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Les chiffres de l’État contredisent le président

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Service IA, Business News

Par Raouf Ben Hédi

    Croissance, inflation, réserves en devises, dette… Le communiqué publié par la présidence à l’issue de la rencontre entre Kaïs Saïed et le gouverneur de la Banque centrale présente un tableau optimiste de l’économie tunisienne. Or, plusieurs des chiffres avancés ne correspondent pas aux dernières données publiées par les institutions officielles. Et même lorsqu’ils sont exacts, leur interprétation apparaît en décalage avec la réalité économique.

    Au lendemain de sa rencontre avec le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Zouhair Nouri, le président de la République a dressé un tableau résolument optimiste de la situation économique du pays. Dans un communiqué publié mardi 7 juillet à 6h09, la présidence affirme que « la Tunisie a réussi les choix qu’elle a faits », évoque une croissance de 2,5 %, une inflation maîtrisée, des réserves en devises équivalant à 103 jours d’importation et un État qui honore ses engagements financiers malgré le poids de la dette.

    Une confrontation de ces affirmations avec les dernières données publiées par les organismes officiels fait cependant apparaître plusieurs écarts. Surtout, les indicateurs mis en avant ne suffisent pas à confirmer le diagnostic très favorable présenté dans le communiqué présidentiel.

    Une croissance présentée comme un succès

    Le communiqué présidentiel affirme que la croissance atteint 2,5 %, en présentant ce résultat comme l’un des signes de la bonne santé retrouvée de l’économie tunisienne.

    Les dernières statistiques publiées par l’Institut national de la statistique (INS) font état d’une croissance de 2,6 % au premier trimestre 2026 en glissement annuel et un recul de 0,3 % en glissement trimestriel. Le chiffre avancé par la présidence ne correspond donc pas à la donnée officielle la plus récente, datée de mai 2026, que ce soit en glissement annuel ou trimestriel.

    La question essentielle est ailleurs cependant.

    La loi de finances 2026 a été construite sur une hypothèse de croissance de 3,2 %. Avec une progression de 2,6 % au premier trimestre et un recul de 0,3 % en glissement trimestriel, l’économie tunisienne demeure en dessous de la trajectoire retenue par le gouvernement lui-même.

    Cette contre-performance n’a rien d’exceptionnel. Les trois derniers exercices illustrent cette difficulté récurrente du gouvernement à respecter ses propres prévisions : en 2023, la croissance attendue de 1,8 % s’est finalement établie à 0,4 % ; en 2024, l’objectif de 2,1 % s’est transformé en 1,4 % ; en 2025 enfin, les 3,2 % prévus n’ont débouché que sur 2,5 %. Présenter une croissance inférieure aux objectifs retenus par l’État comme un indicateur particulièrement encourageant appelle donc, à tout le moins, à être replacé dans son contexte.

    Une inflation qui repart à la hausse

    Le communiqué de la présidence de la République évoque également une inflation « maîtrisée ».

    Or les dernières données de l’INS, publiées dimanche 5 juillet 2026, soit la veille de la rencontre entre le président de la République et le gouverneur de la BCT, établissent le taux d’inflation à 5,3 %.Ce chiffre était de 4,8 % en janvier.

    Autrement dit, l’inflation ne poursuit pas une trajectoire baissière ; elle repart à la hausse.

    Cette moyenne nationale masque par ailleurs des augmentations nettement plus importantes pour plusieurs produits alimentaires, dont les hausses restent à deux chiffres et continuent d’alimenter le sentiment de cherté de la vie exprimé par de nombreux ménages.

    Des réserves en devises inférieures au niveau annoncé

    Le communiqué présidentiel affirme que les réserves en devises couvrent 103 jours d’importation.

    Les statistiques affichées sur la page d’accueil du site de la Banque centrale font pourtant état de 98 jours à la date de la rencontre entre le président de la République et le gouverneur de la BCT, soit le 6 juillet.

