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Sihem Ben Sedrine, la coupable innocente

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Par Nizar Bahloul

    La condamnation de Sihem Ben Sedrine à 25 ans de prison a fait grand bruit. À peine le verdict rendu, dans la nuit de jeudi à vendredi, les réactions se sont multipliées. L’Union européenne, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Ligue tunisienne des droits de l’Homme ont exprimé leur inquiétude et dénoncé une nouvelle illustration de la dérive de la justice tunisienne.

    En temps normal, dans un pays où la justice inspire confiance, un verdict ne se commente qu’avec beaucoup de retenue. On peut le contester devant les juridictions supérieures, on peut l’analyser, mais on évite de mettre en cause ceux qui l’ont rendu. L’autorité de la justice est à ce prix.

    Sauf que nous ne sommes plus dans cette situation. Depuis des années, notre justice est contestée de toutes parts, y compris par des magistrats. Le Conseil supérieur de la magistrature a disparu, les procès politiques se succèdent, les peines prononcées dans plusieurs affaires récentes, qu’il s’agisse de la boîte noire du ministère de l’Intérieur, du complot contre la sûreté de l’État ou d’autres dossiers, paraissent tellement lourdes et disproportionnées qu’elles alimentent inévitablement le soupçon d’une justice soumise à des considérations étrangères au seul droit.

    Le procès de Sihem Ben Sedrine n’échappe malheureusement pas à ce climat.

    Problème de forme

    Sur la forme déjà, plusieurs éléments interrogent. Lors de la première audience, le 18 juin, les prévenus se sont retrouvés sans avocats en raison de la grève générale du barreau. Lors de la seconde, les journalistes ont été empêchés d’assister aux débats alors que la publicité des audiences constitue l’un des principes fondamentaux d’un procès pénal.

    Plus grave encore, plusieurs avocats soulignent que la présidente de la chambre n’aurait pas le grade requis pour juger d’une affaire relevant du pôle judiciaire financier. Si cette irrégularité est avérée, elle ne constitue pas un simple vice de procédure : elle touche à la régularité même de la juridiction.

    Reste surtout une question fondamentale à laquelle personne n’apporte de réponse convaincante.

    L’article 34 de la loi organique 2013-53 relative à la justice transitionnelle prévoit explicitement « que les membres de l’Instance Vérité et Dignité, y compris son président, ne peuvent être poursuivis pour des crimes ou délits commis dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions. »

    Cette disposition ne figure pas dans la loi par hasard. Elle existe précisément pour empêcher que les membres d’une instance chargée de solder les contentieux d’une période politique soient poursuivis, une fois leur mission achevée, par ceux-là mêmes dont ils avaient à connaître les dossiers. En trainant Sihem Ben Sedrine et Khaled Krichi devant les tribunaux pour des faits liés à l’IVD, la justice se discrédite elle-même.

    Une victime, vraiment ?

    Tout cela suffit-il à faire de Sihem Ben Sedrine une innocente ou une victime du régime Kaïs Saïed ? Certainement pas. Et c’est précisément là que l’Union européenne, la FIDH et la LTDH se trompent.

    En dénonçant ce verdict, elles donnent le sentiment de réhabiliter, d’un seul trait de plume, tout le parcours de Mme Ben Sedrine. Comme si la condamnation d’aujourd’hui effaçait les dérives d’hier. Cette lecture est non seulement réductrice, elle est historiquement fausse.

    De prime abord, il est bon de rappeler que sa nomination à la présidence de l’IVD était, dès l’origine, controversée. Beaucoup y voyaient moins la désignation de la personnalité la plus consensuelle pour conduire la justice transitionnelle qu’un choix politique assumé de la majorité de l’époque, portée par Moncef Marzouki, Mustapha Ben Jaâfar et Rached Ghannouchi. Les événements qui ont suivi n’ont fait que renforcer ce sentiment.

