Épisode 1 – Les étapes de l’immédiat
Dans certains pays, le temps est précieux. Chaque minute compte, chaque échéance est fixée, chaque retard se paie.
En Tunisie, le temps fait l’objet de réunions présidentielles.
Lundi, Kaïs Saïed a reçu sa cheffe du gouvernement et son ministre de l’Emploi pour examiner les « étapes franchies dans l’application » de la loi 18 sur le recrutement des diplômés chômeurs.
Les étapes franchies ! On croirait le récit d’une expédition dans l’Himalaya.
Sauf que le sommet à atteindre est une loi promulguée en décembre 2025, dont l’article 8 prévoit une entrée en vigueur « immédiatement ».
Immédiatement.
Un mot pourtant assez simple.
À Carthage, il semble désigner un processus autrement plus sophistiqué.
Première étape : prendre connaissance de la loi.
Deuxième : vérifier sa publication au Journal officiel. Chose faite depuis le 23 décembre 2025.
Troisième : découvrir que son application exige du travail.
Quatrième : réunir le gouvernement pour examiner les étapes précédentes.
Cinquième : annoncer que les étapes avancent.
Soyons justes, la loi prévoit des recrutements échelonnés sur trois ans. Mais dix mois après sa promulgation, on aurait aimé connaître le nombre de diplômés effectivement recrutés, plutôt que celui des étapes franchies et à franchir.
Une proposition : remplacer l’article 8 par « La présente loi entre en vigueur immédiatement, dès que les étapes nécessaires à son entrée en vigueur auront été franchies ».
En Tunisie, même l’immédiat doit attendre son tour.
Épisode 2 – Le peuple, sur rendez-vous uniquement
Pendant que Kaïs Saïed examinait les « étapes franchies » dans l’application de la loi 18, les diplômés chômeurs, eux, franchissaient les kilomètres. Partis de Menzel Bouzaiane, ils ont marché plusieurs centaines de kilomètres pour venir lui parler.
Mais à Borj Cedria, à la frontière du Grand Tunis, terminus.
Les étapes de la loi peuvent avancer, les chômeurs, non.
Le plus savoureux, c’est que le président consacrait une réunion aux problèmes de ces diplômés pendant que les principaux intéressés se voyaient refuser la possibilité de les lui exposer directement.
Pour parler des chômeurs, Kaïs Saïed est immédiatement disponible. Pour parler aux chômeurs, il remet à plus tard.
Il faut croire que les problèmes des chômeurs sont plus faciles à examiner en leur absence.
Pourtant, le chef de l’État adore rencontrer les petites gens.
Il multiplie les visites inopinées, souvent en pleine nuit, pour écouter leurs doléances.
Et, miracle de la spontanéité, les caméras sont souvent au rendez-vous.
Mais quand ces mêmes petites gens prennent l’initiative de venir à sa rencontre, après des centaines de kilomètres à pied, le président n’est plus disponible. Pire, l’une des marcheuses, Nouha Ouled Nasr, a été interpellée avant d’être libérée quelques heures plus tard.
La règle est finalement assez simple : le président peut aller vers le peuple, mais le peuple ne peut pas toujours aller vers le président.
Pour rencontrer Kaïs Saïed, mieux vaut donc rester chez soi et attendre une visite inopinée. Avec un peu de chance, les caméras arriveront avant lui.
On vient donc d’apprendre qu’une loi peut nécessiter plusieurs étapes pour être appliquée, même lorsqu’elle prévoit une entrée en vigueur immédiate. Il nous reste maintenant à découvrir les étapes à franchir pour rencontrer le président de la République.
Une chose est sûre : parcourir des centaines de kilomètres à pied, franchir des dizaines d’étapes et venir réclamer l’application d’une loi de la République ne suffisent manifestement pas.
En Tunisie, les lois ont leurs étapes. Les chômeurs ont leurs barrages. Et le président choisit qui peut franchir les siens.
Épisode 3 – Le crédit à taux zéro, l’espoir à durée limitée
Il fallait voir l’enthousiasme ! Un crédit à taux zéro, sans garantie, pour aider les Tunisiens à financer leurs projets. La communication était généreuse, les annonces prometteuses et les candidats déjà prêts à changer de vie. Il ne manquait plus que l’argent.
L’espoir a été immédiat. La désillusion aussi.
Dès le 1er octobre, dans plusieurs banques, les enveloppes disponibles étaient déjà épuisées.
Pour le crédit, en revanche, il faudra repasser. Plus tard.
Sur les réseaux sociaux, les candidats malheureux déversent leur colère sur les établissements bancaires.
