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École publique : la Fédération de l’enseignement secondaire dénonce une politique de démantèlement

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Par Nadya Jennene

    La Fédération générale de l’enseignement secondaire a tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la situation de l’école publique tunisienne. Dans un communiqué particulièrement virulent, publié samedi 7 novembre 2026, l’organisation syndicale a dénoncé ce qu’elle considère comme une entreprise de démantèlement des acquis sociaux et éducatifs, ainsi que la dégradation des conditions d’exercice du métier d’enseignant. Elle a également mis en cause les décisions unilatérales du ministère de l’Éducation et a appelé les enseignants à resserrer leurs rangs en prévision de nouvelles formes de mobilisation.

    La Fédération a condamné avec fermeté les orientations de l’État en matière d’éducation inscrivant celles-ci dans une politique plus générale d’affaiblissement des services publics, au premier rang desquels figure le service éducatif. Elle a également dénoncé ce qu’elle qualifie de politique de répression du droit syndical et de ciblage des militants syndicaux, une dérive populiste et autoritaire qui, selon elle, touche l’ensemble des secteurs, y compris celui de l’enseignement.

    L’organisation syndicale a réaffirmé que les droits des enseignants ne pouvaient constituer une variable d’ajustement chaque fois que le ministère se trouvait dans l’incapacité d’honorer ses engagements. Elle a rappelé que le droit des élèves à un enseignement public de qualité ne relevait pas d’une simple proclamation de principe, mais constituait une responsabilité de l’État et un engagement auquel il ne pouvait se soustraire.

    Sur le plan de la gestion des ressources humaines, la Fédération a rejeté catégoriquement les solutions de circonstance adoptées pour pallier le manque d’enseignants dans les établissements scolaires. Elle s’est notamment opposée à ce que les postes vacants soient compensés par une sollicitation accrue des enseignants en exercice, plutôt que par le recrutement de diplômés demandeurs d’emploi. Une approche qu’elle juge improvisée et préjudiciable au principe d’égalité des chances entre les élèves.

    Elle s’est également insurgée contre la redistribution des emplois du temps des enseignants partis à la retraite ou ayant bénéficié d’un congé de longue maladie à leurs collègues. Cette pratique revenait, selon elle, à leur imposer des heures de cours supplémentaires, tout en privant les élèves du volume horaire normalement prévu pour chaque discipline.

    Autre sujet de crispation : l’attribution, de manière contraignante, de nouvelles tâches administratives aux enseignants. La Fédération a dénoncé notamment l’obligation qui leur était faite de saisir les notes sur les plateformes électroniques et d’enregistrer les absences des élèves, ainsi que l’accumulation d’autres charges décidées arbitrairement par le ministère, alors même que les canaux de négociation demeuraient fermés.

    Dans ce contexte, elle a appelé l’ensemble des enseignants à continuer de saisir les notes selon les modalités habituelles. Elle a également exhorté les structures syndicales de base et régionales à consolider leur unité, à harmoniser leurs positions et à se préparer à différentes formes de mobilisation pour défendre les acquis professionnels et sociaux qu’elle estimait menacés de démantèlement.

    Une école publique au bord de l’asphyxie

    La Fédération a, dans ce même communiqué, dressé un tableau particulièrement sombre de la situation éducative. Elle a relevé une multiplication des manifestations de tension à tous les niveaux, dans un contexte de dégradation avancée où l’école publique ne semblait plus en mesure de supporter davantage d’improvisation, d’expérimentations hasardeuses et de solutions de fortune.

    L’organisation syndicale a imputé cette situation à l’incapacité du ministère de l’Éducation à anticiper les besoins réels des établissements et à prendre les décisions nécessaires à leur bon fonctionnement. Elle lui a également reproché son manque de considération pour les exigences du service public éducatif et pour les conditions élémentaires indispensables au déroulement normal de l’apprentissage.

    Selon la Fédération, la conviction s’était profondément enracinée parmi les enseignants que la dégradation de l’enseignement et de l’école publics relevait d’une politique délibérée de l’État. Elle a évoqué, à cet égard, une succession de pratiques portant atteinte à la dignité des éducateurs et remettant en cause des droits acquis au prix de longues années de luttes syndicales.

    Parmi les dysfonctionnements dénoncés figurent notamment les entorses aux règles régissant les mutations, la surcharge des classes, le recours excessif aux heures supplémentaires pour compenser le déficit d’effectifs, les irrégularités dans la répartition pédagogique des enseignants ainsi que la gestion des programmes officiels en dehors des cadres réglementaires qui leur étaient applicables.

    La Fédération a également déploré la dégradation de l’environnement scolaire, devenu, selon ses termes, un espace où les équipements sont régulièrement incendiés et détériorés, tandis que l’intégrité des établissements font l’objet d’atteintes répétées.

    Elle a estimé que cette accumulation de défaillances ne portait pas uniquement préjudice aux conditions de travail des enseignants, mais affecte directement le droit à l’éducation et le principe d’égalité des chances. Les élèves se trouvent ainsi privés, selon elle, d’un environnement scolaire respectueux de leur dignité et propice à leur apprentissage, tandis que les enseignants sont sommés de compenser les défaillances d’un système qui, dans le même temps, érode leurs droits et se dérobe à ses engagements.

    La Fédération a rappelé, dans ce cadre, les engagements pris envers les enseignants, notamment dans le cadre de l’accord du 23 mai 2023. Elle a refusé que les éducateurs soient tenus pour responsables des insuffisances de la politique éducative et contraints d’en supporter seuls les conséquences, alors que leurs droits et leurs revendications continuaient, selon elle, d’être bafoués.

    Le droit syndical et la plateforme « Vie scolaire » dans le viseur

    La Fédération a, dans ce même cadre, accusé le ministère de poursuivre une politique autoritaire visant à entraver l’exercice du droit syndical et à restreindre la liberté d’action des responsables syndicaux dans la défense des intérêts des enseignants qu’ils représentaient.

    Elle a dénoncé une stratégie qui vise, selon elle, à isoler les éducateurs et à les exposer individuellement aux décisions unilatérales de l’administration. À l’appui de ses accusations, elle a évoqué des mesures de pression comprenant des retenues sur salaire, des sanctions financières et des poursuites judiciaires engagées à la suite de publications sur les réseaux sociaux dénonçant les pratiques du ministère.

    La Fédération a estimé que ces agissements constituaient une violation manifeste des engagements internationaux souscrits par la Tunisie, notamment la convention n°135 de l’Organisation internationale du travail (OIT), adoptée en 1971 et relative à la protection des représentants des travailleurs, ainsi que la convention n°151 de 1978 portant sur le droit syndical dans la fonction publique.

    Elle s’est également élevée contre la volonté du ministère de maintenir le déploiement du dispositif numérique « Vie scolaire », malgré les dysfonctionnements, les perturbations et les difficultés de gestion administrative et pédagogique qu’il aurait engendrés.

    Aux yeux de l’organisation syndicale, l’imposition de cette plateforme relève d’une logique de fait accompli, qui transforme les établissements scolaires en terrains d’expérimentation de dispositifs dont le niveau de préparation et de fiabilité demeure insuffisant.

    Cette contestation s’inscrit dans la continuité des réserves déjà exprimées par la Fédération peu avant la rentrée scolaire 2026-2027. Ses accusations ont ainsi remis en lumière les tensions persistantes avec le ministère de l’Éducation, sur fond de désaccords concernant les conditions de travail, le manque de ressources humaines, le respect des engagements conclus et la place accordée au partenaire syndical dans la gestion du secteur.

    N.J

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