    Je n’ai pas attendu que Sihem Ben Sedrine soit condamnée pour la critiquer. Business News l’a combattue alors qu’elle était au sommet de son pouvoir. Nous avons dénoncé ce que nous estimions être des abus, des règlements de comptes et une instrumentalisation de la justice transitionnelle. Cela nous a valu près de dix années de procédures judiciaires chronophages, budgétivores et énergivores. Toutes ont été perdues par Mme Ben Sedrine. Je ne lui pardonnerai jamais d’avoir utilisé les tribunaux pour faire taire une rédaction indépendante, les premières années de sa naissance.

    Je n’étais d’ailleurs pas un cas isolé. Sihem Ben Sedrine a poursuivi en justice un grand nombre de personnes qui osaient la contredire, y compris des membres de sa propre Instance, parmi lesquels Ibtihel Abdellatif, Zouheïr Makhlouf, Seïf Soudani, Mustapha Baâzaoui ou encore Lilia Bouguira. Grisée par le pouvoir que lui conférait sa fonction, les procédures judiciaires étaient devenues, chez elle, une méthode de gestion de la contradiction.

    Son mandat a d’ailleurs été jalonné d’épisodes qui ont profondément choqué l’opinion. Les camions de déménagement mobilisés pour emporter les archives de la présidence de la République, avec la complicité d’un Moncef Marzouki pourtant sur le départ après sa défaite électorale, restent l’un des symboles de cette période. Il y eut aussi le rapport final de l’IVD, dans lequel Mme Ben Sedrine est allée jusqu’à citer nommément plusieurs de ses critiques, y compris l’auteur de ces lignes, utilisant un document censé refermer les blessures du passé pour solder des comptes bien personnels.

    Les premières critiques contre sa manière de diriger l’IVD ne sont d’ailleurs pas venues de ses adversaires politiques. Elles sont venues de l’intérieur même de l’institution. Feue Noura Borsali et feu Khemaïs Chammari ont quitté l’Instance dès ses débuts. Par la suite, d’autres membres dénonceront à leur tour son fonctionnement et son management cavalier et illégal. Plus tard encore, l’ancien député Yassine Ayari, pourtant politiquement proche d’elle, révélera des irrégularités financières qui seront ensuite largement documentées dans un rapport de la Cour des comptes daté de 2019. Tout cela s’est produit bien avant le 25 juillet 2021 et bien avant que Kaïs Saïed ne concentre tous les pouvoirs.

    Non, les critiques contre Sihem Ben Sedrine ne sont pas nées le 25 juillet 2021 et  n’ont pas été inventées par Kaïs Saïed. Elles l’accompagnent depuis plus de treize ans. Elles viennent d’horizons très différents : journalistes, membres de l’IVD, militants des droits humains, anciens alliés politiques et institutions de contrôle de l’État.

    Pour ma part, je continue de penser que Sihem Ben Sedrine n’a jamais été à la hauteur de la mission historique qui lui avait été confiée. Ce que nous avons critiqué en substance dès 2013 est qu’elle allait transformer la justice transitionnelle en justice transactionnelle et c’est ce qui s’est passé. Je continue de penser qu’elle a profondément divisé les Tunisiens et largement contribué à l’échec de la justice transitionnelle. Je continue de penser qu’elle a confondu trop souvent justice et règlement de comptes. Sur ce point, mon jugement n’a pas changé d’un millimètre.

    Problèmes de fond

    Tout cela étant dit, une question demeure. Peut-on envoyer quelqu’un en prison pour avoir fait exactement ce que la loi lui demandait de faire ?

    C’est là que le dossier devient profondément troublant.

    Que reproche-t-on, au fond, à Sihem Ben Sedrine et à Khaled Krichi ? D’avoir signé des accords de conciliation, notamment avec Slim Chiboub. Or la conciliation était précisément la mission confiée à l’Instance Vérité et Dignité par le législateur. On peut contester les montants retenus et estimer qu’ils étaient insuffisants. Encore faut-il disposer d’une évaluation incontestable des préjudices subis par l’État pour l’affirmer. Or une telle référence n’existe pas.

    En réalité, les membres de l’IVD ont dû apprécier des dossiers extraordinairement complexes et arrêter des montants qui, par définition, pouvaient être discutés. C’est le propre de toute négociation, ce n’est pas une science exacte.

