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Coupures d’électricité : Kaïs Saïed préfère le soupçon aux solutions

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Service IA, Business News

Par Raouf Ben Hédi

    Depuis le 12 juillet, les Tunisiens vivent au rythme des coupures d’électricité. Après plus de dix jours de silence, Kaïs Saïed a enfin réuni les principaux responsables concernés. Mais face à une crise dont les causes techniques, financières et structurelles sont connues, le président de la République a choisi de parler de phénomènes « anormaux », de citoyens que certains chercheraient à maltraiter et d’une situation que l’on voudrait attiser. Il ordonne également l’arrêt immédiat des coupures interminables, comme si une injonction présidentielle pouvait créer les mégawatts qui manquent au réseau. Une nouvelle fois, le soupçon prend la place des solutions.

    Il aura fallu attendre plus de dix jours de coupures, des milliers d’activités perturbées, des marchandises détruites, des patients mis en danger et une colère devenue générale pour que la crise de l’électricité atteigne enfin le palais de Carthage.

    Mercredi 22 juillet 2026, Kaïs Saïed a réuni le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Salah Zouari, également chargé par intérim de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, le ministre de l’Agriculture, Ezzeddine Ben Cheikh, ainsi que les directeurs généraux de la Steg, de la Sonede et de la Protection civile.

    Le communiqué rendant compte de cette réunion a été publié jeudi à 4 h 33 sur la page Facebook de la présidence.

    Des phénomènes « anormaux »

    D’après Carthage, Kaïs Saïed a affirmé suivre « heure par heure » la situation dans toutes les régions du pays. Il a surtout estimé que « les coupures d’eau et d’électricité, ainsi que les incendies, constituent des phénomènes anormaux ».

    Le président a ajouté que « l’État ne restera pas les bras croisés face à tous ceux qui cherchent à maltraiter les citoyens et à attiser la situation ».

    Ces mots installent clairement le soupçon. Sans identifier les personnes visées ni présenter d’éléments matériels, le communiqué associe les incendies, les coupures d’eau et les coupures d’électricité à l’action de ceux qui chercheraient délibérément à nuire aux Tunisiens.

    À propos des incendies, Kaïs Saïed a d’ailleurs affirmé qu’ils « ne sont pas le fruit du hasard » et appelé à faire échouer les tentatives de « maltraitance », « quelle qu’en soit la source et quelle que soit leur intensité ».

    Certains incendies peuvent naturellement être criminels. Cela doit être établi par les enquêtes, au cas par cas. Leur multiplication en pleine canicule ne suffit toutefois pas, à elle seule, à démontrer l’existence d’une action coordonnée. Les feux sont récurrents en cette période de l’année en Tunisie comme ailleurs dans le bassin méditerranéen et dans le monde. On se rappelle encore des incendies spectaculaires qui ont ravagé l’année dernière Los Angeles.

    Surtout, les délestages ne constituent pas un phénomène mystérieux. Leur mécanisme et leurs causes ont été expliqués à plusieurs reprises par la Steg, les experts et le syndicat du secteur.

    Une crise déjà expliquée

    Lorsque la consommation dépasse la production disponible, la Steg coupe temporairement l’alimentation de certaines zones afin de réduire la demande et d’éviter l’effondrement général du réseau.

    La chaleur extrême et l’utilisation massive des climatiseurs ont fait bondir la consommation pendant les heures de pointe. À cela se sont ajoutées l’insuffisance des capacités disponibles et une diminution des importations d’électricité depuis l’Algérie.

    La jour même de la réunion de Carthage, la Fédération générale de l’électricité et du gaz avait elle-même présenté le délestage comme une décision « purement technique », destinée à éviter un black-out national.

    Elle a également affirmé que la crise résultait de plus de dix années de politiques énergétiques défaillantes. Selon elle, les directions successives de la Steg avaient alerté les autorités sur le déficit prévisible de production et plusieurs projets de centrales étaient restés bloqués pendant des années.

    La situation financière de la compagnie est tout aussi connue. Le 23 juin 2026, la Steg indiquait devant le Parlement que son endettement atteignait 7,36 milliards de dinars et que les factures impayées par ses clients, dont plusieurs établissements publics, s’élevaient à 6,06 milliards.