On les accuse d’avoir vendu du rêve, organisé une mascarade et distribué de faux espoirs.
Les pauvres banquiers ! Pour une fois qu’ils peuvent répondre qu’ils n’ont plus d’argent à prêter sans mentir, personne ne veut les croire.
Prenons la BH Bank, l’une des grandes banques publiques du pays. Son enveloppe minimale permet théoriquement de financer 318 particuliers et 63 entreprises, en supposant que chacun emprunte le montant maximal prévu.
La STB, autre mastodonte public, fait un effort supplémentaire : 527 particuliers et 105 entreprises.
Quelle ambition nationale ! Vingt-quatre gouvernorats, des centaines de milliers de demandeurs potentiels et, à la BH, de quoi satisfaire treize particuliers par gouvernorat en moyenne.
À condition, bien entendu, que les candidats aient la délicatesse de se répartir équitablement sur le territoire.
On aurait dû organiser un tirage au sort télévisé. Avec un huissier de justice, un tambour et des applaudissements. Au moins, les perdants auraient eu droit à une soirée de divertissement.
Car le véritable problème est ailleurs. Le dispositif prévoyait dès le départ des enveloppes limitées, calculées à partir des bénéfices des banques. Il ne promettait nullement un crédit à chaque Tunisien qui en ferait la demande.
Mais dans l’enthousiasme de la communication, cette petite précision comptable semble avoir perdu la bataille contre les grandes espérances.
Résultat : les banques encaissent les insultes pour une pénurie qui n’a rien d’accidentel.
Elles ont ouvert le robinet, certes, mais personne n’avait pris la peine d’expliquer au public que le réservoir était minuscule.
Il faut croire que, là aussi, les étapes ont été soigneusement respectées : d’abord faire rêver les Tunisiens, ensuite les faire patienter, enfin leur expliquer qu’il n’y a plus rien à distribuer.
On nous avait annoncé une fontaine publique.
On découvre un verre d’eau, accompagné d’un formulaire, de trois bilans certifiés et d’un plan de trésorerie.
En Tunisie, le crédit est à taux zéro.
Le taux de déception, lui, ne connaît aucun plafond.











5 commentaires
philobog1
Honneur ou horreur…
Chez nous, c’est bien connu, les banques financent avant tout les garanties, bien plus que les projets
Déjà le mot « crédit » leur donne de l’urticaire. Alors un crédit « d’honneur » sans garantie ni intérêt c’est pour elles l’horreur absolue
C’est pourquoi, profitant du vide laissé à ce sujet, en lieu et place des garanties, elles ont demandé de fournir une paperasse pléthorique, différente selon les banques.
Je serais curieux de savoir, au final, combien de crédits « d’honneur » ont été accordés et le montant total
Hannibal
C’est un chômeur de longueur durée, docteur en vie sociale des fourmis, qui a écrit le texte de cette loi ou quoi ?
Quand est-ce qu’on va comprendre que la gouvernance actuelle est basée sur une triptyque à rendement 0, nul, néant, nada :
– Faire du vent
– Faire croire
– Jeter de la poudre aux yeux
Pour garder les postes, les avantages, les combines, les intérêts personnels immédiatement, plus tard et tout le temps en misant sur une intelligence à taux zéro ?
Fares
Ceux qui croient encore aux promesses d’un 🐢🤥sont de vrais 🐴. Ces manifestants sporadiques n’iront pas trop loin et n’atteindront jamais la destination finale 🏰. Il faut une coordination à l’échelle nationale sur les réseaux si vous voulez, changer la situation désastreuse de la Tunisie. Quand au type, il ne fait plus partie de l’équation, le peuple tunisien ne s’attend plus rien de lui, sauf peut être une démission ou une fuite vers Téhéran ?
Fool me once shame on you, fool me twice shame on me.
اناديكم https://youtu.be/ZoDtbVvGn58?si=m3dUxzUC-MHhcsQ4
Mhammed Ben Hassine
[Faire rêver les Tunisiens, ensuite les faire patienter]
Compagne explicative trop riche en experts qui nous on bombarder d’explications comme si ils étaient réellement experts mais des intruts,ils ont tous tous tous expliquer jusqu’à rendre les choses comme certitude mzus l’essentiel ils l’ont oublié des prétendu experts
Mhammed Ben Hassine
On les accuse d’avoir vendu du rêve, organisé une mascarade et distribué de faux espoirs.
Mais c’est quoi se délire be me dites pas sue les banques ont décidé de distribuer de prêter à taux 0
Mais qu’est ce qu’ils ont dans le crânes ses gens