    On peut donc considérer que Sihem Ben Sedrine s’est trompée. On peut même considérer qu’elle a très mal exercé ses fonctions. Mais se tromper dans l’exercice d’une mission légale ne constitue pas, en soi, un crime.

    D’autant que les accords de conciliation n’étaient pas les décisions personnelles de Mme Ben Sedrine ou de M. Krichi. Ils étaient soumis à la commission d’arbitrage qui les approuvait collégialement. Pourquoi, dès lors, concentrer aujourd’hui les poursuites sur ces deux personnes seulement et exclure la troisième membre qui se trouve être la plaignante ? Cette sélection interroge.

    Pour ce qui est de la question de la falsification du rapport, l’ancienne présidente a en effet publié plusieurs versions du rapport. Une a été remise au président de la République, une autre a été publiée au Journal officiel et encore une autre a été publiée sur le site web de l’IVD. Mais qualifier ces modifications de « falsification » au sens pénal et les sanctionner de quinze années d’emprisonnement paraît, là encore, d’une sévérité difficilement compréhensible.C’est juste disproportionné.  

    Quant à Slim Chiboub, on peut lui reprocher beaucoup de choses, mais certainement pas le montant retenu dans un accord qu’il n’a pas lui-même fixé. Il s’est présenté devant une institution de l’État, laquelle avait précisément pour mission de négocier ce type d’accords.

    Dernier prévenu dans l’affaire, Mabrouk Kourchid. En sa qualité de ministre des Domaines de l’État, à l’époque des faits, il a contesté les décisions de l’IVD. En tout état de cause, il ne peut être poursuivi, puisqu’il n’a rien à voir avec les faits, et encore moins condamné.

    Ce que la loi protège

    Le droit pénal est l’arme la plus lourde dont dispose un État. Il doit être utilisé avec une extrême retenue. Lorsque des décisions administratives, des appréciations contestables ou des choix de gestion deviennent passibles de peines dignes de celles réservées aux criminels les plus dangereux, ce n’est plus seulement le sort des personnes poursuivies qui est en cause. C’est notre conception même de la justice.

    Et c’est précisément pour cette raison que je partage totalement le jugement de la grande juriste et militante Sana Ben Achour quand elle a dit : « Le verdict de 25 ans de prison contre Sihem Ben Sedrine est une FORFAITURE à la mesure de la peur qu’elle inspire au régime. » Non parce que Sihem Ben Sedrine serait devenue irréprochable, loin s’en faut. Non parce que son action à la tête de l’IVD mériterait d’être réhabilitée. Mais parce qu’un État n’a pas le droit de contourner ses propres règles pour condamner quelqu’un, aussi contestable soit-il.

    Mais lorsqu’un État doit s’affranchir de sa propre loi pour condamner une femme qu’une partie du pays déteste, ce n’est pas cette femme qui remporte la bataille, c’est l’arbitraire. L’État de droit n’existe que lorsqu’il protège ceux que nous sommes tentés de ne pas protéger. Si l’on veut la justice, on doit l’appliquer à tout le monde. Surtout à nos adversaires.

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    10 commentaires

    1. LOL

      Répondre
      30 juin 2026 | 18h16

      Deux vérités peuvent coexister, cette affaire en est la preuve.

      D’un côté, il est évident que le pouvoir actuel utilise une sévérité démesurée et instrumentalise la justice pour faire une démonstration de force politique, comme c’est le cas avec Abir, Jaouhar etc… C’est une dérive flagrante. Mais de l’autre côté, cela ne blanchit pas pour autant Sihem Ben Sedrine. Les rapports de la Cour des comptes et la gestion opaque de l’IVD ont montré depuis longtemps qu’elle a failli à sa mission, au point de basculer dans la malversation et le règlement de comptes. Énormément d’escrocs se cachent derrière des fondations, des œuvres de charité et toute sorte de groupes humanitaires, c’est une pratique courante.

      Le fait que l’État agisse de manière arbitraire ne la rend pas innocente pour autant. Dans cette histoire, les deux camps se valent et l’on se retrouve face à un affrontement où tout le monde est perdant.

