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Viandes rouges : entre flambée des prix et défi de l’approvisionnement, le gouvernement prépare 2027

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Par Imen Nouira

    Comment assurer un approvisionnement suffisant du marché en viandes rouges à l’approche des grandes périodes de consommation, notamment le ramadan et l’Aïd el Kebir 2027, tout en maîtrisant les prix ? C’est l’un des principaux défis auxquels les autorités tunisiennes entendent répondre, alors que la production nationale demeure fragilisée et que la reconstitution du cheptel prendra plusieurs années.

    Cette problématique était au centre d’une réunion interministérielle tenue jeudi 29 octobre 2026, au siège du ministère de l’Agriculture, sous la présidence conjointe du ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzedine Ben Cheikh, et du ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, en présence de responsables des deux départements.

    Selon un communiqué publié vendredi 30 octobre 2026 par le ministère de l’Agriculture, les discussions ont porté sur la situation de la filière des viandes rouges, les difficultés structurelles auxquelles elle est confrontée et les mesures nécessaires pour garantir l’approvisionnement du marché national au cours des prochains mois.

    Les deux ministres ont également examiné l’état d’avancement du programme national de reconstitution du cheptel et les préparatifs spécifiques de l’Aïd el Kebir 2027.

    Anticiper les besoins du marché et préparer l’Aïd el Kebir 2027

    Les autorités entendent renforcer leur préparation aux grandes périodes de consommation, durant lesquelles la demande en viandes rouges augmente sensiblement. Parmi ces échéances figure le ramadan 2027, quoique le communiqué ne le mentionne pas expressément.

    L’Aïd el Kebir 2027 fait, en revanche, l’objet d’un programme national spécifique. Les deux ministres ont insisté sur la nécessité de garantir la disponibilité des moutons destinés au sacrifice, dans des conditions répondant aux besoins des citoyens et tenant compte de leur pouvoir d’achat.

    Dans ce cadre, la société Ellouhoum participera au programme de l’Aïd el Kebir 2027 ainsi qu’au programme national de reconstitution du cheptel, en collaboration avec l’Office des terres domaniales, l’Office national des fourrages et l’Office de l’élevage et des pâturages.

    Le communiqué ne précise toutefois ni les quantités de viandes rouges ou le nombre de moutons que les autorités envisagent de mobiliser, ni les modalités concrètes de participation d’Ellouhoum. Il ne fait pas non plus état d’un éventuel recours à l’importation pour compléter l’offre nationale.

    La question de l’approvisionnement avait pourtant été soulevée début octobre par Abderahmen Bejaoui, membre de la Chambre syndicale nationale des bouchers et président de la chambre régionale des bouchers à Bizerte, relevant de l’Utica.

    Dans une intervention sur Express FM, le 6 octobre 2026, il avait appelé à renforcer le rôle régulateur d’Ellouhoum, notamment à travers l’importation de viandes réfrigérées pour approvisionner le marché en période de forte demande, particulièrement à l’approche du ramadan. Il avait également préconisé, en cas d’insuffisance de l’offre nationale, le recours à l’importation de moutons vivants pour l’Aïd el Kebir.

    Prix, aliments pour bétail et circuits de distribution

    Au-delà de la disponibilité des viandes rouges, les discussions ont porté sur les facteurs qui influencent les coûts de production et les prix à la consommation. Les deux ministres ont notamment examiné la question de l’approvisionnement en aliments pour bétail, la détermination des coûts de revient et des prix de référence, ainsi que le renforcement des mécanismes d’accompagnement des éleveurs. Ils ont souligné la nécessité d’instaurer une relation de confiance avec les professionnels et de les encourager à poursuivre et à développer leurs activités, afin de préserver la pérennité de la filière.

    Les responsables ont également insisté sur le renforcement de la coordination entre les deux ministères pour mieux maîtriser les prix des viandes rouges et les circuits de distribution, améliorer la transparence des transactions et lutter contre les pratiques susceptibles de perturber le fonctionnement du marché ou d’influencer les prix.

    Des programmes d’action et de suivi devront être définis, avec des indicateurs d’évaluation précis, afin de renforcer la préparation des prochaines périodes de forte consommation.

    Ces orientations font écho aux préoccupations exprimées par les professionnels concernant le poids des intermédiaires et l’organisation des marchés aux bestiaux. Ces dysfonctionnements contribuent, selon eux, à renchérir les prix tout au long de la chaîne de commercialisation, de l’éleveur au consommateur.

    Reconstituer le cheptel, une réponse qui prendra plusieurs années

    Si l’approvisionnement du marché constitue une urgence à court terme, la reconstitution du cheptel demeure un chantier de plus longue haleine.

    Selon les données du ministère de l’Agriculture présentées en septembre 2026, le cheptel bovin productif national a reculé d’environ 20%, après plusieurs années marquées par la sécheresse, la raréfaction des ressources fourragères et l’augmentation des coûts de production.

    Pour inverser cette tendance, l’État a prévu un programme national de reconstitution du cheptel, intégré au plan de développement 2026-2030, avec une contribution directe estimée à environ 93 millions de dinars.

    Le programme vise notamment à reconstituer les effectifs, à améliorer la productivité des élevages, à renforcer les ressources fourragères locales et à préserver les jeunes femelles reproductrices.

    Il concerne principalement les bovins, mais prévoit également des interventions en faveur des petits ruminants, notamment les ovins et les caprins. La reconstitution du cheptel ovin constitue, à cet égard, un enjeu particulier pour l’approvisionnement du marché à l’approche de l’Aïd el Kebir.

    Pour les viandes rouges, l’objectif affiché est d’augmenter la production nationale de 17% pour atteindre environ 281.000 tonnes à l’horizon 2030, toutes catégories concernées.

    Mais cette reconstitution ne permettra pas de répondre immédiatement aux tensions sur le marché. En octobre, Abderahmen Bejaoui estimait qu’il fallait six à sept ans pour reconstruire un cheptel et retrouver les capacités de production perdues. La réussite du programme dépendra également de la capacité des éleveurs à maintenir leur activité dans des conditions économiques viables, alors que les représentants de la profession dénoncent régulièrement le décalage entre les coûts de production et les prix payés aux producteurs.

    Entre l’urgence d’approvisionner le marché pour les prochaines périodes de forte consommation et la nécessité de reconstruire durablement les capacités de production nationales, les pouvoirs publics doivent concilier deux impératifs dont les échéances sont très différentes. Reste à déterminer les moyens qui seront effectivement mobilisés pour répondre aux besoins immédiats, sans compromettre les efforts de reconstitution du cheptel.

    I.N.

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