Le crédit sur l’honneur est entré en vigueur jeudi 1er octobre. Taux zéro, absence de garantie, dépôt exclusivement en ligne : le dispositif devait faciliter l’accès au financement. Les premières heures ont montré une réalité plus compliquée. Nous avons comparé les procédures de plusieurs banques et recueilli les réactions de demandeurs. Pièces différentes selon les établissements, documents découverts en cours d’inscription, files d’attente et difficultés techniques : avec la règle du premier arrivé, premier servi, tous les candidats ne sont pas partis dans les mêmes conditions.
Depuis jeudi 1er octobre, les plateformes bancaires dédiées au crédit sur l’honneur sont ouvertes. 17 banques participent au dispositif, quatre établissements n’étant pas concernés faute d’avoir dégagé des bénéfices en 2025.
Le principe est connu : jusqu’à 5.000 dinars pour un particulier, 10.000 dinars pour un porteur de petit projet et 25.000 dinars pour une PME ou une société communautaire. Le crédit est sans intérêts, sans garantie ni sûreté. Le remboursement s’étale sur deux ans au maximum, avec une période de grâce pouvant atteindre six mois.
Il aura fallu plus de deux ans pour passer de la loi du 2 août 2024 au lancement effectif. Le décret du 23 juillet 2026 a fixé les conditions d’octroi et la circulaire de la Banque centrale du 1er septembre a précisé la procédure. Les demandes sont déposées exclusivement en ligne, horodatées et traitées selon le principe du premier arrivé, premier servi. Les banques ont dix jours ouvrables pour répondre et doivent motiver les refus.
C’est à l’ouverture des plateformes que les différences sont apparues.
Des dossiers différents selon les banques
Nous avons consulté les procédures et les listes de pièces publiées par plusieurs banques. Il n’existe pas de dossier uniforme. Chaque établissement applique ses propres procédures.
Pour les salariés, on retrouve généralement la CIN, une attestation de travail, une attestation de salaire et des fiches de paie. Le nombre de documents varie toutefois sensiblement. La STB, la BTK, l’UBCI et Al Baraka réclament trois bulletins de paie, contre un à la BH Bank et à la Biat. La BTK demande en outre une attestation de travail mentionnant la titularisation.
Les différences portent également sur les profils admis.
Amen Bank prévoit ainsi des dossiers pour les salariés, les retraités, les non-salariés et les porteurs de microprojets. Les justificatifs varient en conséquence : attestation de travail et fiches de paie pour les salariés, attestation de pension pour les retraités, déclaration d’impôt pour les non-salariés.
BH Bank retient, pour sa part, les salariés, les retraités et les porteurs de microprojets et précise que le demandeur doit être client de la banque. Pour les salariés du privé, la liste publiée par l’établissement prévoit notamment une domiciliation irrévocable du salaire, une attestation de salaire, une attestation de travail, une fiche de paie, un historique CNSS et un justificatif récent des engagements.
Wifak Bank demande notamment un justificatif de domicile, un historique CNSS, trois fiches de paie, une déclaration d’impôt accompagnée de la quittance de règlement et trois mois de relevés bancaires. Elle réclame également des devis, factures proforma ou autres justificatifs des dépenses à financer.
Les banques sont en droit de vérifier les revenus et la capacité de remboursement d’un demandeur. Le problème vient de la combinaison de ces exigences variables avec une autre règle : l’ordre chronologique des demandes.
Premier arrivé, à condition d’avoir les papiers
Pour être parmi les premiers, encore fallait-il savoir avant le 1er octobre ce qu’il fallait préparer.
Or, nous avons constaté que la liste complète des documents n’était pas toujours accessible avant d’avancer dans le formulaire. Le demandeur renseigne son profil et découvre progressivement les pièces qu’il doit téléverser.
Une attestation de travail ou de salaire doit être réclamée à l’employeur. Une déclaration fiscale n’est pas nécessairement disponible immédiatement. Ailleurs, il faut produire un historique CNSS ou des relevés bancaires. Et puisque le dépôt se fait exclusivement en ligne, tous ces documents doivent être disponibles sous forme numérique : il faut les récupérer, les scanner si nécessaire, puis les téléverser sur la plateforme. Une procédure qui n’est pas forcément évidente pour tout le monde, notamment pour certains retraités.
À l’UIB, nous avons relevé une exigence assez singulière : parmi les pièces obligatoires figure une « demande de prêt signée par le demandeur », datée et signée. Il faut donc remplir une demande de crédit en ligne, préparer parallèlement une demande de crédit séparée, la signer, la numériser, puis la téléverser sur… la plateforme de demande de crédit.
Ce formalisme serait anodin si la date et l’heure du dépôt n’avaient aucune conséquence. Elles en ont une. La circulaire impose le premier arrivé, premier servi. Celui qui dispose déjà de toutes les pièces peut valider sa demande immédiatement. Celui qui découvre qu’il lui manque un document doit d’abord se le procurer.
Or, toutes ces pièces n’étaient pas nécessairement connues des demandeurs avant l’ouverture des plateformes. La circulaire de la BCT date du 1er septembre et les banques disposaient d’un mois pour préparer le lancement. Pourquoi les listes complètes des documents exigés n’ont-elles pas été communiquées suffisamment tôt ? Dans un dispositif fondé sur l’ordre de dépôt, cette information pouvait déterminer la place du demandeur dans la file.