    2. Mohamed Mabrouk

      Répondre
      30 juin 2026 | 7h50

      La justice transitionnelle est tout a fait une justice transactionnelle assumée. C’est l’etat tunisien, représenté par l’equipe au pouvoir a ce moment, qui l’a conçue clairement dans cet esprit.
      Le meme esprit fonde l’actuelle justice de reconciliation: payez pour effacer vos accointances politiques passées.
      Meme chose pour le decret de confiscation de Sebsi de 2011.
      Affubler ces actions de termes comme : justice, decret… n’est qu’un habillage pudique.
      Malheureusement, c’est plus de la cueillette des fruits du pouvoir nouvellement conquis que de la justice.
      Cet esprit de racket nous pousse dans un cycle sans fin de putch pour avoir les fruits du pouvoir, cycle qui conduit au désinvestissement et a la misere.
      Revenons au Coran pour guerir de ce cycle de misere: la premiere etape consiste a accepter les ecarts de fortune comme un partage divin. « Est ce eux qui partagent la grace de ton dieu? Nous partageons entre eux leur subsistance… » Cette acceptation nous permet d’echapper au sentiment de haine qui nous envahit devant le spectacle des ecarts de fortune.
      La deuxieme etape est de juger la personne suspectée selon ses actes illégaux et non de ceder a la tentation de la punir pour assouvir une haine.
      « Soyez ferme dans vos devoirs envers Allah et soyez des témoins équitables. Et que la haine pour des gens ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité: cela est plus proche de la piété… »
      Le spectacle de l’écart de fortune est insupportable si on ne croit pas à l’au-delà. Il induit dans l’ame une grande desillusion au sujet de la justice divine. Qu’on cherche alors a retablir par tout les moyens, y compris arbitraires. Mais le resultat n’est jamais au rendez-vous. Car l’economie n’aime pas l’arbitraire

    3. Hannibal

      Répondre
      30 juin 2026 | 6h54

      C’est un système schizophrène et ça ne servirait à rien de lui rappeler les règles de procédure de base.
      Il décide préalablement le verdict et ne se gêne pas de la manière d’y arriver.
      En fait, c’est un spectacle pour combler le vide et l’absence d’une vision pour le futur.
      En parlant de futur et en supposant que le système sera réanimé et remis sur les rails, comment va-t-il réparer toutes ses bêtises ? Parce qu’il faudra les réparer pour retrouver une crédibilité indispensable à son bon fonctionnement.

    4. jamel.tazarki

      Répondre
      29 juin 2026 | 20h13

      Il est injuste de maintenir M. Ayachi Zammel et Mme Siwar Bargaoui en prison pendant des années supplémentaires. En effet, aucune preuve convaincante de leur culpabilité n’a été apportée. D’ailleurs, une juge tunisienne intelligente a libéré M. Zammel, mais d’autres juges l’ont contredite, ce qui a eu des conséquences fatales pour elle. La faute revient principalement à une loi électorale et à une constitution très mal conçues, pleines d’erreurs et inutilisables dans leur version actuelle. Une chose est sûre : les lois électorales et la constitution de Kaïs Saïd ne seront plus utilisées après son départ ! La Tunisie devra également verser des indemnités à de nombreux détenus injustement emprisonnés.

      M. Kais Saied, pourquoi ruiner des vies par des jugements extrêmement abusifs ? En revanche, vous ne donnez pas l’exemple avec votre salaire et votre budget excessifs, ni avec la déformation de la loi électorale à quelques jours de l’élection présidentielle. Quelle déception ! Et que dire de votre promesse, M. Saied, de nous offrir une Cour constitutionnelle selon votre constitution ? Rien de tout cela. Vous ne respectez pas notre intelligence, M. Saied !

      – Liberté pour tous les détenus politiques et pour les victimes de la liberté d’expression.
      – Il n’y a pas de justice sans l’instauration d’une Cour constitutionnelle sur la base d’un Conseil supérieur de la magistrature dont la majorité des membres serait élue par les magistrats eux-mêmes, et non nommée par le président de la République.

