directement à la crise qui a opposé les pharmaciens à la Cnam pendant une bonne partie de l’été. Le Spot réaffirme son attachement au système de couverture maladie, qu’il considère comme un acquis social au bénéfice des citoyens, mais souligne que sa pérennité suppose le respect des engagements réciproques.

    Le syndicat constate que le règlement des sommes dues aux pharmacies reste irrégulier et que les délais contractuels sont dépassés. Selon lui, cette situation affecte directement la capacité des officines à honorer leurs propres engagements envers les fournisseurs de médicaments et à maintenir l’approvisionnement.

    La question avait atteint un point critique en juillet. Après plusieurs mois de tensions et des engagements de paiement que le Spot estimait non respectés, le syndicat avait menacé de mettre fin à l’application du tiers payant à compter du 1er août si les créances n’étaient pas réglées. Il affirmait alors que les délais de règlement devaient atteindre 180 jours fin juillet et avait annoncé l’engagement de procédures judiciaires, administratives et institutionnelles.

    Le bras de fer avait finalement connu une accalmie le 31 juillet. Faisant état d’avancées dans le travail mené avec la Cnam, le Spot avait annoncé le maintien du fonctionnement normal de la convention et la poursuite des négociations en vue d’un accord définitif. Les conclusions de ces travaux devaient précisément être présentées aux pharmaciens lors de l’assemblée générale prévue en septembre.

    Le communiqué publié lundi permet surtout de constater que, malgré l’accalmie de la fin juillet, le dossier n’est pas refermé. Le Spot réclame des virements mensuels réguliers selon un calendrier clair et transparent, le règlement des créances accumulées ainsi qu’un retour progressif au respect des délais contractuels. Il présente ce dernier point comme une condition essentielle à la disponibilité des médicaments et à la pérennité de la relation contractuelle.

    Après plusieurs mois de bras de fer, de négociations et de menaces de rupture, le ton s’est ainsi éloigné de l’ultimatum lancé durant l’été. Mais derrière cet apaisement, les principaux contentieux soulevés depuis plusieurs mois restent sur la table. Approvisionnement en médicaments, relations avec la PCT, fiscalité municipale et paiements de la Cnam renvoient tous, pour le Spot, à un même enjeu : préserver la stabilité du secteur et, au bout de la chaîne, l’accès des citoyens aux médicaments et aux soins.

    I.N.

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