La Banque Centrale de Tunisie a publié, lundi 20 avril 2026, un communiqué détaillant les rencontres menées à Washington par son gouverneur, Fethi Zouhaier Nouri, en marge des Réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et du groupe de la Banque mondiale. Au-delà du compte rendu officiel, cette séquence confirme une stratégie tunisienne plus large : rassurer les partenaires étrangers, mobiliser de nouveaux financements et maintenir la visibilité du pays sur la scène financière internationale.
Cette participation intervient dans un climat économique particulièrement sensible. Entre tensions géopolitiques persistantes, volatilité des marchés énergétiques, inflation encore élevée et marges budgétaires limitées, la Tunisie aborde ce rendez-vous international dans un environnement sous pression.
À cela s’ajoute un dossier central : le gel des échanges avec le FMI, dans un contexte marqué par l’arrêt des négociations depuis 2022, malgré un accord de principe conclu la même année pour un financement de 1,9 milliard de dollars. Dans ce cadre, la présence tunisienne à Washington revêt un enjeu particulier, à la fois diplomatique, financier et stratégique.
Rassurer sur la solidité de l’économie tunisienne
Le discours porté par les autorités tunisiennes repose sur un axe central : la résilience de l’économie nationale face aux crises successives. Ce message n’a pas été adressé au hasard. À Washington, Fethi Zouhaier Nouri a multiplié les échanges avec des investisseurs institutionnels internationaux, avec les responsables du Fonds Monétaire Arabe, ainsi qu’avec ses homologues de la Banque Centrale de Libye et de la Banque d’Algérie.
Devant ces interlocuteurs, le gouverneur de la BCT a insisté sur la stabilité macrofinancière du pays et sur les efforts engagés pour préserver les grands équilibres.
Cette communication vise à convaincre bailleurs, marchés et partenaires étrangers que la Tunisie demeure capable d’honorer ses engagements et de poursuivre ses réformes.
Une recherche active de financements extérieurs
Derrière ce discours de confiance se dessine aussi une réalité concrète : la Tunisie continue de rechercher activement des ressources extérieures.
Les rencontres menées par Samir Abdelhafidh avec plusieurs institutions financières internationales, agences de développement et partenaires bilatéraux s’inscrivent dans cette logique. Le ministre s’est notamment entretenu avec des responsables du groupe de la Banque mondiale, de la Société financière internationale, de la MIGA, du Fonds de l’OPEP pour le développement international, ainsi qu’avec des partenaires européens et des acteurs privés comme Boeing.
Infrastructures, énergie, eau, soutien au secteur privé ou investissements productifs : les échanges ont porté sur des secteurs nécessitant des capitaux importants.
Dans un contexte où les canaux traditionnels de financement demeurent plus complexes, cette diversification des interlocuteurs apparaît comme une nécessité stratégique.
Une image d’attractivité malgré les fragilités internes
Le message officiel insiste sur les opportunités offertes par la Tunisie, la qualité de son capital humain, sa position géographique et sa capacité de résistance.
Mais cette mise en avant intervient alors que plusieurs fragilités persistent : croissance modérée, inflation encore élevée, dépendance énergétique, finances publiques contraintes et besoin durable de financement extérieur.
Autrement dit, la communication tunisienne cherche à équilibrer deux impératifs : reconnaître les difficultés sans fragiliser la confiance des investisseurs.
Washington, une scène choisie avec soin
Le choix de faire passer ce message depuis Washington revêt une forte portée symbolique. Les Réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale constituent l’un des grands rendez-vous annuels de la finance internationale.
Y afficher une présence active permet à la Tunisie de rappeler qu’elle reste un acteur engagé, toujours connecté aux grandes institutions financières et en capacité de dialoguer avec elles, malgré le ralentissement de certains dossiers sensibles.
Le plaidoyer du gouverneur pour les économies fragiles
Quelques jours auparavant, Fethi Zouhaier Nouri avait appelé à la création de mécanismes de stabilisation rapide en faveur des économies les plus exposées aux chocs externes.
Sans citer directement la Tunisie comme cas particulier, le message était transparent : les pays importateurs d’énergie, confrontés aux tensions inflationnistes et à la pression sur les devises, ont besoin d’un cadre international plus réactif pour absorber les crises et poursuivre leurs réformes.
Ce plaidoyer peut ainsi être lu comme une manière diplomatique de rappeler la vulnérabilité tunisienne tout en l’inscrivant dans une problématique plus large touchant plusieurs économies émergentes.
Une double stratégie : crédibilité et pragmatisme
Au final, la séquence de Washington révèle une double stratégie tunisienne : préserver sa crédibilité financière sur la scène internationale et rechercher, de manière pragmatique, les appuis nécessaires pour traverser une conjoncture encore incertaine.
Entre communication économique, diplomatie financière et quête de ressources, la Tunisie tente de maintenir sa place dans les circuits internationaux à un moment où chaque signal de confiance compte.
I.N.