      Je redonne l’essence de l’Article de Mr. Bahloul ci-dessus: « Que reproche-t-on, au fond, à Sihem Ben Sedrine et à Khaled Krichi ? D’avoir signé des accords de conciliation, notamment avec Slim Chiboub. Or la conciliation était précisément la mission confiée à l’Instance Vérité et Dignité par le législateur. On peut contester les montants retenus et estimer qu’ils étaient insuffisants. Encore faut-il disposer d’une évaluation incontestable des préjudices subis par l’État pour l’affirmer. Or une telle référence n’existe pas. »

      Fazit: Il est important de réclamer les droits et les libertés, mais il ne faut pas non plus négliger de réclamer les garanties constitutionnelles qui les protègent contre les abus de pouvoir.

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

      Vous trouverez mon commentaire pour une Tunisie meilleure sur le lien suivant :

      https://businessnews.com.tn/2026/03/27/abir-moussi-et-seif-eddine-makhlouf-le-cout-politique-du-chaos/1393831/

      Je crains simplement que l’opposition n’ait rien appris de son expérience entre 2011 et 2026. Si elle revenait au pouvoir, il y aurait encore un risque qu’elle triche à nouveau et nous impose une nouvelle dictature. Même son discours n’est pas démocratique. Elle parle de liberté sans jamais réclamer les garanties constitutionnelles qui les protègent contre les abus de pouvoir.

      Il ne faudrait exclure personne des prochaines élections législatives et présidentielles. Il faudrait toutefois d’abord doter notre pays d’une bonne base constitutionnelle, avec des garanties de protection des droits et des libertés (Conseil supérieur de la magistrature élu, Cour constitutionnelle, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, soumission des pouvoirs à la loi, etc.).

      Il faut certes libérer tous les détenus politiques et les victimes du manque de liberté d’expression. Toutefois, cela ne devrait pas signifier une reprise inconditionnelle du pouvoir par l’opposition !

    5. jamel.tazarki

      Répondre
      29 juin 2026 | 19h39

      – L’examen de l’évolution du budget de la présidence tunisienne depuis la révolution de 2011 permet de comprendre si la trajectoire actuelle sous Kaïs Saïed rompt avec le passé ou s’inscrit dans une continuité institutionnelle. Voici l’évolution historique de ce budget, découpée en trois grandes périodes politiques

      a) La période de transition démocratique (2011 – 2014)
      a1) Après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, le président Dr. Moncef Marzouki a fait passer Le budget de la présidence tunisienne d’environ 60 millions de dinars en 2011 à près de 80 millions de dinars en 2014. Malgré la volonté affichée de Dr. Moncef Marzouki de réduire le train de vie de l’État (vente de voitures présidentielles, baisse symbolique de son salaire), le budget a augmenté en raison de l’intégration massive de personnels!
      –> @Dr. Moncef Marzouki, je vous prie de me corriger si mes données ne sont pas correctes!

      b) Le mandat de Béji Caïd Essebsi (2015 – 2019)
      Avec l’élection de Béji Caïd Essebsi, la présidence a cherché à restaurer le « prestige de l’État » (Heybat Al-Dawla), ce qui s’est traduit par une explosion budgétaire. Le budget de la présidence tunisienne a ainsi franchi la barre des 100 millions pour atteindre 124 millions de dinars en 2019. Une hausse spectaculaire de +55 % en cinq ans.

      c) L’ère Kaïs Saïed (Depuis fin 2019)
      À son arrivée, Kaïs Saïed a adopté un discours populiste axé sur l’austérité et le refus du gaspillage. Pourtant, les chiffres budgétaires de la présidence tunisienne ont continué de grimper pour atteindre les 229,7 millions de dinars actuels! En effet, Depuis le gel du Parlement en 2021 et la nouvelle Constitution, la présidence est redevenue le cœur absolu du pouvoir exécutif, centralisant des services administratifs et de communication autrefois rattachés à la Primature (Chef du gouvernement). Ainsi, la volonté du président de la République est devenue la loi, et rien ne peut la freiner, pas même sa propre constitution (fait : KS nous refuse une Cour constitutionnelle qu’il a lui-même mentionnée dans sa constitution !).
      –>
      @Mr. Kais Saied, je vous prie de me corriger si mes données ne sont pas correctes!

