Entre une Bourse qui affiche une progression spectaculaire, un secteur bancaire aux ratios prudentiels solides mais dont le crédit évolue à faible régime, et une légère remontée des actifs non performants, le système financier tunisien présente un visage contrasté. Réuni le jeudi 27 août 2026, le Comité de surveillance macro-prudentielle et de gestion des crises financières a dressé un état des lieux des banques, du marché financier, des assurances et de la microfinance, tout en appelant à renforcer le financement de l’investissement et de la croissance. Il a tenu sa 12e réunion au siège de la Banque centrale de Tunisie (BCT), sous la présidence du gouverneur de l’autorité monétaire.
Créé en vertu de l’article 85 de la loi n°2016-35 portant statut de la BCT, le comité a passé en revue l’évolution de la conjoncture économique et financière ainsi que la situation des différentes composantes du système financier tunisien, dans un environnement international toujours marqué par de fortes incertitudes.
Des banques solides, mais un crédit qui progresse peu
Sur le plan prudentiel, le secteur bancaire continue d’afficher des indicateurs confortables. À fin mars 2026, le ratio moyen de solvabilité s’établissait à 15,2%, tandis que le ratio Tier 1 atteignait 12,2%. Ces niveaux ont permis aux banques de disposer d’une marge de fonds propres de 5%. Leur position de liquidité est, elle aussi, demeurée à des niveaux jugés satisfaisants durant le premier semestre.
Cette solidité contraste cependant avec la faible progression de l’activité de crédit. Au cours des six premiers mois de 2026, les crédits n’ont augmenté que de 1,3%, une évolution que le comité rattache notamment à la faiblesse des crédits accordés au secteur privé et aux particuliers.
Autre signal à surveiller : la part des actifs non performants dans le total des engagements bancaires est passée de 14,9% à fin 2025 à 15,1% à fin juin 2026. Une hausse limitée à 0,2 point, mais qui intervient alors que le financement de l’économie demeure peu dynamique.
Une Bourse en plein essor
Le contraste est particulièrement marqué avec le marché financier. À fin juillet 2026, le Tunindex affichait une progression de 49% depuis le début de l’année, tandis que le volume des échanges sur la cote de la Bourse augmentait de 60,9% par rapport à la même période de 2025.
Les OPCVM ont suivi la même tendance. Leurs actifs nets ont progressé de 35,1% depuis le début de l’année, pour atteindre près de 11,48 milliards de dinars à fin juillet.
L’évolution est moins dynamique sur le marché primaire. Les émissions ont reculé de 5,8% en mai 2026 en glissement annuel, pour s’établir à environ 5,33 milliards de dinars. Elles restent, surtout, concentrées sur les émissions du Trésor.
Lec est également revenu sur l’épisode de forte volatilité enregistré à la fin du mois de juillet. La Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT) avait déclenché son mécanisme de coupe-circuit au cours des séances des 28 et 29 juillet 2026. Selon le comité, la reprise normale des négociations à partir du 29 juillet confirme la solidité du marché ainsi que la capacité des régulateurs et des différents intervenants à préserver sa stabilité et les intérêts des investisseurs.
Du côté des assurances, le chiffre d’affaires du secteur a atteint 4,24 milliards de dinars en 2025, tandis que les placements se sont élevés à 10,82 milliards de dinars à la fin de la même année. Les indicateurs prudentiels demeurent également confortables : les taux moyens de couverture de la marge de solvabilité et des provisions techniques s’établissaient respectivement à 302,9% et 106,2% à fin 2024.
La microfinance poursuit, de son côté, son développement. Le secteur comptait 856.000 bénéficiaires de microcrédits à fin 2025, pour un encours de microfinancements de 3,01 milliards de dinars. Le portefeuille à risque à trente jours s’établissait à 2,6% à fin mars 2026. Le ratio de solvabilité consolidé des institutions de microfinance sous forme de sociétés anonymes atteignait, pour sa part, 22% en 2025, soit nettement plus que le minimum réglementaire de 15%.
Au terme de sa réunion, le comité a appelé à poursuivre la coordination en matière de veille prudentielle face aux incertitudes internationales et à maintenir une approche prudente dans la couverture des risques. Il a également réaffirmé la nécessité de renforcer la coordination des initiatives en matière de finance durable, de couverture des risques climatiques et de prise en compte des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Surtout, le comité souligne la nécessité de renforcer la contribution du système financier au financement et à l’accompagnement des opérateurs économiques afin de soutenir davantage l’investissement et la croissance.
Un appel qui prend tout son sens au regard des chiffres présentés : alors que les principaux acteurs du système financier affichent globalement des ratios prudentiels solides et que le Tunindex s’est envolé de 49% en sept mois, le crédit, lui, n’a progressé que de 1,3% au premier semestre. Le défi ne semble donc pas seulement être de préserver la solidité du système financier, mais aussi de mieux la mettre au service du financement de l’économie réelle.
I.N.
*Photo d’illustration










