Les augmentations salariales annoncées pour la période 2026-2028 peinent à convaincre. Derrière l’affichage politique d’un effort social, le sentiment dominant reste celui d’un décalage persistant entre les annonces et la réalité du portefeuille.
S’exprimant mardi 5 mai 2026 en marge du congrès de l’Union régionale du travail de Gafsa, le secrétaire général adjoint de l’UGTT, Slaheddine Selmi, a donné le ton : les hausses accordées demeurent en deçà des attentes dans un contexte marqué par une inflation tenace et une dégradation continue du pouvoir d’achat. Pour de nombreux Tunisiens, le salaire ne suit plus le rythme des prix, il le subit.
Une hausse qui fond avant même d’être perçue
Sur le papier, les mesures semblent structurées : programmation triennale, hausse de 5% dans le privé, augmentations échelonnées dans la fonction publique. Mais une fois passées au crible, leur portée réelle apparaît nettement plus limitée.
Comme l’expliquent plusieurs experts, dont le fiscaliste Mohamed Salah Ayari, l’augmentation brute est rapidement amputée par les cotisations sociales puis par l’impôt. Résultat : dans de nombreux cas, le gain net tourne autour de 70 dinars, indépendamment du niveau de salaire . Une somme modeste, souvent absorbée en quelques semaines par la hausse des prix.
Même constat du côté de l’ancien ministre et expert en droit du travail Hafedh Laâmouri : une augmentation de 120 dinars peut se traduire, in fine, par seulement 70 à 80 dinars nets. Autrement dit, une progression plus symbolique que transformative.
Une architecture complexe… et peu lisible
Au-delà de leur niveau, c’est aussi la conception même de ces augmentations qui interroge. Pour l’expert Hedi Dahmane, les textes publiés sont parmi « les plus ambigus et les plus complexes » de ces dernières années. Entre distinctions multiples (public, privé, retraités), modalités de calcul peu transparentes et intégration partielle au salaire, la lisibilité fait défaut.
Certaines hausses ne sont d’ailleurs pas incorporées au salaire de base et n’impactent ni les primes ni les avantages annexes. Une configuration qui limite mécaniquement leur effet réel et entretient la confusion chez les bénéficiaires.
Une stratégie sociale sous contrainte
Du côté des autorités, le choix d’une programmation sur trois ans répond à une logique claire : stabiliser le climat social et éviter les cycles de négociations à répétition. Une forme de “paix sociale à crédit”, qui offre de la visibilité sans pour autant garantir une amélioration tangible du niveau de vie.
Dans le privé, la hausse uniforme de 5% tente de ménager un équilibre fragile entre soutien au pouvoir d’achat et préservation d’un tissu économique dominé par des PME déjà sous pression. Mais là encore, l’effet inflationniste guette : certaines entreprises pourraient répercuter ces coûts sur les prix, annulant en partie le bénéfice pour les salariés.
Le pouvoir d’achat, variable sacrifiée
Au fond, le problème reste entier : une augmentation salariale ne vaut que par ce qu’elle permet réellement d’acheter. Or, dans un contexte de hausse continue des prix, de pression fiscale persistante et de stagnation des revenus, ces revalorisations ressemblent davantage à un ajustement minimal qu’à une véritable relance du pouvoir d’achat.
L’économiste Moez Soussi estime d’ailleurs qu’une hausse d’au moins 7% aurait été nécessaire pour simplement compenser l’érosion liée à l’inflation. Le seuil retenu apparaît donc insuffisant pour inverser la tendance.
Slaheddine Selmi appelle, dans ce contexte, à un dialogue social « réel et responsable ». Une formule qui sonne comme un rappel : sans concertation sincère et sans traitement structurel des déséquilibres économiques, les augmentations resteront des rustines visibles sur le papier, mais à peine perceptibles dans la vie quotidienne.
N.J











2 commentaires
Mhammed Ben Hassine
Augmentation en dessous ,en dessa vous n’avez rien à voire ce n’est plus de votre sort hélas
Tunisino
Augmentation salariales insuffisantes, c’est enfantin mais vrai, les nuls sont fidèles à leur nullité! Le temps est pour créer des emplois ou pour augmenter les salaires? L’Uggt contre l’action politique nulle du pouvoir par une réaction politique plus nulle, et que la Tunisie et les tunisiens aillent à l’enfer. Les traitres de l’après 2011 ont écrasé la Tunisie et les tunisiens par leur nullité et égoïsme. Les experts l’ont dit, les acteurs politiques tunisiens, médiocres et suicidaires, se sont comportés comme si la Tunisie est un pays établit alors qu’il a subit un soulèvement suite aux politiques nulles de développement.