Files d’attente et erreurs techniques
L’affluence du 1er octobre a ajouté une difficulté supplémentaire.
Nous avons constaté sur la plateforme de l’UIB la mise en place d’une file d’attente destinée à gérer le nombre de connexions. Une capture réalisée au cours de la journée affichait 1.426 personnes devant le demandeur et un temps d’attente estimé à 56 minutes. La banque indiquait que l’accès au formulaire était ouvert progressivement afin de gérer le nombre de demandes.
D’autres difficultés ont été constatées directement par Business News. Jeudi, nous avons tenté à plusieurs reprises d’accéder à la plateforme de BNA Bank, sans succès : le site chargeait indéfiniment sans permettre d’aboutir. Sur le groupe Facebook Mauvais Plan Tunisie, un client de la banque faisait état, de son côté, de plusieurs erreurs successives, dont un problème de sécurité, et disait ne pas avoir réussi à finaliser sa démarche. Ces deux expériences ne permettent pas de conclure à une panne générale de la plateforme BNA, mais elles confirment que l’accès n’a pas été fluide pour tous les demandeurs au lancement.
Un autre demandeur raconte avoir passé une journée avant de parvenir à déposer sa demande. Il découvre ensuite les pièces à fournir : attestation de travail, attestation de salaire et fiches de paie des trois derniers mois. Pour réunir le dossier, estime-t-il, « il faut une semaine ».
Les difficultés ne sont donc pas identiques d’une banque à l’autre et les témoignages recueillis ne peuvent être généralisés à l’ensemble du secteur. Ils prennent néanmoins une importance particulière parce que le dispositif donne la priorité à l’ordre d’arrivée.
Jusqu’où peut aller le contrôle bancaire ?
L’expression « crédit sur l’honneur » a pu laisser croire à une procédure beaucoup plus légère. Les documents consultés montrent que les banques continuent à examiner la capacité de remboursement.
La domiciliation irrévocable du salaire en est un exemple. Elle figure dans les exigences de plusieurs établissements, dont BH Bank. Elle ne constitue pas juridiquement une caution, mais permet à la banque de s’assurer que le revenu servant au remboursement transite par le compte concerné.
Pour les entreprises, les exigences peuvent aller beaucoup plus loin. La BTK réclame notamment les états financiers certifiés des trois derniers exercices, un état de trésorerie prévisionnel sur 24 mois, des informations sur les principaux fournisseurs et clients ainsi que le dossier juridique de l’entreprise. Le tout pour un crédit plafonné à 25.000 dinars.
Trois exercices certifiés et deux années de trésorerie prévisionnelle pour emprunter au maximum 25.000 dinars : la liste est particulièrement lourde pour un dispositif présenté comme devant faciliter l’accès au financement des PME. La banque peut invoquer la maîtrise du risque ; reste à savoir combien de petites entreprises seront en mesure de produire un tel dossier.
Le crédit est donc sans garantie, pas sans examen bancaire. Cela était d’ailleurs prévisible : supprimer les sûretés n’a jamais signifié obliger une banque à prêter sans apprécier le risque.
Une enveloppe de 142 millions de dinars au minimum
L’enjeu est loin d’être marginal. Les banques concernées doivent consacrer au moins 8 % de leurs bénéfices nets de 2025 au crédit sur l’honneur.
D’après les calculs que nous avons effectués à partir des résultats publiés par les banques, l’enveloppe minimale théorique atteint 142,269 millions de dinars. Au moins la moitié doit être réservée aux PME et aux sociétés communautaires.
Le nombre potentiel de bénéficiaires est donc limité par rapport au nombre de personnes susceptibles de demander ce financement et c’est ce qui rend le classement chronologique sensible.
La responsabilité ne peut pas être renvoyée uniquement aux banques. Elles appliquent leurs règles de gestion du risque, comme la circulaire les y autorise. Mais c’est la Banque centrale qui a organisé la procédure et retenu le principe du premier arrivé, premier servi sans imposer une liste uniforme de pièces.
Les premiers refus permettront de mesurer plus précisément les conséquences de ces différences. Les banques ont dix jours ouvrables pour répondre et doivent motiver leur décision. On saura alors si les écarts constatés depuis le 1er octobre concernent seulement la constitution des dossiers ou s’ils se retrouvent aussi dans les critères d’octroi.
Reste maintenant l’épreuve des refus. Les banques ont dix jours ouvrables pour répondre et doivent motiver leur décision. Après les différences dans les dossiers demandés, on pourra alors comparer les raisons invoquées pour dire non.
Synda Tajine















2 commentaires
Hannibal
Résultats attendus de l’histoire « d’amour » entre les banques faux-culs et le hors-sol populiste à deux millimes
L'internaute tunisien
Moi j’ ai eu ma douche froide en 5 secondes sur le site de la Zitouna, compte courant vieux de 12 ans, aucune pièce justificative demandée, seulement le Rib et le numéro de téléphone, et la réponse tombe immédiatement, Désolé vous n’êtes pas éligible, motif: catégorie du compte incompatible. Je suis salarié de la fonction publique pourtant et j’ai même eu ma voiture avec un prêt de cette même banque !!!