      d) Où trouver le compte rendu des dépenses de la présidence tunisienne?
      d1) Le Journal Officiel de la République Tunisienne (JORT) : Chaque année, la Loi de Finances détaille le budget alloué à la « Mission de la Présidence de la République ».
      d2) Le site du Ministère des Finances : Les documents budgétaires officiels relatifs à la mission de la présidence y sont publiés en libre accès:
      https://www.finances.gov.tn/fr/document/le-budget-de-la-presidence-de-la-republique-pour-lannee-2024-ar
      d3) Les rapports de la Cour des Comptes : La Cour des Comptes tunisienne examine la conformité et la bonne gestion des dépenses de toutes les administrations publiques, y compris la présidence.
      d4) Les débats de l’Assemblée : Les détails des dépenses de gestion font l’objet de rapports présentés par les conseillers présidentiels devant les commissions parlementaires (comme la commission des relations extérieures)
      –>
      Question: Qui ose encore critiquer Kais Saied ou ses dépenses dans une dictature absolue?

      Fazit: En revanche, l’opposition ne cesse de réclamer les droits et les libertés, mais néglige de réclamer les garanties constitutionnelles qui les protègent des abus de pouvoir. Nous passons ainsi d’une dictature à une autre. L’opposition a-t-elle tiré les leçons de ses erreurs passées pour ne pas les répéter ? J’en doute !

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    6. jamel.tazarki

      Répondre
      29 juin 2026 | 19h35

      – L’examen de l’évolution du budget de la présidence tunisienne depuis la révolution de 2011 permet de comprendre si la trajectoire actuelle sous Kaïs Saïed rompt avec le passé ou s’inscrit dans une continuité institutionnelle. Voici l’évolution historique de ce budget, découpée en trois grandes périodes politiques

      a) La période de transition démocratique (2011 – 2014)
      a1) Après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, le président Dr. Moncef Marzouki a fait passer Le budget de la présidence tunisienne d’environ 60 millions de dinars en 2011 à près de 80 millions de dinars en 2014. Malgré la volonté affichée de Dr. Moncef Marzouki de réduire le train de vie de l’État (vente de voitures présidentielles, baisse symbolique de son salaire), le budget a augmenté en raison de l’intégration massive de personnels!
      –> @Dr. Moncef Marzouki, je vous prie de me corriger si mes données ne sont pas correctes!

      b) Le mandat de Béji Caïd Essebsi (2015 – 2019)
      Avec l’élection de Béji Caïd Essebsi, la présidence a cherché à restaurer le « prestige de l’État » (Heybat Al-Dawla), ce qui s’est traduit par une explosion budgétaire. Le budget de la présidence tunisienne a ainsi franchi la barre des 100 millions pour atteindre 124 millions de dinars en 2019. Une hausse spectaculaire de +55 % en cinq ans.

      c) L’ère Kaïs Saïed (Depuis fin 2019)
      À son arrivée, Kaïs Saïed a adopté un discours populiste axé sur l’austérité et le refus du gaspillage. Pourtant, les chiffres budgétaires de la présidence tunisienne ont continué de grimper pour atteindre les 229,7 millions de dinars actuels! En effet, Depuis le gel du Parlement en 2021 et la nouvelle Constitution, la présidence est redevenue le cœur absolu du pouvoir exécutif, centralisant des services administratifs et de communication autrefois rattachés à la Primature (Chef du gouvernement). Ainsi, la volonté du président de la République est devenue la loi, et rien ne peut la freiner, pas même sa propre constitution (fait : KS nous refuse une Cour constitutionnelle qu’il a lui-même mentionnée dans sa constitution !).
      –>
      @Mr. Kais Saied, je vous prie de me corriger si mes données ne sont pas correctes!

