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Aram Belhadj : la Tunisie paie l’absence d’anticipation et risque l’effondrement sans changement de cap

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Par Imen Nouira

    L’économiste Aram Belhadj dresse un constat particulièrement sombre de la situation en Tunisie. Pointant l’absence de vision stratégique, d’anticipation et de politiques publiques efficaces, il estime que les difficultés actuelles sont le résultat de dysfonctionnements accumulés et met en garde contre une dégradation encore plus sévère dans les prochaines années. Face au risque d’effondrement qu’il redoute, il appelle notamment à la création d’une cellule de crise et avance plusieurs mesures urgentes dans le secteur de l’électricité.

    Dans un post publié mercredi 22 juillet 2026 sur Facebook, le docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, livre une analyse particulièrement critique de la situation du pays. « Ce que nous vivons aujourd’hui est le résultat inévitable de l’absence de pensée stratégique et d’anticipation des changements, et donc de l’absence de politiques publiques efficaces », affirme-t-il.

    L’économiste considère que les difficultés observées actuellement risquent de s’aggraver si les mêmes causes persistent. « Ce que nous vivrons demain sera plus dur et plus pénible que la réalité amère que nous vivons aujourd’hui, et pour les mêmes raisons », prévient-il.

    Selon lui, toutes les données disponibles pointent vers une « réalité amère » : l’économie tunisienne risque de s’effondrer dans les prochaines années sous l’effet de l’accumulation progressive de plusieurs déséquilibres.

    Aram Belhadj cite notamment un déficit d’investissement qui s’est creusé au fil des années, des distorsions au niveau des prix et une gouvernance qu’il qualifie de défaillante. À ces facteurs internes viennent s’ajouter, souligne-t-il, les chocs extérieurs successifs auxquels le pays a été confronté.

    Une cellule de crise et la sécurisation de l’approvisionnement électrique

    Face à ce diagnostic, Aram Belhadj présente une série de mesures qu’il juge nécessaires pour éviter ce qu’il qualifie d’« effondrement inévitable ». Dans l’immédiat, il appelle à la création d’une cellule de crise multisectorielle placée sous la supervision des plus hautes autorités du pays.

    Il estime également indispensable de garantir une alimentation électrique continue, qui ne soit pas soumise aux délestages, particulièrement pour les infrastructures et services vitaux. Cette sécurisation devrait, selon lui, être menée en coordination avec les pays voisins.

    Aram Belhadj demande parallèlement de poursuivre et de généraliser la publication préalable des calendriers de coupures programmées. Sur ce volet, l’économiste se montre particulièrement critique à l’égard de la communication autour des perturbations, appelant à davantage de transparence et à mettre fin, selon ses propres termes, aux « mensonges, contre-vérités et manœuvres dilatoires ».

    Cette demande intervient alors que les délestages qui se succèdent depuis plusieurs jours ont des répercussions de plus en plus visibles sur l’activité économique. La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) a alerté, vendredi 17 juillet, sur les pertes directes et indirectes occasionnées aux entreprises par les arrêts de production, les ralentissements d’activité et les dommages subis par les équipements industriels, électriques et électroniques. L’organisation estime que ces perturbations pèsent également sur la productivité, la compétitivité des entreprises et le climat d’investissement.

    La Conect avait elle aussi pointé le manque de précision des informations diffusées sur les zones concernées par les délestages, leurs horaires et leur durée prévisionnelle, estimant que cette imprévisibilité empêche les entreprises de s’organiser et de prendre les mesures nécessaires pour limiter leurs pertes.

    Les professionnels de la restauration ont formulé des préoccupations similaires. Le président de la Chambre nationale des restaurants, Islam Chaâbane, a alerté mardi 21 juillet sur les pertes de denrées périssables provoquées par les interruptions d’électricité et les ruptures de la chaîne du froid. Il a également évoqué les risques de dommages aux équipements électriques et réclamé des horaires précis de délestage afin que les professionnels puissent adapter leurs achats et leur activité.