    Les causes sont donc identifiées : consommation exceptionnelle, insuffisance de la production disponible, investissements retardés, fragilité du réseau et asphyxie financière de la Steg. La canicule a déclenché la crise, mais elle n’a pas créé ces défaillances.

    Une injonction ne produit pas de mégawatts

    Kaïs Saïed est également revenu sur les coupures d’eau et d’électricité qui, dans plusieurs régions, se sont prolongées pendant plus de 24 heures. « Il faut y mettre fin immédiatement », a-t-il exigé.

    L’injonction est spectaculaire, sauf qu’elle ne constitue pas une solution technique. Si le délestage est nécessaire pour empêcher l’effondrement du réseau, il ne peut cesser durablement que si la production augmente, si la consommation diminue ou si de nouvelles capacités deviennent disponibles. S’il s’agit d’une panne provoquée par la surcharge d’un équipement, il faut réparer cet équipement.

    Un ordre présidentiel ne produit pas d’électricité, ne remet pas une centrale en service et ne répare pas un transformateur.

    Kaïs Saïed a toutefois raison lorsqu’il insiste, selon le communiqué, sur « la nécessité d’informer les citoyens à l’avance et de choisir un horaire approprié pour la coupure » lorsque celle-ci est imposée par une nécessité technique.

    Depuis le début de la crise, la communication de la Steg est défaillante. Ses calendriers évoquent souvent des gouvernorats entiers sans préciser les quartiers concernés, les horaires exacts ni les durées prévisionnelles. Une telle information ne permet pas aux particuliers et aux professionnels de prendre leurs dispositions.

    Certains délestages sont peut-être décidés en temps réel et difficiles à prévoir. Dans ce cas, la Steg doit l’expliquer et indiquer clairement ce qui peut être anticipé et ce qui ne peut pas l’être.

    Un secteur stratégique toujours sans pilote

    Pour le reste, le communiqué de Carthage n’annonce aucune mesure destinée à augmenter la production, débloquer les projets retardés, améliorer la situation financière de la Steg ou accélérer le développement des énergies renouvelables.

    Il ne met pas davantage fin à l’intérim à la tête du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Depuis le limogeage de Fatma Thabet Chiboub en avril, le portefeuille est géré provisoirement par le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Salah Zouari.

    Cette vacance était déjà difficilement compréhensible dans un pays confronté à une dépendance énergétique croissante. Elle devient aberrante lorsque les délestages paralysent l’économie, menacent la chaîne du froid et exposent les patients tributaires d’équipements électriques.

    La nomination d’un ministre compétent, doté d’une vision, d’une autorité et d’une feuille de route, dépend directement du président de la République. Kaïs Saïed pouvait profiter de la réunion de mercredi pour combler cette vacance et replacer l’énergie au sommet des priorités de l’État. Il ne l’a pas fait.

    Le soupçon à la place des solutions

    Après avoir tardé à s’emparer du problème, Kaïs Saïed ordonne donc aux coupures de cesser et dirige l’attention vers des phénomènes « anormaux » et ceux qui chercheraient à « attiser la situation ».

    C’est désormais un réflexe présidentiel. Chaque fois que le pays affronte une crise, les causes concrètes finissent par s’effacer derrière des ennemis jamais nommés, des intentions jamais démontrées et des complots dont les contours restent toujours indéfinis.

    Cette fois encore, le soupçon permet d’éviter les questions qui dérangent : pourquoi les capacités de production n’ont-elles pas suivi la consommation ? Pourquoi les projets annoncés sont-ils restés bloqués ? Pourquoi la Steg croule-t-elle sous les dettes et les impayés ? Et pourquoi un secteur aussi stratégique reste-t-il sans ministre de plein exercice ?

    Les causes de la crise sont pourtant connues. Les solutions possibles le sont également. Ce qui manque encore, ce ne sont ni les explications ni les alertes. Ce sont les décisions, dont certaines ne dépendent que du président de la République. Sauf que voilà, Kaïs Saïed préfère l’injonction à la décision, la thèse du complot à l’examen des causes et le soupçon aux solutions.