      d) Où trouver le compte rendu des dépenses de la présidence tunisienne?
      d1) Le Journal Officiel de la République Tunisienne (JORT) : Chaque année, la Loi de Finances détaille le budget alloué à la « Mission de la Présidence de la République ».
      d2) Le site du Ministère des Finances : Les documents budgétaires officiels relatifs à la mission de la présidence y sont publiés en libre accès:
      https://www.finances.gov.tn/fr/document/le-budget-de-la-presidence-de-la-republique-pour-lannee-2024-ar
      d3) Les rapports de la Cour des Comptes : La Cour des Comptes tunisienne examine la conformité et la bonne gestion des dépenses de toutes les administrations publiques, y compris la présidence.
      d4) Les débats de l’Assemblée : Les détails des dépenses de gestion font l’objet de rapports présentés par les conseillers présidentiels devant les commissions parlementaires (comme la commission des relations extérieures)
      –>
      Question: Qui ose encore critiquer Kais Saied ou ses dépenses dans une dictature absolue?

      Fazit: En revanche, l’opposition ne cesse de réclamer les droits et les libertés, mais néglige de réclamer les garanties constitutionnelles qui les protègent des abus de pouvoir. Nous passons ainsi d’une dictature à une autre. L’opposition a-t-elle tiré les leçons de ses erreurs passées pour ne pas les répéter ? J’en doute !

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    7. jamel.tazarki

      Répondre
      29 juin 2026 | 19h32

      Introduction: Comparer le salaire d’un dirigeant au Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) de son propre pays permet de mesurer l’écart social interne et le niveau des inégalités de rémunération au sein de l’État. En analysant les données de mai 2026, les résultats mettent en évidence une fracture sociale radicalement différente entre la Tunisie et l’Allemagne.

      a) Les chiffres du salaire minimum (Données 2026)
      a1) En Tunisie (Régime de 48h/semaine) : Le SMIG mensuel a été revalorisé par décret officiel à 554,736 TND.
      a2) En Allemagne (Base temps plein ~160h/mois) : Le salaire minimum légal est fixé à 13,90 € de l’heure, ce qui équivaut à environ 2 224 € bruts par mois

      b) Le calcul du multiple (Combien de SMIG dans le salaire du dirigeant ?)
      b1) Tunisie (Kaïs Saïed) : 17000 : 554,736 = 30,6
      –>
      Le président tunisien gagne un peu plus de 30 fois le salaire minimum de son pays

      b2) Allemagne (Chancelier Friedrich Merz) : 31000 : 2224 = 13,9
      Le chancelier allemand gagne environ 14 fois le salaire minimum de son pays.

      c) Les conclusions économiques et sociales:
      c1) Un écart social interne deux fois plus grand en Tunisie : Le coefficient multiplicateur entre le chef de l’État et le travailleur le plus modeste est deux fois plus élevé en Tunisie qu’en Allemagne (30,6 contre 13,9). Le sommet de la pyramide étatique tunisienne reste très déconnecté de la base salariale par rapport aux standards d’Europe de l’Oues
      c2) La fragilité du pouvoir d’achat des citoyens : En Allemagne, le salaire minimum (2 224 €) permet une insertion économique de base. En Tunisie, un SMIG à 554 TND (environ 165 €) couvre à peine les besoins vitaux en période de forte inflation. L’écart de 30 fois paraît donc socialement plus lourd à accepter pour la population locale.
      c3) La structure des hauts salaires politiques : Dans les démocraties occidentales, le salaire des ministres et chanceliers est volontairement encadré pour ne pas paraître disproportionné face au secteur privé ou aux classes populaires. Dans les pays en développement, les grilles salariales de la haute fonction publique maintiennent souvent un standard « aristocratique » hérité de l’histoire constitutionnelle, créant un fort contraste avec la réalité du marché du travail.

      Conclusion : Kais Saied ne donne pas l’exemple. Il oblige les banques et les PME à faire du social, alors que son salaire est totalement injuste !

      La suite de mes commentaires est pour demain !

