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Concessions photovoltaïques : Fennira défend un choix « indispensable » malgré la polémique

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Par Imen Nouira

    Face à un système énergétique sous pression et à la menace de coupures pouvant affecter jusqu’à un million de Tunisiens cet été, les projets de centrales photovoltaïques, adoptés dans un climat de vive polémique sur la souveraineté énergétique, ont été défendus par le député Mohamed Ali Fennira comme une réponse nécessaire à un déficit énergétique de 65%.

    Une dépendance énergétique jugée “insoutenable”

    Le député Mohamed Ali Fennira, rapporteur de la Commission de l’industrie et de l’énergie à l’Assemblée des représentants du peuple, a défendu, mercredi 29 avril 2026, l’adoption de cinq projets de loi relatifs à des concessions pour des centrales photovoltaïques, les présentant comme une réponse nécessaire à la fragilité structurelle du système énergétique tunisien.

    Intervenant par téléphone au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, l’élu a dressé un constat sans détour : la Tunisie fait face à un déficit énergétique de l’ordre de 65%, sa production nationale ne couvrant qu’environ 35% de ses besoins. « Nous sommes dans une situation de dépendance énergétique, on ne peut plus parler d’indépendance », a-t-il insisté.

    Dans ce contexte, il a souligné que les projets adoptés permettront d’ajouter une capacité de 600 mégawatts, soit environ 6,6% de la consommation nationale d’électricité. Une contribution qu’il inscrit dans une stratégie plus large visant à porter la part des énergies renouvelables à 35% de la production électrique à l’horizon 2030. Sans remettre en cause le rôle du gaz naturel, il a insisté sur la nécessité de ne plus en faire « la seule ressource » du mix énergétique.

    Un système sous pression à l’approche de l’été

    Au-delà des perspectives structurelles, le député a également alerté, quelques jours auparavant, sur les tensions immédiates pesant sur le réseau électrique. Lors d’une précédente intervention, il a évoqué le risque que près d’un million de Tunisiens subissent des coupures tournantes d’électricité durant les périodes de forte consommation estivale en 2026, notamment l’après-midi, comme cela avait déjà été observé l’année précédente.

    Cette alerte s’inscrit dans un contexte marqué par une hausse de la demande, liée notamment à l’utilisation massive des climatiseurs, une dépendance persistante au gaz naturel importé et des capacités nationales limitées, renforçant la vulnérabilité du système.

    Des économies attendues et un financement sous contrainte

    Mohamed Ali Fennira a également mis en avant les retombées financières attendues, estimant que ces projets permettraient à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) de réduire d’environ cinquante millions de dinars par an ses importations de gaz naturel.

    Abordant la question des investisseurs, il a reconnu que les appels d’offres, bien qu’ouverts aux opérateurs tunisiens, n’ont attiré que des acteurs étrangers. Il a expliqué cette situation par les contraintes du financement local, évoquant des taux d’intérêt compris entre 9% et 10% ainsi que des durées de remboursement limitées à douze ans en Tunisie, contre un maximum de 4% à l’étranger.

    Des conditions qui, selon lui, empêchent les investisseurs nationaux de se positionner sur des projets nécessitant des capitaux importants. À titre d’exemple, il a indiqué qu’une centrale de cent mégawatts nécessiterait un investissement compris entre 250.000 et 300.000 dinars.

    Contestations et lignes de fracture

    Face aux critiques, notamment celles exprimées par certains syndicats de la Steg, le député a relativisé la portée des contestations, les rapprochant de mouvements déjà observés lors de précédentes stratégies énergétiques. « Personne n’est prêt à mettre en échec cette stratégie énergétique », a-t-il affirmé, tout en distinguant ces mobilisations des positions exprimées par certains députés opposés aux textes.

    Une adoption en plénière sous tension

    L’intervention de Mohamed Ali Fennira intervient au lendemain d’une séance plénière tenue mardi 28 avril 2026, au cours de laquelle l’Assemblée des représentants du peuple, présidée par Brahim Bouderbala, a adopté les cinq projets de loi portant sur des concessions pour des centrales photovoltaïques dans plusieurs régions du pays.

    Ces textes s’inscrivent dans une stratégie visant à accélérer la transition énergétique, réduire la dépendance au gaz importé et alléger la pression sur les finances publiques.

    Mais cette adoption s’est déroulée dans un climat particulièrement tendu, marqué par une vive polémique sur les réseaux sociaux, où certains ont dénoncé un « colonialisme énergétique » et une atteinte à la souveraineté nationale.

    Souveraineté, conflits d’intérêts et critiques économiques

    Au sein de l’hémicycle, ces tensions se sont traduites par des prises de position tranchées. Le député Bilel El Mechri a dénoncé ce qu’il considère comme une atteinte à la souveraineté nationale et a évoqué un possible conflit d’intérêts impliquant le secrétaire d’État chargé de la transition énergétique, Wael Chouchane.

    Par ailleurs, l’Observatoire tunisien de l’économie a mis en garde contre des risques pesant sur les équilibres financiers et sur la Steg, estimant que certains mécanismes pourraient favoriser les investisseurs au détriment de l’intérêt national.

    Un limogeage qui alimente les interrogations

    La séquence a été marquée par le limogeage, à l’aube du mardi 28 avril 2026, de la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie Fatma Thabet Chiboub, annoncé sans explication explicite par la présidence de la République.

    Intervenue quelques heures avant l’examen des textes en plénière, cette décision a alimenté les interrogations sur un éventuel lien avec la polémique entourant les concessions photovoltaïques.

    Une transition énergétique au cœur des arbitrages

    Dans ce contexte mêlant urgence énergétique, tensions politiques et contraintes économiques, l’intervention de Mohamed Ali Fennira apparaît comme une tentative de recentrer le débat sur un impératif qu’il juge incontournable : accélérer la transition énergétique pour réduire une dépendance devenue, selon ses termes, « insoutenable », tout en sécurisant l’approvisionnement du pays face aux risques immédiats de perturbations du réseau.

    I.N.

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    Commentaire

    1. Tunisino

      Répondre
      29 avril 2026 | 11h51

      Les nuls, ils pensent que l’énergie photovoltaïque est gratuite alors qu’elle nécessite un investissement, un entretien, et un renouvellement. De plus, rien n’est fabriqué en Tunisie, tout est importé! La solution est claire, elle réside dans la planification stratégique qui tient compte de tous les temps et de tous les paramètres, conduite naturellement par l’Ites, sous une nouvelle forme. Les poètes ne peuvent jamais servir les tunisiens, ils sont trop foutus pour le faire.

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