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Mohamed Yousfi, depuis sa cellule, défend l’indépendance de la presse

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Par Sarra Hlaoui

    Détenu à la prison de la Mornaguia, le journaliste Mohamed Yousfi a adressé un message aux participants du septième congrès électif du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), tenu le 8 octobre 2026. Dans cette lettre, rendue publique mardi 13 octobre 2026, il défend l’indépendance de la presse, dénonce les pressions exercées sur les journalistes et alerte sur la dégradation des conditions d’exercice du métier. Il réaffirme également son innocence dans l’affaire pour laquelle il est poursuivi et revendique son droit à un procès équitable.

    Dans son message adressé aux journalistes, Mohamed Yousfi souligne que la liberté de la presse ne saurait être dissociée de la liberté d’expression, de l’indépendance de la justice, du droit syndical et de la dignité humaine. Il estime que le SNJT ne constitue pas uniquement une structure professionnelle chargée de défendre les droits des journalistes, mais également une composante de la société civile indépendante et un acteur de la défense des libertés.

    « La presse n’est pas un métier soumis aux instructions »

    Le journaliste décrit un contexte politique, juridique et professionnel marqué, selon lui, par le recul des garanties démocratiques et la multiplication des restrictions visant les voix indépendantes. Il évoque la progression des poursuites judiciaires, des pressions sécuritaires et des campagnes de dénigrement, qui porteraient atteinte à la liberté de la presse, à l’indépendance des médias et au droit d’accès à l’information.

    Il affirme que ces atteintes ne concernent pas uniquement les journalistes, mais touchent également le droit des citoyens à disposer d’une information indépendante et pluraliste.

    « La presse n’est pas un métier soumis aux instructions, mais une profession indépendante et un contre-pouvoir chargé de révéler les vérités, de demander des comptes aux décideurs, de documenter les violations et de permettre aux différentes voix d’exprimer leurs opinions et leurs positions », écrit-il.

    Mohamed Yousfi déplore également que certains journalistes se retrouvent derrière les barreaux, tandis que d’autres quittent le pays pour échapper aux pressions et poursuivre leur travail dans un environnement plus sûr. Il dénonce, en outre, les tentatives d’instrumentalisation des médias publics et l’affaiblissement de leur indépendance.

    « Les médias publics n’appartiennent pas au gouvernement, mais à la société », rappelle-t-il, estimant que leur mission consiste à servir les citoyens dans toute leur diversité, et non à relayer les instructions ou à justifier les choix du pouvoir.

    Une journaliste contrainte de vendre des produits pour survivre

    Dans son message, le journaliste évoque une scène qui l’a particulièrement marqué depuis sa détention : celle d’une jeune consœur, autrefois présentatrice de journaux télévisés et animatrice d’émissions consacrées à l’actualité politique, économique et sociale, qui vend désormais des ustensiles ménagers, des équipements électroniques, des couvertures et des produits cosmétiques.

    Sans révéler son identité, Mohamed Yousfi décrit une situation qu’il juge révélatrice de la marginalisation des compétences journalistiques et de la précarisation du secteur.

    Il précise que son propos ne vise nullement à dévaloriser cette activité commerciale, qu’il considère comme un travail digne de respect. Il y voit plutôt le symptôme d’un environnement professionnel qui réduit les perspectives des journalistes, écarte les compétences et pousse certains à abandonner leur métier ou à s’éloigner de leurs fonctions initiales.

    Pour lui, les conséquences dépassent les difficultés individuelles et la dégradation des conditions de travail. Elles menacent la capacité de la presse à exercer sa mission de contrôle, à interroger les responsables et à éclairer les citoyens.

    « Je maintiens mon innocence et mon droit à un procès équitable »

    Revenant sur sa propre situation, Mohamed Yousfi affirme être détenu injustement à la prison de la Mornaguia dans une affaire qu’il considère comme infondée et motivée par des considérations qu’il conteste. Il maintient son innocence face aux accusations portées contre lui et réclame un procès équitable assorti de toutes les garanties légales.

    Il remercie les journalistes et les personnes qui lui ont témoigné leur solidarité, affirmant que leurs messages lui ont apporté un soutien important durant sa détention. Il assure que cette épreuve renforcera son attachement à la liberté de la presse, à l’indépendance éditoriale et à la dignité des journalistes, soulignant « l’indépendance de la ligne éditoriale est un honneur que je ne revendique pas, et un crime que je ne nie pas. »

    Le journaliste regrette de ne pas avoir pu assister au congrès du SNJT pour la première fois depuis 2011, année qu’il associe au rétablissement de l’indépendance syndicale et à l’élection de la défunte Nejiba Hamrouni à la tête du syndicat. Il salue également le travail du bureau exécutif, présidé par Zied Dabbar, notamment ses efforts en faveur des journalistes et de sa propre situation.

    Un appel à préserver l’indépendance du syndicat

    Au-delà de la situation de la profession, Mohamed Yousfi appelle les journalistes à préserver l’unité du syndicat, son indépendance décisionnelle et sa capacité à défendre l’ensemble de ses membres sans distinction. Il met en garde contre les tentatives de division et d’instrumentalisation de l’organisation syndicale.

    Évoquant l’engagement du journaliste et écrivain français Émile Zola dans l’affaire Dreyfus, il rappelle que la responsabilité de la presse ne se limite pas à rapporter les événements, mais implique également de dénoncer les injustices et de défendre les personnes dont les droits sont bafoués.

    En conclusion, il félicite les membres élus du nouveau bureau exécutif du SNJT et les appelle à poursuivre la défense de la liberté de la presse, de l’indépendance de la justice, du droit d’accès à l’information et des libertés individuelles et collectives.

    « La dignité du journaliste n’est pas dissociable de celle de l’ensemble des Tunisiens. La liberté de la presse n’est pas une revendication corporatiste réservée aux professionnels du secteur, mais un droit de toute la société et une condition essentielle à la construction d’une société libre et juste », conclut-il.

    S.H

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