    Raouf Ben Hédi

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    11 commentaires

    1. HatemC

      Répondre
      23 juillet 2026 | 18h16

      En qualifiant les coupures de phénomènes « anormaux » et en évoquant des gens qui cherchent à « porter préjudice » ou « attiser les tensions », Kaïs Saïed transforme une faillite d’infrastructure (manque d’investissements depuis des années, réseau à bout de souffle) en une affaire de sabotage ou de complot.

      La fuite en avant :
      Traiter une panne d’électricité ou un sous-investissement chronique par des poursuites judiciaires n’a jamais produit un seul mégawatt.

      En cherchant un « complot » plutôt qu’en réglant les causes profondes (ouverture au solaire, fin de la bureaucratie, investissements dans le réseau), l’État privilégie la recherche d’un bouc émissaire politique.

      Tant qu’on traitera une crise d’ingénierie lourde avec des théories du complot, le problème physique (le manque de courant) restera entier l’été suivant.

    2. LOL

      Répondre
      23 juillet 2026 | 16h24

      Ah, la fameuse perfection technologique des régimes autoritaires ! Les hôpitaux manquent de tout, les écoles tombent en ruine et le citoyen lambda galère pour le strict minimum… mais les serveurs informatiques et les réseaux de surveillance ne subissent jamais la moindre panne ! Les commissariats et les banques non plus. Et notre grand chef ne doit pas souffrir de la canicule : lui et les siens ont tous la clim ! Le reste, le fameux « peuple », n’est que détail. L’année prochaine, ce sera encore un peu pire. Surtout, n’évoluez pas ! Rien à réparer, rien à investir, puisque tout ça, c’est la faute au grand méchant loup dans l’ombre qui veut maltraiter les Tunisiens… LOL, LOL, LOL, je ris jaune, mais c’est bien triste !

    3. le financier

      Répondre
      23 juillet 2026 | 15h49

      Que l idiot du village prenne le pouvoir est un fait mais que le village entier prefere voir les grand parent mourir faute d oxygene , que les soeurs bloquèes dans les ascenseurs et la seule reaction des pseudo hommes ds tunisie c est de squatter les cafès ou de fuir la tunisie avec diplome ou sans diplome a la nage est le vrai probleme de ce pays .
      Ce peuple sera remplacè par un peuple meilleur et sans doute du sahel qui auront eux le courage de degager ce mediocre

    4. Toujours aussi Kon Qômme plot, le RoboKoupe ZanzanadicK Head of the zagafous à lier...

      Répondre
      23 juillet 2026 | 14h06

      – Une production électrique tunisienne toujours aussi essentiellement dépendante des importations en énergies fossiles (et c est pas demain la veille pour le nucléaire civil, le solaire, l’éolien et autre courants maritimes en bonne et due substantielle forme tunisienne souveraine, indépendante et autodéterminante…).

      – Un incontournable détroit d’Hormuz toujours plus Qômgestionné faisant s’envoler cruellement les prix.

      – Un prêt de 750 millions d’euros Kontracté véreusement par le régime zaifounique naoufélon parjurant poutschique aux alentours de 2022…et à rembourser d’ici juillet 2026 en dernier échéance.

      – À payer en devises étrangéres bien sûr.

      – Devises toujours plus que limitées et Krecendo en Tunisie satrapisée (…jusqu’à nécessiter d’autres emprunts pour seulement parvenir à rembouser péniblement ainsi les dettes!).

      – Rembourser les dettes priment sur l’achat des combustibles.

      Résultats ?

      Une production d’électricité insuffisante pour le pays aux heures de pointe.

      Garder le beau rôle et mettre en prison « les responsables Stegeulasses » tout en refusant (parce que inKapable !) d’allouer les fonds adéquats.

      Plus de jus ni d’eau ni de gaz ni d air mais une économie avec tout un peuple enKore plus brûlés au 25.07 ème degré.

      Bref.

      « StaKa, bhema, chmeta, felssa wa mizra » à dessein côté RoboKoupe imamatriKulé QômcepSion usrahellienne antidémocratique contre-révolutionnaire et son Karteron de généraux françalgériatriKS Qômplices.