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    8. jamel.tazarki

      Répondre
      29 juin 2026 | 19h29

      a) La comparaison entre le salaire de Kaïs Saïed et celui du chancelier allemand (actuellement Friedrich Merz, selon les données récentes de mai 2026), lorsqu’ils sont rapportés à la richesse produite par leur pays respectif (PIB), révèle un écart de proportions frappant.

      a1) Les chiffres de référence (Estimations 2024-2026)
      a1.1) Tunisie (Kaïs Saïed) :
      – Salaire mensuel : 17 000 dinars tunisiens (TND).
      – PIB annuel estimé : Environ 175 milliards de TND.
      a1.2) Allemagne (Chancelier Friedrich Merz) :
      – Salaire mensuel : Environ 31 000 € (incluant les indemnités de fonction et le mandat de député).
      – PIB annuel estimé : Environ 4 329 milliards €

      b) Le calcul du poids relatif (Salaire mensuel / PIB annuel)
      Pour comparer ces deux échelles, nous calculons quel pourcentage du PIB annuel le salaire mensuel représente dans chaque pays:
      b1) Ratio Tunisie :
      17 000 : 175000000000 = 0,00000971%

      b2) Ratio Allemagne :
      31 000 : 4329000000000 = 0.000000716

      c) Analyse et Conclusions
      c1) Le salaire mensuel de Kaïs Saïed représente une part du PIB tunisien environ 13,5 fois supérieure à celle du salaire du chancelier allemand par rapport au PIB de l’Allemagne.
      c2) De cette comparaison, on peut tirer les conclusions suivantes :
      c2.1) Disparité du pouvoir d’achat institutionnel : Bien que le salaire nominal du chancelier allemand soit bien plus élevé en valeur absolue (converti en euros), il pèse beaucoup moins sur la richesse nationale. Cela souligne la fragilité économique de la Tunisie face à ses dépenses de fonctionnement.
      c2.2) Indice de développement : Dans les économies très développées (comme l’Allemagne), la richesse nationale est si colossale que même les hauts salaires des dirigeants deviennent statistiquement « invisibles » par rapport au PIB. En Tunisie, l’écart entre la richesse globale et les rémunérations de la haute fonction publique est plus visible, ce qui alimente souvent les débats sur le coût de la vie et les inégalités.

    9. HatemC

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      29 juin 2026 | 18h52

      C’est une analyse d’une immense lucidité, et la position exprimée par cet éditorial de Business News résume parfaitement le piège intellectuel et éthique dans lequel se trouve la Tunisie. Mon ressentiment et mes accusations passées envers Sihem Ben Sedrine sont d’ailleurs largement corroborés par l’article : il ne s’agit pas de blanchir l’histoire, mais de sauver le droit.

      L’auteur de l’article démontre qu’on peut avoir été la victime des méthodes de Sihem Ben Sedrine, avoir combattu son hyper-politisation de l’IVD, et pourtant refuser de cautionner sa condamnation. C’est le principe même de l’honnêteté intellectuelle.

    10. HatemC

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      29 juin 2026 | 18h37

      Un passage m’interpelle  » L’article 34 de la loi organique 2013-53 relative à la justice transitionnelle …. la justice se discrédite …
      C’est précisément là que se situe le cœur du débat juridique et politique, et je souleve la question fondamentale qui divise les observateurs.

      Dans n’importe quel État de droit, l’immunité n’est jamais conçue comme un « permis de frauder » ou un chèque en blanc pour commettre des malversations financières.
      Si des délits financiers ou des détournements de fonds publics sont avérés, la question de la responsabilité pénale légitime se pose.

      Si les faits reprochés relèvent de la malversation pure (corruption, détournement) :
      Les défenseurs d’une justice stricte estiment que l’immunité tombe, car ces actes ne peuvent pas être considérés comme commis « dans l’exercice légitime des fonctions

      L’argument selon lequel la justice « se discrédite » ne signifie pas qu’il faille fermer les yeux sur d’éventuelles fautes de gestion. Cet argument repose sur le fait que ces poursuites interviennent dans un climat de forte polarisation politique, marqué par la reprise en main du pouvoir judiciaire par l’exécutif en Tunisie (notamment depuis 2021).

      S’il y a eu malversation financière réelle, il est normal que des comptes soient rendus. Mais pour que ce procès soit crédible et ne ressemble pas à une vengeance d’État, il doit être mené par une justice totalement indépendante, respectant le droit à un procès équitable et prouvant de manière irréfutable des faits de corruption distincts du travail d’investigation politique de l’IVD. C’est l’absence perçue de ces garanties qui crée le discrédit actuel … HC

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