    L’écart peut paraître limité, mais il concerne un indicateur actualisé plusieurs fois par semaine par l’institution dirigée précisément par l’un des participants à cette réunion.

    Au-delà de cette différence, le véritable enseignement est ailleurs : les réserves en devises sont aujourd’hui loin des niveaux observés au début de la décennie. Elles atteignaient 141 jours d’importation en 2020 et 125 jours en 2021. Qu’il soit de 98 jours ou de 103 jours, le niveau actuel reste bien inférieur à ces références.

    Le paiement de la dette n’est pas un indicateur de bonne santé

    Le président souligne également que la Tunisie continue de régler ses engagements financiers dans les délais, tout en regrettant que les citoyens supportent le poids de la dette sans en percevoir les bénéfices.

    Le respect des échéances constitue toutefois une constante de la politique financière tunisienne depuis plusieurs décennies. Il ne traduit pas, à lui seul, une amélioration de la situation économique.

    Dans les faits, l’État continue de recourir à de nouveaux emprunts pour refinancer une partie de sa dette arrivée à échéance.

    Parallèlement, le poids de cette dette a fortement progressé ces dernières années. Selon les données du ministère des Finances, elle est passée de 67,8 % du PIB en 2019 à 82,1 % en 2025, illustrant une dépendance croissante au financement par l’endettement.

    Autrement dit, le remboursement des échéances ne traduit pas un désendettement du pays, puisqu’il s’accompagne d’un recours continu à de nouveaux emprunts.

    Des indicateurs qui racontent une autre histoire

    La lecture d’ensemble des principaux indicateurs apparaît sensiblement moins favorable que celle proposée dans le communiqué présidentiel du 7 juillet.

    Une croissance inférieure aux objectifs fixés par le gouvernement, une inflation repartie à la hausse, des réserves en devises plus faibles que celles annoncées et un endettement qui continue de progresser dessinent un paysage économique plus contrasté que celui présenté à l’issue de la rencontre entre le chef de l’État et le gouverneur de la Banque centrale.

    La comparaison entre le communiqué présidentiel et les dernières données publiées par l’INS, la BCT et le ministère des Finances met ainsi en évidence non seulement plusieurs divergences chiffrées, mais aussi une appréciation sensiblement différente de la situation économique du pays.

    Les chiffres économiques ne sont pas une matière d’opinion. Ils constituent le socle sur lequel reposent les décisions publiques, les choix des investisseurs et la confiance des citoyens. C’est pourquoi leur exactitude, leur actualisation et leur mise en perspective ne relèvent pas du détail : elles conditionnent la crédibilité même du diagnostic porté sur l’économie nationale.

    Raouf Ben Hédi

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    5 commentaires

    1. maherfki2024

      Répondre
      8 juillet 2026 | 11h01

      Bonjour,
      L’article est basé sur les chiffres récents de 2026 alors que la rencontre en question est réservée au rapport annuel de la BCT de 2025.
      Donc, copie à revoir

      • Citoyen_H

        Répondre
        9 juillet 2026 | 17h01

        NE CHERCHEZ PAS COMPRENDRE……………….

    2. Hannibal

      Répondre
      8 juillet 2026 | 6h47

      Les chiffres ? Quels chiffres ?
      Désolé, ils sont absents dans le droit constitutionnel, enfin, je crois.
      Et puis, dans ma planète, les chiffres à faire des incantations.

    3. le financier

      Répondre
      7 juillet 2026 | 22h15

      Prochaine etape soit inflation a la turquie ou egypte soit devaluation mais la devaluation sera politiquement fatale

    4. Roberto Di Camerino

      Répondre
      7 juillet 2026 | 13h35

      D’accord.les chiffres sont divergents, mais le President a droit a 20% de marge soit à la hausse , soit à la baisse.
      L’inflation est sur le chemin du Zimbabwe oú elle a atteint 780 % et les gens payaient avec des brouettes pleines de billets. et où Les billets de 10 trillions sont monnaie courante.

    Répondre

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