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« Chercher les causes, pas un bouc émissaire » : le témoignage qui éclaire la crise électrique

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Par Imen Nouira

    Alors que les délestages se multiplient en pleine canicule, Abdelaziz Halleb apporte un éclairage tiré de son expérience des précédentes crises électriques. Ingénieur, chef d’entreprise et ancien membre et rapporteur des commissions d’enquête sur les blackouts de 2002 et 2014, il rappelle que ces incidents avaient résulté d’une combinaison de facteurs et que les investigations menées à l’époque avaient cherché à identifier les causes profondes, plutôt qu’à désigner un « bouc émissaire ».

    Dans un témoignage publié mercredi 22 juillet 2026 sur Facebook, Abdelaziz Halleb commence par rappeler que le réseau électrique tunisien est conforme aux normes internationales et qu’il peut continuer à fonctionner malgré la perte d’une ligne ou d’un groupe de production.

    « Un seul défaut n’arrête pas son bon fonctionnement. Pour l’arrêter, il faut au moins deux défauts majeurs simultanés », explique-t-il.

    Des blackouts provoqués par une combinaison de facteurs

    Abdelaziz Halleb revient sur les principaux incidents ayant affecté le système électrique tunisien au cours des dernières décennies. Il cite les blackouts du 30 juin 2002, survenu pendant la finale de la Coupe du monde, du 31 août 2014 et de la nuit du 19 au 20 septembre 2023. Il y ajoute les délestages qu’il qualifie d’« excessifs et répétitifs » enregistrés durant l’été 2026, regroupant ces différents épisodes sous l’appellation d’« accidents énergétiques dus au réseau électrique ».

    Il relève au passage un point commun : selon lui, tous ces épisodes se sont produits en été et plusieurs ont eu lieu un dimanche.

    Son témoignage s’appuie notamment sur son expérience au sein des commissions d’enquête constituées après les blackouts de 2002 et de 2014. Abdelaziz Halleb affirme que les investigations techniques avaient alors été menées dans de bonnes conditions et que les commissions avaient pu accéder aux informations nécessaires.

    « La commission technique a travaillé dans la sérénité et a eu accès à toutes les données demandées sans aucune entrave et notre mission a consisté à chercher les causes profondes et non pas à chercher un bouc émissaire », témoigne-t-il.

    Selon lui, les rapports avaient été remis aux ministres concernés dans la quinzaine suivant chacun des deux incidents.

    Les investigations n’avaient pas fait ressortir une cause unique. En 2002 comme en 2014, explique Abdelaziz Halleb, plusieurs circonstances et facteurs simultanés avaient concouru au blackout.

    Les commissions avaient notamment relevé des défaillances organisationnelles au niveau de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), dont il précise qu’elles « dépassaient largement les personnes », ainsi que des complications procédurales liées aux achats d’équipements.

    De l’enquête technique à la piste judiciaire

    Abdelaziz Halleb affirme, en revanche, ignorer si une enquête technique avait été menée après le blackout de septembre 2023. Concernant les perturbations enregistrées cet été, il relève ce qui lui apparaît comme un changement d’approche : « Pour 2026, il semble qu’on s’oriente plutôt vers une enquête judiciaire ».

    Cette remarque intervient alors que les coupures d’électricité ont pris une dimension particulièrement sensible ces derniers jours. Mercredi 22 juillet, le président de la République, Kaïs Saïed, a réuni au palais de Carthage plusieurs membres du gouvernement ainsi que les dirigeants de la Steg, de la Sonede et de la Protection civile pour examiner les coupures d’eau et d’électricité et les incendies touchant différentes régions. Le chef de l’État a qualifié ces phénomènes d’« anormaux » et affirmé que l’État ne resterait pas les bras croisés face à ceux qui chercheraient à porter préjudice aux citoyens et à attiser les tensions.

    Les perturbations électriques surviennent dans un contexte de canicule exceptionnelle et de forte hausse de la demande. La Steg avait notamment fait état, par la voix de sa directrice commerciale et marketing, Hend Ennaifer, d’une augmentation d’environ 30% de la consommation durant les heures de pointe et de capacités de production disponibles avoisinant les 5.000 mégawatts.

    De son côté, Elyes Ben Ammar, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’UGTT, estimait mardi 21 juillet que les difficultés actuelles résultaient avant tout d’une capacité de production devenue insuffisante face à la demande et de retards accumulés durant plusieurs années dans le développement de nouvelles capacités.

    Des perturbations aux répercussions en cascade

    Les conséquences des délestages dépassent, par ailleurs, le seul approvisionnement en électricité. La Sonede a indiqué avoir enregistré entre 700 et mille interruptions quotidiennes de courant dans ses stations de pompage les 14 et 15 juillet, perturbant directement l’alimentation en eau potable. Chaque arrêt électrique peut nécessiter plusieurs heures avant que les réservoirs soient de nouveau remplis et que la pression soit rétablie dans les conduites.

    Dans ce contexte, le témoignage d’Abdelaziz Halleb replace les perturbations de l’été 2026 dans l’histoire des grandes crises traversées par le système électrique tunisien, sans pour autant assimiler techniquement les délestages actuels aux blackouts de 2002, 2014 et 2023.

    Son retour d’expérience rappelle surtout que les enquêtes sur les deux premiers blackouts n’avaient pas cherché une explication unique ni une responsabilité individuelle, mais avaient mis en évidence un enchaînement de facteurs, notamment organisationnels et procéduraux. Alors que l’ensemble des causes des délestages de l’été 2026 et leur poids respectif restent à déterminer, son témoignage remet ainsi au centre du débat la nécessité d’identifier les défaillances profondes du système avant d’en tirer les responsabilités.

    I.N.

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    Commentaire

    1. HatemC

      Répondre
      23 juillet 2026 | 18h09

      L’analyse d’Abdelaziz Halleb est 100 % plausible : Il parle en ingénieur. Un réseau électrique craque à cause d’un ensemble de défaillances techniques, d’achats bloqués et de sous-investissements structurels.

      La réaction du régime est décalée : En cherchant un « complot » plutôt qu’en réglant les causes profondes (ouverture au solaire, fin de la bureaucratie, investissements dans le réseau), l’État privilégie la recherche d’un bouc émissaire politique.

      C’est la confirmation du drame soulevé dans mes précédents messages : tant qu’on traitera une crise d’ingénierie lourde avec des théories du complot et des enquêtes judiciaires, le problème physique (le manque de courant) restera entier l’été suivant….

      Ce president devient dangereux pour la stabilité du pays ….
      En qualifiant les coupures de phénomènes « anormaux » et en évoquant des gens qui cherchent à « porter préjudice » ou « attiser les tensions », Kaïs Saïed transforme une faillite d’infrastructure (manque d’investissements depuis des années, réseau à bout de souffle) en une affaire de sabotage ou de complot.

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