      Plus aucuns soupçons ni aucunes solutions concernant toute cette Klique hypoKrite roboKoupeuse d’électricité :

      QUE DEGAGE LE ZANZANADICK HYPOKRITE REGIME ZAIFOUNIK PARJURANT POUTCHIK NAOUFELON KRIMINEL QÔMPLICE !

      QUE TOUTE CETTE ENGEANCE LA PLUS KRIMINELLE ET INCOMPÉTANTE DE L HISTOIRE DE CE PAYS DEBARRASSE LE PLANCHER DU SOL AU ZAGAFOND !

      REDDITION ENTIERE DES COMPTES SANS OUBLI NI CLEMENCE PAT TOUT CE REGIME AUSSI TRIPLEMENT ILLEGITIME QUE TRIPHASÉ DEPHASÉ DE HAUT VOL(TAGE) !

      https://m.youtube.com/watch?v=dk4P0ae1i6I&pp=ygUTcm9ib2NvcCBlbGVjdHJpZmllZA%3D%3D

      https://m.youtube.com/watch?v=uoW4Wj80B_4&list=RDuoW4Wj80B_4&start_radio=1&pp=ygUSc292ZXJlaWduIGthdmluc2t5oAcB

      https://m.youtube.com/shorts/TXNovNSNP0w

    5. Citoyen_H

      Répondre
      23 juillet 2026 | 13h04

      BIEN PARLÉ, Mr le PRÉSIDENT

      On est cerné par les crapules et la racaille !

    6. Tunisino

      Répondre
      23 juillet 2026 | 12h54

      1. Le président est un bac+6, mais il ne comprend rien aux chiffres et à la gestion, car il est un littéraire. C’est peut être la machine éducative qui est à blâmer, pourquoi les littéraires sont faibles en mathématiques?
      2. Le président a passé 39 ans comme assistant au supérieur sans avancer en grade (il a raté 3 grades), car il est sans rêve. Pourquoi il se permet de se présenter à la présidence avec un échec professionnel?
      3. Le président est devenu président car Ghannouchi l’a poussé à la présidence, pour la tuer. Pourquoi il s’est permis d’être exploité, par ignorance ou par opportunisme?
      4. Le président ne peut pas aider la Tunisie car il n’a ni l’intelligence, ni les compétences, ni la volonté pour servir les tunisiens.
      On restera dans le même barbotage, sans que la Tunisie prenne les rails du progrès durable. Bourguiba est fini par vieillesse, il a été éjecté par Ben Ali. Ben Ali est fini par corruption, il a été éjecté par un soulèvement. Ghannouchi est fini par traitrise, il a été éjecté par Saied. Saied est fini par incompétence, il sera éjecté par X ou un soulèvement. Espérons qu’à un certain moment, quelqu’un de bien atteigne le pouvoir et mette la Tunisie sur les rails du progrès durable, pour qu’elle devient durablement un pays avancé, dans quelques dizaines d’années.

    7. Hannibal

      Répondre
      23 juillet 2026 | 10h56

      Imaginez si ce personnage était le pilote d’un avion

      • 1/3i

        Répondre
        23 juillet 2026 | 11h36

        C’est pas comme s’il n’avait tous les pouvoirs depuis 5 ans.

        Tout le monde savait que ça allait arriver. Mais laisser la catastrophe arriver est son mode de fonctionnement. Cela permet d’abrutir toujours plus les adorateurs du foin carthaginois.

        Combien la Tunisie va t elle perdre en recettes fiscales, annulation de touristes, baisse de l’activité économique…

        Je cache la vérité à les clients français. Je leur vend un savoir faire tunisien supérieur à la France, tout en le battant pour produire, et réparer les pannes de machines à cause de ces coupures.

        Et qui va payer les salaires pour toutes ces heures non travaillées…

      • Hannibal

        Répondre
        23 juillet 2026 | 11h44

        Petite leçon d’analyse technique et de pragmatisme pour ce personnage (je perds mon temps je sais) : voir mon commentaire de l’article suivant :

        https://businessnews.com.tn/2026/07/22/la-steg-annonce-de-nouveaux-delestages-de-18-heures-a-22-heures-dans-plusieurs-regions/1411351/

    Répondre

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