    Les conséquences de la crise électrique dépassent par ailleurs le seul fonctionnement des entreprises. À la Sonede, les stations de pompage ont enregistré entre 700 et mille interruptions quotidiennes de leur alimentation électrique durant les journées des 14 et 15 juillet. Chaque arrêt des équipements peut affecter le remplissage des réservoirs et provoquer des perturbations de la distribution de l’eau pendant plusieurs heures, y compris après le rétablissement du courant.

    La question des capacités de production est également posée. Elyes Ben Ammar, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’UGTT, a estimé que les capacités disponibles ne parvenaient plus à suivre la demande et que les difficultés actuelles résultaient de plusieurs années de retards. Selon les chiffres qu’il a avancés, 1.750 mégawatts de capacités renouvelables devaient être disponibles à l’horizon 2025, alors qu’environ 250 mégawatts auraient effectivement été réalisés.

    La Steg a, de son côté, expliqué que la vague de chaleur exceptionnelle avait entraîné une forte augmentation de la consommation d’électricité, notamment en raison de l’utilisation massive des climatiseurs. Sa directrice commerciale et marketing, Hend Ennaifer, avait fait état d’une hausse d’environ 30% de la consommation durant les heures de pointe et de capacités de production disponibles avoisinant les 5.000 mégawatts.

    « Vérité des prix », dettes de la Steg et nouvelles capacités de production

    Au-delà de la gestion immédiate de la crise, Aram Belhadj appelle à engager plusieurs réformes à moyen terme.

    Il préconise d’abord une évolution progressive vers la « vérité des prix », particulièrement pour les gros consommateurs. Il appelle également à procéder à un règlement global, transparent et annoncé des dettes croisées entre l’État et la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg).

    L’économiste insiste parallèlement sur la nécessité d’accélérer de manière décisive l’entrée en exploitation des projets d’énergies renouvelables afin d’augmenter les capacités disponibles.

    Cette orientation rejoint certaines des pistes avancées par la Conect, qui a appelé à encourager les investissements dans les énergies renouvelables, à développer les capacités de stockage de l’énergie, à renforcer les programmes d’efficacité énergétique et à promouvoir une meilleure maîtrise de la consommation et de la demande en électricité.

    Aram Belhadj va toutefois plus loin en proposant d’élargir l’ouverture de la production électrique aux producteurs indépendants. Cette possibilité ne devrait pas, selon lui, rester cantonnée aux énergies renouvelables, mais être étendue à la production conventionnelle d’électricité.

    Pour l’économiste, ces différentes mesures ne constituent pas un programme exhaustif de réforme, mais le seuil minimal d’intervention nécessaire face aux difficultés actuelles. « C’est le minimum requis », conclut-il, pour éviter le scénario d’effondrement qu’il redoute.

    I.N.

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    2 commentaires

    1. A4

      Répondre
      22 juillet 2026 | 21h54

      Réponse de Carthage: tout ceci n’est qu’un complot !
      Nos valeureux juges vont bientôt lancer une enquête judiciaire pour jeter en prison les comploteurs qui ont mis la consigne de la température à 50 degrés !
      Pour le reste tout est parfait: nous avons le meilleur président, le meilleur gouvernement, la meilleure administration, la meilleure politique économique et sociale et la meilleure STEG de la planète !!!

    2. le financier

      Répondre
      22 juillet 2026 | 15h31

      Depuis des annnes je critiquais la ministre incompetente de l energie qui a été renvoyer et pas remplacé … il n y a plus personne a la barre …
      Le pb de la tunisie est que sous l ere Said aucun investissement énergétique conssquent n a ete fait , et comme les investissement d hier sont la croissance d aujourd’hui , il y aura peu ds croissance de son incompetence . Le tunisien se reveille quand il va encore en chier encore pour 5ans

    Répondre

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